Réalisateur du percutant Les Brasiers de la Colère l’an passé, revient avec un autre polar, dans une autre veine, avec un biopic sur Whitey Bulger, un célèbre criminel ayant sévit en Amérique et en particulier à Boston. Le film de gangsters a déjà tellement donné, tellement proposé, que n’importe quel spectateur a dans son inconscient toute une imagerie déjà bien établie en entrant dans la salle. C’est ce qui peut vite faire déjouer un film et le rendre sans personnalité. Des exemples de réussites durant les années 2000 prouvent que le genre peut continuer à être alimenté par des œuvres de grande qualité. STRICTLY CRIMINAL arrive-t-il à trouver sa voie ?

Scott Cooper n’est pas devenu un immense réalisateur d’un film à l’autre donc, sans surprise, STRICTLY CRIMINAL n’échappe pas à un classicisme formel. Une mise en scène élégante, sans folie, mais proposée avec un sérieux qui permet au scénario et aux personnages de déployer leurs armes. Une écriture qui ne mise pas sur la surprise, l’intention n’est pas là, mais sur une ascension lente vouée à l’échec. Un plan (ou plutôt « une alliance » d’après les dires des protagonistes) qui ne peut qu’aboutir à un retour de bâton. Le film n’a pas vocation à construire un suspense puisqu’il livre presque sa fin dès les premières minutes, via un témoignage d’un ancien homme de main de Bulger. D’autres témoignages viendront durant le film amplifier l’impression que la chute de cet anti-héros est la seule issue probable. On passe par des lieux communs inhérents au genre qui sont sauvés in extremis par le prisme pédagogique (une époque, un personnage historique, des faits réels) via lequel le spectateur peut aborder la vision du film. Et, surtout, il y a une chose qui domine totalement l’ensemble : .

Photo du film STRICTLY CRIMINAL

© Warner Bros. Pictures

Dire qu’on l’avait perdu ses dernières années est un euphémisme. Le gouffre de bouffonnerie dans lequel il s’était enfoncé relevait du désopilant et son dernier grand rôle remonte à 2009 et le puissant Public Enemies. Drôle de coïncidence, donc, qu’il revienne avec un grand rôle dans un film de gangsters, comme pour exorciser ces 6 dernières années parsemées de faibles Tim Burton et de rôles dérivés de son fameux Jack Sparrow show. Ce qui est amusant, c’est que pour incarner ce gangster, il passe par un imposant grimage. Lui, l’acteur qu’on a tant vu se maquiller ses dernières années pour faire le clown, passe à nouveau par ce procédé sans le soucis d’outrance qui était devenu le seul élément caractériel de tous ses rôles, comme une auto-parodie permanente. Le maquillage est visible dans STRICTLY CRIMINAL mais participe à l’effacement de l’acteur. Encore plus intéressant, son teint blafard, ses yeux bleu clair et ses cheveux peu foncés lui confèrent une aura fantomatique, tel un mort qui se pavane sur Terre. Il y a quelque chose de profondément inquiétant dans son physique et son comportement. Même en étant gentil, il est menaçant et son usage du double langage le rend terrifiant, imprévisible.

D’ailleurs, lorsqu’un inspecteur demande à un de ses anciens hommes de main ce qu’il pense de lui, il répond justement : « c’était le crime personnifié« . Un homme qui apporte le malheur à quiconque est dans sa vie, que ce soit volontaire ou non, de ses ennemis aux personnes de son entourage, tout le monde termine mal. On aura vite fait de réduire sa performance à un énième numéro de transformiste mais s’il y a bien une raison de voir STRICTLY CRIMINAL, c’est pour sa prestation démente qui devrait le positionner comme l’un des favoris pour les prochains Oscars. Un tel numéro ne peut cependant gâcher des défauts. On a l’impression que STRICTLY CRIMINAL veut être une grande fresque mafieuse mais freine devant l’ampleur de la tâche. Il y avait tout, pour en faire un film ample, une tragédie puissante sauf que Scott Cooper en fait un film bridé. Peu, voir pas, de grandes scènes marquantes et la dimension tragique de cet anti-héros est vite laissé au placard alors qu’elle partait diablement bien (le fils, les relations fraternelles, le sens de la loyauté). Les coupes effectuées au montage (Scott Cooper dit avoir sacrifié totalement un personnage incarné par Sienna Miller) peuvent être la cause de certaines faiblesses – donc ce manque d’ampleur – mais, à notre avis, ne peuvent pas être responsables de tout.

« S’il y a bien une raison de voir STRICTLY CRIMINAL, c’est pour la prestation démente  de Johnny Depp qui devrait le positionner comme l’un des favoris pour les prochains Oscars. »

La fin du film est vécu comme un aveu de faiblesse flagrant, réglant le sort de tous les personnages via des cartons annonçant ce qu’ils sont devenus. Cooper maîtrise lorsqu’il filme un début d’ascension et d’emballement mais ne sait pas négocier la chute de ses protagonistes, il n’en fait rien de fort émotionnellement et cinématographiquement. Les Brasiers de la Colère brillait en étant un film honnête et modeste,qui ne cherchait pas à être plus grand que ce qu’il pouvait être. A l’inverse STRICTLY CRIMINAL manque de grandeur. Un film de gangsters loin d’être désagréable, s’empêchant tout seul de devenir une œuvre marquante. Reste Johnny Depp, accompagné d’un casting solide, formidable comme il ne l’a plus été depuis trop longtemps et dont la performance faite d’imposants artifices visuels ne sabote cette fois pas le film mais, miraculeusement, le maintient en vie avec brio.

INFORMATIONS

Affiche du film STRICTLY CRIMINAL

+ Intense trailer, intense Johnny Depp !

Titre original : Black Mass
Réalisation : Scott Cooper
Scénario : , d’après Dick Lehr et Gerard O’Neill
Acteurs principaux : Johnny Depp, ,
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie : 25 novembre 2015
Durée : –
Distributeur :
Synopsis : Dans le Boston des années 70, l’agent John Connolly du FBI convainc le mafieux irlandais James «Whitey» Bulger de collaborer avec le FBI afin d’éliminer leur ennemi commun : la Mafia italienne. Ce drame nous raconte l’histoire de cette alliance contre-nature qui dégénère et permet à Whitey d’échapper aux autorités, de consolider son pouvoir et de devenir l’un des gangsters les plus impitoyables et les plus puissants de l’histoire de Boston.

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