Dans une comédie noire pétillante, Matt Spicer avec Instalife pose un regard décalé sur les dérives des réseaux sociaux. Un sujet bien exploité au ton singulier, mais dont les promesses tenues sont légères.

Ingrid est -disons- peu heureuse dans sa vie. Alors elle se cherche de nouvelles Héloïse, des instagrameuses qui la font exister par procuration. Et l’insatisfaction ne fait pas bon ménage avec Internet… Le duo d’actrices est assez formidable, deux caricatures qui se raccrochent l’une à l’autre pour combler leur besoin de reconnaissance respectif. Aubrey Plaza joue de son étrangeté naturelle avec brillo, réflexion névrosée à tendance attendrissante. Mais si les deux revendiquent les paillettes, la charte visuelle est assez simple, à l’inverse des néons d’Ibiza que les affiches promettaient. Les lumières naturelles sont celles mises en valeur sur les photos sociales, alors le cadre en est inondé. D’ailleurs, beaucoup de stills pourraient constituer des posts populaires sur Instagram, tous adoptent une attitude perpétuellement dans la pose. Le titre original, “Ingrid goes West“, restitue à l’inverse le mouvement de cette traversée du désert, le départ d’une jeune fille paumée vers un nouvel horizon.La satire est mordante, objective. Les scènes alternent efficacement entre différentes émotions dans le cœur du spectateur, certaines fois vraiment drôles et d’autres profondément embarrassantes. Ici pour être, il faut vivre dans l’illusion, que ce soit en espionnant une personne ou en mentant à des milliers. Toute la question n’est finalement même pas tant celle de la réalité de la vie et de la fiction mais plutôt celle de l’honnêteté. Si ce n’est pour son côté stalker, l’on ne peut retirer à l’héroïne un abandon total d’elle-même dans le rôle qu’elle joue. Elle s’investit, de sa propre façon tordue, sincèrement dans la relation avec son idole. Celle-ci quant à elle, a autant lu Le parc aux cerfs qu’Ingrid le code civil. Il n’y a pas de vraie place pour l’amour, à moins que l’on succombe tout à fait au fantasme.Tout fonctionne assez bien car les diatribes sur le grand méchant net sont usées, et le réalisateur en est bien conscient. Il regorge d’idées, le moment de la rencontre ou les seconds rôles lui permettent de graviter autour de soucis réels avec malice. Il ne semble cependant pas se donner les moyens de son ambition, et il s’attache à la surface : un seul plan sur un œil fou est une réussite frappante, les dix suivants sont banals. Il reste pourtant dans cette normalité toujours le sentiment que ce qui se déroule est plutôt captivant, et peut-être plus proche qu’il n’y paraît. Il ne juge absolument pas la génération qu’il dépeint, et soulève des questions de façon nouvelle, jouissive même : l’omniprésence médiatique en prend un coup. En somme, le film aux premiers abords ressemble à tant d’autres de ces longs-métrages entre le thriller et le teen movie, il se perd dans la masse consensuelle d’images sans audace. Pourtant il est très vite clair qu’il a plus de saveur, qu’il sait tirer son épingle du jeu même si l’originalité dont il fait preuve manque d’éclat et de risque. Il est de ceux difficiles à classer, de ces moments agréables passés dont on retient une vague onde de joie mais qui s’effacent vite. On en ressort motivé, avec l’impression rafraîchissante d’avoir regardé quelque chose de bien, sans pour autant être pleinement satisfait. L’idée est excitante, sa restitution l’est moins ; tous dans le film cherchent à définir ce qui est cool, eh bien il l’est lui-même. Sans plus.

Manon

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INSTALIFE, portrait pop et dangereux d'une social-addict - Critique
Titre original : Instalife
Réalisation : Matt Spicer
Scénario : David Branson Smith, Matt Spicer
Acteurs principaux : Aubrey Plaza, Elizabeth Olsen
Date de sortie : 9 mai 2018
Durée : 1h42min
3.0Rafraîchissant
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