Photo du film LA NUIT SE TRAINE
Crédits : Daylight Invest / Formosa Productions / Quad Fam / Gaumont / France 3 Cinéma / A Private View / RTL Belgium / Voo

La nuit se traîne, le petit prodige du cinéma belge

IMDb6.7/10Letterboxd3.6/5Metacritic67/100Rotten Tomatoes82%
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3.5
PÉPITE

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Passé sous les radars du grand public, La nuit se traîne a pourtant conquis la critique et les festivals au point que son réalisateur, Michiel Blanchart, devrait réaliser le prochain Destination finale. Retour sur un thriller miraculeux, avec un budget limité, des ambitions folles et un auteur plus que prometteur.

De Raimi à Destination finale

Succès d’estime, La nuit se traîne, sorti en 2024, n’a certes pas ameuté les foules, mais a suffisamment suscité la curiosité pour que son réalisateur, Michiel Blanchart, décroche la réalisation du prochain Destination finale. Auréolé de dix prix, un record, aux René du cinéma, équivalents belges des César, dont meilleur premier film, meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur scénario, La nuit se traîne n’est pourtant pas le seul coup d’éclat de son auteur. En effet, le bougre avait déjà vendu son court métrage de 2022 T’es morte Hélène à Sam Raimi, dans l’optique d’en produire un remake aux États-Unis.

Remarqué sur la scène internationale donc, Blanchart signe un premier long métrage étonnant et audacieux pour une production franco-belge, avec un budget moyen de 4,5 millions d’euros. Tourné en trente-cinq jours seulement, La nuit se traîne est effectivement un thriller haletant, sans retenue, qui témoigne d’une maîtrise remarquable des codes de l’actioner. Teinté d’un peu de Die Hard, d’un brin de Gaspar Noé, le film nous raconte comment Mady, serrurier tombé au mauvais endroit au mauvais moment, doit régler un conflit avec la pègre locale en une seule nuit, sous peine d’être refroidi.

Bruxelles, capitale du vice

Dans cette course contre la montre, la ville de Bruxelles se mue en un terrain de jeu infini, où Blanchart entraîne sa caméra dans un immeuble chic, un bordel du quartier rouge, un bâtiment en construction, une boîte de nuit, la gare de Bruxelles-Nord… La géographie urbaine et les contrastes sociaux se dessinent au rythme des plans-séquences et des travellings, pour souligner la fuite en avant du personnage principal. Car au-delà de son rythme effréné et de ses allures de film d’action, La nuit se traîne s’attache tout de même à dépeindre des réalités peu reluisantes.

Mady, interprété par Jonathan Feltre, se laisse effectivement prendre au piège, car il craint que la police ne lui soit d’aucun secours, en raison d’un contexte de violences policières accrues. De plus, il s’aperçoit qu’il n’est pas le seul dindon de la farce puisqu’en réalité, sa principale opposante espère simplement s’offrir un avenir meilleur. Terrifiant dans son rôle de baron de la drogue, Romain Duris (Nos batailles) incarne tout bonnement l’homme puissant, sans pitié ni sens moral. Il renoue ainsi avec ses premières amours et nous rappelle qu’en d’autres temps, il jouait brillamment les petits truands dans Dobermann de Jan Kounen.

La nuit se traîne, déjà attendu à Hollywood

Réussi sur le fond comme sur la forme, La nuit se traîne n’est pas pour autant exempt de défauts. La direction d’acteurs manque encore d’assurance et l’écriture, de maturité. Toutefois, on peut voir dans ses défauts l’envers de ses qualités. Car on salue bien davantage sa fraîcheur, son inventivité, ses prises de risques et sa spontanéité. Petit miracle du cinéma belge, il fait partie de ces films sur lesquels on tombe presque par hasard et dont on ressort conquis, avec l’envie d’en voir davantage. Et l’annonce de Blanchart à la réalisation du prochain Destination finale tombe à point nommé.

Aux frontières du cinéma d’horreur, d’action, du fantastique et du slasher, la saga Destination finale paraît taillée sur mesure pour ce réalisateur prometteur. Toutefois, cette décision laisse émerger un constat doux-amer. En effet, si l’on se réjouit de voir un jeune francophone percer à Hollywood, on déplore le manque d’espace laissé à ces auteurs pour s’exprimer dans nos contrées. Souhaitons tout de même à Blanchart de réussir à se faire une place dans le système américain, à l’instar d’un Alexandre Aja. Et prions pour que les productions US ne le broient pas comme Alexandre Bustillo et Julien Maury sur Leatherface

— Lilyy NELSON

Auteur·rice

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