Photo du film ALTER EGO de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine avec Laurent Lafitte, Blanche Gardin, Olga Kurylenko
Crédits : Tandem Films

Nicolas Charlet et Bruno Lavaine (Alter Ego) : « On partage ce même goût pour les grandes solitudes »

Pour leur nouvelle comédie Alter Ego, Nicolas Charlet et Bruno Lavaine (« Nicolas et Bruno ») dédoublent Laurent Lafitte face à un sosie trop parfait. Entre casting prestigieux et budget serré, les créateurs de la COGIP nous racontent les coulisses d’un film où la « lose » se soigne au millimètre.

Alex vient de rentrer dans sa cinquantaine. Ses costumes sont un peu trop grands, ses cheveux un peu trop absents. Tous les matins, il rejoint à vélo la COGIP, l’entreprise où il travaille. Le soir, c’est jeux de rôle avec sa compagne, interprétée par Blanche Gardin. Et puis il y a leur fils, qui grandit paisiblement. Une vie normale. Banale.

Jusqu’au jour où son nouveau voisin, Axel, débarque… et c’est son sosie parfait ! Une implantation capillaire à tomber, une épouse tout droit sortie d’un magazine, une belle voiture et même une cave à vins. C’est lui, en mieux.

Le goût de la « lose »

Avec Alter Ego, Nicolas Charlet et Bruno Lavaine (scénaristes du film L’idéal) refusaient de faire une comédie portée par son pitch farfelu. « Nous ne voulions pas d’un film à sketchs trop centré sur un high concept », relate le premier. « C’est avant tout un film d’acteur », complète le second. Un terrain de jeu formidable pour Laurent Lafitte, qui s’éclate dans ces deux rôles si opposés. Une performance qui lui a valu le prix d’interprétation masculine au dernier festival de l’Alpe d’Huez.

« Quand on écrit un scénario, on essaye de ne pas penser au casting. L’idée, c’est de faire venir l’acteur au personnage et non l’inverse », rapporte Bruno Lavaine. Sauf pour Alter Ego, où le choix s’est imposé de lui-même. « Il y a eu une exception car, en approchant de la fin, nous étions tous les deux d’accord sur le nom de Laurent Lafitte. »

Il faut dire qu’ils se sont bien trouvés : les cinéastes et leur comédien partagent ce même goût pour les grands moments de solitude. « Les petites loses », définit Nicolas Charlet. Il cite l’exemple de cette scène où Axel fait une blague… à laquelle Alex répond au premier degré : « C’est un peu cruel, c’est une solitude soudaine parce qu’il ne comprend pas la blague. Il voit bien qu’il est pris à défaut, alors il essaie d’en faire une autre derrière, encore plus nulle, et il repart en grommelant. » Le cinéaste joint le geste à la parole, se penchant sur sa chaise et faisant mine de s’éloigner dans un « gneeeuuuuh » marmonné. « Laurent le fait bien mieux que moi », s’amuse-t-il.

L’ombre d’un double

Déjà, dans La personne aux deux personnes (2008), il était question de la figure du double. Le personnage d’Alain Chabat, chanteur des eighties tué sur la route, venait hanter son meurtrier involontaire, joué par Daniel Auteuil. Avec Alter Ego, Nicolas et Bruno vont encore plus loin en dédoublant Laurent Lafitte. Une idée qui les réjouissait plus que tout à l’écriture, avant que la réalité du plateau ne les rattrape : « On a réalisé qu’il nous faudrait une doublure. »

Hors de question de dénaturer le travail de Laurent : « Pour nous, un comédien, c’est quelqu’un qui joue. On refusait de mettre notre acteur face à un post-it ou une balle de tennis. On a donc lancé un grand casting et on est tombés sur Ahmed, qui sortait du Conservatoire. »

Doté de la même carrure que Lafitte, le jeune homme a vite compris son enjeu crucial… mais aussi qu’il était voué à disparaître à l’écran. Le verdict tombe sur le banc de montage : « Au fur et à mesure que l’on avançait, on le voyait s’effacer. Parfois, on entendait encore sa voix. Et puis un jour, plus rien. On l’a appelé pour le lui dire. »

Un casting de luxe en « Annexe 3 »

Autre choix de casting particulièrement enthousiasmant : Olga Kurylenko, qui joue la compagne d’Axel. La « femme trophée » par excellence, avec sa beauté magnétique et son brushing impeccable. Nicolas Charlet et Bruno Lavaine n’auraient jamais pensé l’avoir au générique : « C’est le directeur de casting qui l’a suggérée. Nous ne savions même pas qu’elle voulait revenir en France, et encore moins faire de la comédie ! », se rappelle Nicolas Charlet. « Nous cherchions une fille de l’Est pour le côté sexy et chic, mais nous voulions aussi quelque chose de flippant. » Mission accomplie pour l’actrice, qui excelle dans ce registre.

Blanche Gardin, Laurent Lafitte, Olga Kurylenko… Le casting a de quoi impressionner. « Avec ça, les gens pensent qu’on avait un budget de dingue ! », sourit Nicolas Charlet. La réalité est pourtant plus modeste : « C’est un film qu’on a fait avec peu de sous, en Annexe 3. » Les techniciens ont accepté d’être moins payés en échange d’une promesse de bonus si le film cartonne. Les comédiens aussi. Qu’on se le dise : le cas de figure est rare et, souvent, le bonus n’est jamais touché. « C’est un dispositif qui permet à ces films d’auteur d’exister », ajoute-t-il avec reconnaissance.

Avec un petit budget, on improvise. Comme cette scène où Alex écoute, estomaqué, les ébats de son voisin dans la chambre d’à côté. « Le micro à oiseaux qu’il utilise, on l’a emprunté à un pote qui débutait comme détective privé. Il avait acheté ça chez Nature et Découvertes ! »

Le diable se cache dans les secondes

Depuis les projections à l’Alpe d’Huez et à Gérardmer, Nicolas et Bruno sont retournés sur le banc de montage. « On a tendance à être obsessionnels, voire jusqu’au-boutistes », concède Nicolas Charlet. L’idée ? Retirer tout ce qui pourrait faire perdre le rythme, erreur fatale pour une comédie.

Le montage a donc été amputé de trois minutes. Que les spectateurs ne cherchent pas quelle scène a disparu : ce sont surtout des ajustements de précision, « cinq secondes par-ci, une respiration trop longue là, ou trois images par-là ».

— Lisa FAROU

Auteur·rice

Nos dernières bandes-annonces