Dans UNE FEMME HEUREUSE, le réalisateur Dominic Savage donne à voir Gemma Arterton en jeune mère dépassée, qui ne trouve plus sa place dans sa vie de famille idyllique.

Filmer l’introspection, la quête du sens de la vie et les réflexions intimes d’un mal être inexprimable n’est pas simple. C’est même quasiment impossible. Certains s’y sont essayé avec une mise en scène un peu lourde et un résultat mitigé (on pense notamment à Knight of Cups de Terrence Malick). Dominic Savage, le réalisateur de The Escape – dont le titre original est plus approprié que UNE FEMME HEUREUSE – parvient très bien à plonger le spectateur dans la vie, le cheminement et la prise de conscience parfois violente, de Tara, jeune mère au foyer. Et le plus incroyable, c’est qu’il fait littéralement partager cette impression d’étouffement, juste en la filmant au plus près. Gemma Arterton, par ailleurs coproductrice, est de tous les plans. Elle prête merveilleusement son jeu, ses traits, son sourire, son regard, ses larmes, son corps à Tara. Photo du film UNE FEMME HEUREUSE

UNE FEMME HEUREUSE aborde subtilement un sujet encore tabou et indicible dans notre société : celui pour une mère de ne pas se sentir épanouie malgré la jolie petite famille parfaite qu’elle s’est construite. Ou l’illusion de la famille parfaite rêvée. Celle qui est sensée rendre une femme heureuse et répondre à son instinct maternel que nul, dans notre société conformiste, ne saurait remettre en question. Car une mère aime forcément ses enfants, est patiente avec eux. Elle prend forcément du plaisir à organiser leur vie, à les éduquer, à jouer avec eux. Après tout, c’est la chair de sa chair. Dès lors, comment oser exprimer ce tourment au cœur de ce qui devrait être le bonheur? Comment en ressentir même le droit?

L’épuisement de la charge mentale routinière, la torpeur des gestes automatiques, le manque d’énergie et l’impression de mourir à petits feux. Comment composer avec cette mauvaise conscience qui taraude la représentation de la mauvaise mère? Rarement un film n’a posé avec autant de profondeur et de subtilité cette question du vide existentiel d’une mère que la présence de ses enfants ne suffit plus à combler.

“Portrait bouleversant d’une femme à bout de souffle, UNE FEMME HEUREUSE est un film très touchant sur les choix et le prix à payer pour se sentir libre et se remettre au centre de sa propre vie.”

Car la souffrance qui ronge Tara est bien plus profonde que la mauvaise passe que sa mère y voit. Lorsqu’elle parle de ce besoin d’épanouissement, d’accomplissement personnel en dehors de sa maison, personne ne semble capable de la comprendre. Surtout pas son mari Mark (Dominic Cooper), qui se plait dans son rôle cliché de l’homme qui travaille et offre une vie de rêve à sa femme et à sa famille. Mark aime sa femme mais n’a ni le temps ni l’envie de se soucier de ses désirs. Tara n’existe plus désormais qu’à travers sa famille. Telle un trophée symbolisant la réussite de sa vie, elle est devenue l’objet de son mari, mais vidée de son essence vitale, de plus en plus absente à elle-même. Femme à la dérive, elle s’est perdue de vue.

UNE FEMME HEUREUSE montre très bien l’instinct de survie de ces mères si lasses, qui doivent parfois s’échapper de leur vie devenue prison, pour se propulser à nouveau et oser s’aventurer vers leurs aspirations profondes, retrouvant ce que la psychanalyste et conteuse Pinkola Estés appelle dans son livre Femmes qui courent avec les loups “la maison de leur âme”.

Photo du film UNE FEMME HEUREUSE

L’émotion submerge le spectateur tout du long. On a envie de prendre Tara dans les bras, de la consoler, de la rassurer, de lui donner la force de ne plus faire semblant, de l’encourager à s’octroyer le droit de changer les choses. Le réalisateur, outre le fait d’offrir à Jalil Lespert et à Marthe Keller des petits rôles néanmoins décisifs dans la vie de Tara, a aussi eu la bonne idée de glisser une belle métaphore artistique dans son film, par le biais de la tapisserie datant du Moyen-Âge de La Dame à La Licorne. Admirative de l’œuvre, Tara y trouvera aussi un sens à l’expression de ses désirs personnels, profonds et intimes.

Portrait bouleversant d’une femme à bout de souffle, UNE FEMME HEUREUSE est un film très touchant et jamais ennuyeux sur les choix et le prix à payer pour se sentir libre et se remettre au centre de sa propre vie. Gageons qu’il parlera à de nombreuses mères ou futures mères et espérons aussi que leurs conjoints y verront matière à réflexion… avant qu’il ne soit trop tard.

Sylvie-Noëlle

Votre avis ?

UNE FEMME HEUREUSE, une femme à bout de souffle - Critique
Titre original : The Escape
Réalisation : Dominic Savage
Scénario : Dominic Savage
Acteurs principaux : Gemma Arterton, Dominic Cooper, Jalil Lespert
Date de sortie : 25 avril 2018
Durée : 1h45 min
3.5Bouleversant
Avis des lecteurs 0 Avis

2
Laisser un commentaire

avatar
1 Comment threads
1 Thread replies
0 Followers
 
Most reacted comment
Hottest comment thread
2 Comment authors
Sylvie-NoëlleGene Recent comment authors
  S'abonner  
Récents Anciens Populaires
Notifications :
Gene
Invité
Gene

le sujet est intéressant et le film “parlera” à beaucoup de femmes.La jeune actrice est parfaite dans le rôle .Effectivement le titre anglais est bien meilleur : “the Escape” : il s’agit en effet d’une fuite .Un film féministe en un sens car montrant la morne condition des “femmes au foyer” .Un peu trop appuyée comme démonstration peut être .”La vie domestique ” était meilleur .

UNE FEMME HEUREUSE, une femme à bout de souffle – Critique

2