Photo du film MAUVAISE PIOCHE
Crédits : MES Productions / TF1 Films Productions / Malec Productions

Mauvaise pioche, une comédie judiciaire

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3.5

Dans son dernier long métrage Mauvaise Pioche, Gérard Jugnot fait le pari osé de la comédie en revenant sur une méprise invraisemblable dans le cadre d’une affaire judiciaire glauque toujours non résolue.

Une erreur judiciaire plus que cocasse

On se souvient tous de l’arrestation en octobre 2019 à l’aéroport de Glasgow de ce retraité français d’origine portugaise Guy Joao, pris pour Xavier Dupont de Ligonnès. Car malgré une ressemblance si peu flagrante, on pensait qu’avait enfin pris fin la traque du monstre recherché depuis plus de huit ans pour le meurtre de sa famille à Nantes… Un soulagement de courte durée, puisque l’ADN n’avait évidemment pas matché. Si le fugitif est toujours dans la nature, on sait que la victime de cette erreur humaine aussi invraisemblable que ridicule en a été très affectée et est décédée en 2021.

Une aventure dont on ne revient pas indemne

Dans son dernier long métrage, Mauvaise pioche, Gérard Jugnot réussit donc à se saisir de ce sujet glaçant sur le ton de la comédie en proposant au spectateur la suite imaginaire des dommages collatéraux, du point de vue de la victime. Pour le réalisateur, venu présenter son film à Bordeaux, « prendre comme sujet ce pauvre garçon n’était pas gagné, mais la comédie est là comme antidote aux malheurs et à la tristesse ».

Dans Mauvaise pioche, l’homme recherché s’appelle Durand de Solilesse et celui accusé à tort se nomme Serge Martin (Gérard Jugnot lui-même). Retraité divorcé sans enfants, dont la vie est plutôt plan-plan, Serge est membre d’une association de grognards fidèles à Napoléon, aux côtés de ses amis Laurent, maire de son village (Thierry Lhermitte), et Maxence (François Bureloup). Il a bon espoir de conquérir sa vieille amie d’enfance Michèle (Zabou Breitman), tenancière dont les échanges avec le pilier de son bar, Gérard (Philippe Duquesne), sont plutôt bien vus.

Tout le monde en prend pour son grade

Dans la première partie de Mauvaise pioche, voici donc Serge arrêté à l’aéroport de Gênes, au retour d’une reconstitution historique. Le commissaire Taillade (Jean-Pierre Darroussin), obsédé par l’affaire, récupère le dossier un peu vite. Il est entouré du corrompu capitaine Vassilian (Philippe Lacheau), de la fidèle capitaine Forzano (Charlotte Cabris) et de la prudente commissaire divisionnaire (Michèle Laroque) – deux rôles féminins qui auraient mérité d’être un peu moins anecdotiques.

Si le réalisateur et ses co-scénaristes Fred Hazan (qui interprète aussi un prisonnier) et Serge Lamadie (Baby phone) ont bien chargé la mule sur la nullité des flics, ils se montrent beaucoup plus subtils et inspirés avec le traitement médiatique de l’arrestation. Ils partagent en effet leur jubilation à « régler leur compte aux chaînes télé en continu et aux experts de tout et de rien ». La chasse au scoop et au buzz est finement parodiée et attaquée sous les traits de la journaliste Léa Paoli (Reem Kherici) et de sa collaboratrice Madeline (Claudia Bacos), plus intègre.

L’erreur est humaine mais l’excuse devrait l’être aussi.

Gérard Jugnot

La seconde partie de Mauvaise pioche aborde avec un ton plus grinçant les conséquences de cette terrible méprise sur la vie de Serge. Le réalisateur offre aussi à son personnage, et donc au spectateur, la possibilité de s’interroger : un retour à la normale est-il possible et comment se reconstruire ? Car, à l’image de son domicile victime des fouilles policières et des curieux, la vie et la réputation de Serge sont en vrac. Gérard Jugnot donne à voir avec justesse les différentes réactions de son entourage : ceux qui l’ont vite lâché, ceux qui doutent encore et ceux qui le soutiennent vaille que vaille.

Le film prend à ce stade une tournure intéressante. Las de rester passif et de subir, Serge décide de reprendre les rênes de sa vie et se met à réagir, comme un vrai grognard. Sa transformation passera par la case prison et des rencontres marquantes, dont celle avec Jean (François Morel). La vengeance de « cet homme avec un côté Comte de Monte-Cristo calomnié par erreur et qui essaye de laver son honneur » sera réjouissante et à la hauteur de l’affront public. Mauvaise pioche se révèle donc une comédie grinçante qui utilise toutes les palettes du rire, tout en rendant un hommage original à cette malheureuse victime des apparences et de la mauvaise foi.

— Sylvie-Noëlle

Auteur·rice

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