Atypique film de guerre, Les Confins du Monde plonge Gaspard Ulliel dans une Indochine à la lisière de l’onirisme. Croyez nous, le voyage vaut sacrément le coup !

Dans Valley of Love, le couple formé par Isabelle Huppert et Gérard Depardieu se rendait aux USA à la suite du suicide de leur fils. Ce dernier leur avait laissé une étrange invitation qui les conviait à s’aventurer dans la Vallée de la mort. Pourquoi ? Ils ne le savaient pas. Ce périple allait-il amoindrir leur chagrin ? Ils ne le savaient pas non plus. Pourtant ils l’ont fait. Parce que le deuil est un étrange sentiment. Retrouver le même Gérard Depardieu, 3 ans plus tard, dans Les Confins du Monde provoque un drôle de ressenti. Surtout lorsque dans les dernières minutes, Nicloux le fait disserter sur le poids du deuil. Comme si l’on retrouvait son personnage de père meurtri de Valley of Love, mais dans une autre vie. On ne sait d’ailleurs pas qui il est. Pourquoi se retrouve-t-il en plein milieu de la guerre d’Indochine ? Quel est son rôle ? En face, Robert Tassen (Gaspard Ulliel) a un objectif plus précis : retrouver l’homme responsable de la mort de son frère, et le tuer. Encore faudrait-il qu’il soit réel. Durant tout le film, Tassen poursuit un spectre, une idée plus qu’un corps. “Il est partout” clame un soldat ennemi. Ce méchant est bien partout, autant que nulle part. Guillaume Nicloux filme l’Indochine comme un purgatoire brumeux, guetté par une menace tapie dans l’ombre, laissant derrière elle des cadavres. Au début du film, Tassen revient quasiment d’entre les morts, s’extirpant d’une fosse jonchée de cadavres dont il est le seul rescapé. Lors de son retour auprès de la civilisation, son nom n’apparait pas sur les registres. Peut-être parce qu’il est lui aussi déjà mort. Qu’ils sont tous morts. Ils errent, dans des confins du monde si lointains que le retour parmi les vivants n’est plus possible. Le magnifique Scope les écrase encore plus dans un décor aux allures de labyrinthe. Sauf que le Minotaure n’est autre que leur propre solitude, l’absence de leurs proches, puis de leurs camarades perdus au combat.

Les Confins du Monde n’a de film de guerre que son contexte géopolitique. Il travaille à une échelle plus moindre, celle du deuil personnel, d’une profonde douleur qui fait dépérir. Le personnage campé par Gérard Depardieu prend tout son sens. Totalement détaché, dans un aucun camp, simple spectateur d’un conflit qu’il pourrait quitter aisément. D’abord irréel (sa première apparition est incompréhensible), il fait figure d’unique être “vivant” au bout du compte. Même la jeune Mai, qui se présentait comme libre, tombe dans les griffes du chagrin au moment où Tassen s’évapore du récit. Le remède à leur douleur se trouve dans ce lien si beau que fait Nicloux entre Les Confins du Monde et Valley of Love, via l’immense Depardieu. Le temps a fait son œuvre. Ce chagrin d’autrefois devenu apaisement. À moins que ce ne soit l’inverse, une vie antérieure. Dans ce cas-là, ils ne leur restera que les enivrantes vapeurs de l’opium comme maigre échappatoire.

Maxime Bedini

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LES CONFINS DU MONDE, le lourd poids du deuil - Critique
Titre original : Les Confins du Monde
Réalisation : Guillaume Nicloux
Scénario : Guillaume Nicloux
Acteurs principaux : Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Lang-Khê Tran
Date de sortie : Inconnue
Durée : 1h47min
4.0Note finale
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LES CONFINS DU MONDE, le lourd poids du deuil – Critique

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