[critique] Bovines

Rédigé par Diane

Publié le 13 mai 2011     Critiques, [critique] Documentaire 5 commentaires |     6 477 lectures

La vraie vie des vaches : brouter, ruminer, contempler mais aussi s’émouvoir, meugler sa peine ou tout simplement se délecter d’une pomme. est un film avec les vaches, dans la tête des vaches, un documentaire d’une heure sans commentaire ni musique qui rend hommage à la beauté et la grâce de ces grosses bêtes.

Note de l’Auteur

★★★★★★★★★☆

Date de sortie : 22 février 2012
Réalisé par
Film Français
Avec Les vaches
Durée : 1h02min
Titre original :

Extrait :

capte à la loupe la vie de la vache, son moindre meuglement, le moindre frémissement de son poil, parfois ses entrailles lorsqu’elle met bas. Il cale sa caméra dans un mode focus extrêmement rapproché pour cerner au mieux chaque étape de la vie d’une vache. Ce documentaire est ainsi proche de l’expérimentation. Naissance, rumination, sommeil, découverte, mise en camion pour l’étape ultime : toute la vie de la vache ici-bas est retranscrite et, grâce et à travers elle, c’est toute la campagne normande qui est célébrée. Ce jeune réalisateur, né à Cannes en 1976 et parisien d’adoption, a réalisé différents courts-métrages : La motivation ! en 2003, Une petite note d’humanité, Tweety lovely superstar, et Soudain ses mains en 2008. Avec , il se démarque du documentaire classique par l’esthétisme exceptionnel qu’il apporte.

Premier gros plan sur une parcelle de vache… La tonalité est donnée. La vache broute, rumine, elle ne fait que ça à vrai dire. Elle regarde la caméra, elle soupire, elle a l’air intriguée mais sans plus. Puis, c’est la vie du troupeau que la caméra englobe : un groupe bien soudé, qui se lamente d’un départ vers une dernière étape de vie, puis des identités prises à part : un veau qui s’isole, une vache qui déguste une pomme, une autre qui lèche sa semblable, une qui met bas ou qui renifle un sac en plastique égaré. Vie et mort imminente, plaisir quotidien, tristesse, meuglements, respiration nocturne, rien n’échappe au regard bienveillant d’, pas même le frémissement de l’herbe, le clapotis de la pluie dans une flaque, le grondement de l’orage, autant d’occasions de plus pour filmer de très près la vache mais aussi son environnement direct.

Blanches, au regard indéchiffrable mais jamais méchant, tendres d’un coup de langue, désespérées d’un départ, meuglant à la vie, à la mort, filme ces dont on ne peut que plaindre la destinée tragique et trop vite rappelée par cet étiquetage à l’oreille. Dans cette vie de vache paisible et sans heurts, dénuée de toute violence et en accord avec la nature, c’est le constat d’une douceur extrême et aussi d’une cruelle amertume sur la destinée de cette bête.

a bien le « savoir faire de cadreur orfèvre » qu’on lui attribue. Certains plans font penser à des tableaux de grands maîtres.

La campagne de Basse-Normandie est le terrain merveilleux où a choisi de poser sa caméra, et c’est ainsi un décor sans prix et d’une beauté naturelle époustouflante qui est filmé : chant du coucou, ciel nuageux et orageux, herbes folles et cousin géant. Le réalisateur joue sur l’échelle de valeurs et de tailles. Cette immersion profonde dans la nature, ce télescopage sur les pâturages, permet au spectateur d’approcher des beautés sauvages qu’il n’aurait peut-être jamais eu l’occasion de voir de si près. C’est une journée de la vie d’une vache que l’on suit, dans son caractère répétitif et ses événements perturbateurs, mais aussi une immersion dans la nuit pour assister à son sommeil, capturée qu’est la bovine alors auréolée de blancheur.

Dur de mettre en scène des vaches, de contrôler leur réaction, et aisé cependant de choisir un cadrage adéquat, une mise en lumière particulière… a bien compris que l’enjeu et la qualité de son reportage se devaient à son sujet mais aussi et surtout à la manière de l’exposer. a bien le « savoir faire de cadreur orfèvre » qu’on lui attribue. Certains plans font penser à des tableaux de grands maîtres. Une pomme qui tombe, une vache blanche qui avance perdue et minuscule dans la cadre immense de la prairie, puis grossie exagérément en plan rapproché de manière à voir son mufle, son regard ou ses pattes envahir l’espace de l’écran. réussit un coup de maître, une esthétique sans défaut. L’absence de son et de commentaire laisse l’entière place à l’image. Rien n’est à laisser, pas même le « besoin naturel » du bovidé que l’on accueillerait presque comme un élément supplémentaire de cette nature, de ce grand tout ici célébré.

est un documentaire qui laisse parler la vache et la nature qui l’environne. Ces nous apprennent d’elles-mêmes qui elles sont, qui elles aiment et où elles vivent. C’est captivant.

Auteur de l'article : Diane

Née le 25.11.1976 | Profession : Rédactrice | Réalisateurs préférés : Hirokazu Kore-eda, Abdellatif Kechiche, Woody Allen, Pedro Almodóvar, Darren Aronofsky, Bertrand Tavernier, Claude Sautet... | Films préférés : Le Vieux fusil, L'Appât, Vacances romaines, Mystic river, Nobody knows, the Wrestler, Marie Baie des Anges, Vicky Cristina Barcelona, la Faute à Voltaire, le Prophète, le Pacte des Loups, Biutiful...

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    apparemment il va être assez peu distribué, c’est dommage…

    • eliane

      Sa vez- vus s’il est sorti -sortira- en DVD, je le guette et je n’arrive pas à le savoir.
      Merci
      eliane

      • http://www.leblogducinema.com/ Yannick

         @eliane Bonjour ! Etant sorti en février dernier, il sortira je pense d’ici quelques mois :) A suivre !

  • http://vachere.canalblog.com/ La Vachère

    Manifestement, il ne passera pas dans ma Haute-Savoie, j’aurais voulu le voir…

    Les extraits que j’en ai vus sont splendides, celà fait des années que je rêve de pouvoir montrer la façon dont je perçois mes compagnes, et enfin, quelqu’un le fait, et avec tellement de justesse !

    Merci aussi pour votre critique, vous avez su capter « l’essence » de ces énormes animaux sensibles, doux… et pour une fois, lire un truc comme, ça réchauffe le coeur !

    Merci encore !

  • PAGRAVE

    Film très agréable, intéressant, et ……… reposant même si la fin est difficile, mais réelle.
    A voir si vous en avez l’occasion