Du glamour de son apparition dans Poupoupidou ou de la potacherie de son récent Sales gosses, Frédéric Quiring semble avoir peu conservé. Dans sa nouvelle comédie Ma Reum, il maîtrise difficilement son sujet et n’exploite pas la dérision de son revenge movie.

Avant d’adresser les qualités du film, il convient d’en dénoncer un aspect véritablement offensant, et qui ne saurait être toléré. Il ne s’agit pas de censure ou de relancer une énième fois la question du « Peut-on rire de tout ? », mais simplement de soulever certaines blagues qui véhiculent des idées à un jeune public au discernement encore en construction. Sa trame de fond étant celle du harcèlement scolaire, des conséquences des moqueries, il est tout de même regrettable qu’il s’y prête lui-même par instants ! Toute une séquence repose littéralement sur la soi-disant « laideur » d’une petite fille, et tout le monde semble tout à fait d’accord pour dire que « c’est trop la honte d’embrasser ce boudin ». Non seulement rien ne justifie ces propos, et jamais ces commentaires ne sont désamorcés.

Rire des traits physiques est une chose, dire à des enfants qu’ils ont le droit de la brimer parce qu’elle n’est « pas belle » en est une autre. De la même façon, la manière dont sont présentés les parents qui battent leur progéniture est plus que discutable. L’axiome qui veut que l’on ne doive pas blesser semble perdu dans les ténèbres du « ce n’est pas son fils alors pas de souci ». Alors oui, tout est justifié par le registre comique mais non, tout n’est pas acceptable, d’autant qu’il y a largement assez de matière pour écrire avec davantage de subtilité. Dénoncer la victimisation tout en encourageant à se moquer est plutôt paradoxal n’est-il pas ? A l’instar de remarques douteuses sur les homosexuels dans Les nouvelles aventures d’Aladin, ce sont des concepts seulement communiqués quelques secondes à l’écran, mais qui entretiennent des clichés qui empoisonnent l’audience écolière. Et si peu de gens semblent les relever pendant le visionnage en direct, c’est qu’il est d’autant plus nécessaire de les dévisser des cerveaux.

Photo du film MA REUM

Passés ces faux-pas, il faut reconnaître au film qu’il est sincèrement bien intentionné et propose une mécanique qui renouvelle un peu ce que l’on a l’habitude de voir. Il est servi par une mise en scène peu inventive mais vraiment soignée, parsemée de petits détails qui la rendent fluide -comme cette petite planète au plafond qui laisse place à la lune. Là où réside l’intelligence du réalisateur, c’est dans le twist du quotidien. La vie de tous les jours qu’il dépeint est paradoxalement aussi hyperbolique que crédible, et il s’illustre dans le microcosme de quartier. Il part de la notion fondamentale d’instinct maternel, et s’en sert pour dépeindre une histoire acidulée dont l’absence de morale est parfois jouissive.

Ce petit univers est également familier grâce à ceux qui surprennent, les enfants et notamment le trio de mauvais garçons. Tous sont indéniablement doués, et malgré des rôles exagérés ils sonnent, une fois n’est pas coutume, comme des petits de leur âge. Le fils chéri, talentueux Charlie Langendries en nerf de la guerre, est un épicentre adorable qui suscite l’envie de le protéger et permet de justifier les rebondissements les plus alambiqués. La complicité entre les héros est un fil rouge solide, mais leur développement est inégal. En effet scénaristiquement, si les péripéties sont amenées correctement, l’ensemble manque clairement de finesse. Il est quelque peu dommage que les répercussions des actes ne donnent pas lieu à d’autres situations, en prison par exemple, et jusqu’aux dernières séquences il semble que tout l’aspect critique soit un prétexte anecdotique. Mais les dix dernières minutes surgissent pour enfin traiter décemment du bullying, qui n’est pas négligé. Et bien que ce final sonne comme une campagne de sensibilisation télévisée au début, il parvient à condamner les bourreaux dans toute leur perversion du public. La tendresse et le choc dans les yeux de chacun est alors profondément émouvante.

Photo du film MA REUM

Quant à l’humour, il fonctionne plutôt efficacement même s’il peine à trouver un équilibre entre braguette, pistolets à eau et noirceur. Il est préférable d’être sensible au physiologique afin de pouvoir rire à de longues scènes embarrassantes où l’on se complaît dans les laxatifs et les hurlements à base de « Il a mangé de la merde ! » Cependant une fois ces traits grossiers oubliés, tout le monde peut y trouver son compte par moments, même si d’un point de vue purement subjectif, les gags les plus drôles ne sont pas assez exploités –RIP les Croustibats. La salle rit à plusieurs reprises à gorge déployée, et il est vrai que certains ressorts humoristiques sont délicieusement vicieux. Il y a une conscience très précise du rythme exigé par le genre puisque la surenchère de qui fera le pire coup à l’autre est redoutable, et l’originalité du côté adulte est indéniable. Audrey Lamy est presque entièrement responsable du succès de la comicité, elle est au centre en pleine lumière dès le premier plan, elle-même rayonnante et aux talents exploités avec brillo. De super-héroïne baignée de soleil à super-méchante baignée de larmes, elle étincelle et gère sa gestuelle avec une spontanéité délectable. Elle est une femme forte, qui n’a pas peur de se salir les mains. Malgré la folie de ses méthodes, elle, contrairement à l’homme du foyer, a su percevoir que quelque chose n’allait pas et qu’il fallait lutter.

Photo du film MA REUM

En fin de compte le long-métrage parvient à sensibiliser tout en étant un moment de divertissement tout à fait honorable et qui fait largement sourire. D’une part, si l’on se penche sur le versant critique, il est compliqué de faire abstraction de ses écarts puisqu’il ne revendique pas la réflexion en dehors de sa motivation globale. D’autre part si l’on omet cela et que l’on conserve son avertissement, il est si dynamique et coloré qu’il constitue un bon moment d’où s’extrait l’ennui. Mais dans la catégorie maman psychopathe, mieux vaut se pencher du côté de John Waters.

Manon

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MA REUM, serial mother - Critique
Titre original : Ma reum
Réalisation : Frédéric Quiring
Scénario : Frédéric Quiring
Acteurs principaux : Audrey Lamy, Charlie Langendries, Max Boublil
Date de sortie : 17 juillet 2018
Durée : 1h25min
2.5Discutable
Avis des lecteurs 4 Avis

MA REUM, serial mother – Critique

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