Entre broderie BDSM et cruising nocturne, Drunken Noodles transforme un été à Brooklyn en un conte de fées érotique. Une déambulation vaporeuse au risque, parfois, de perdre le spectateur en chemin.
Adnan n’a pas amené grand-chose pour les vacances d’été. À peine une valise, qu’il fait traîner dans les rues de Brooklyn. Le jeune homme va débuter un stage dans une galerie d’art. Il loge chez son oncle, en déplacement en Europe. En échange du gîte, il n’a qu’à s’occuper des plantes et du chat grincheux.
Depuis son arrivée, son quotidien se limite à bouquiner sur le canapé et à fumer au parc. À tailler des pipes, aussi. Les interludes érotiques se multiplient pour Adnan. Autant de rencontres éphémères, jamais amenées à perdurer.
Broderie et bondage
Dans la galerie, Adnan côtoie des toiles singulières. C’est le cas de « Petit menteur », où l’on voit le célèbre Pinocchio en train de mentir. Sauf que ce n’est pas son nez qui s’allonge… mais bien son pénis. Ces toiles sont l’œuvre d’un artiste vieillissant, dont le travail entre en résonance avec l’épopée sexuelle d’Adnan.
Cette espèce de vieux sage marie contes de fées… et bondage. Personnages populaires et pratiques BDSM s’entremêlent dans ses canevas. Ces œuvres, Lucio Castro les doit à Sal Salandra. Un artiste qu’il est allé interviewer après avoir découvert ses surprenantes créations au point de croix. Son projet de documentaire s’est finalement transformé en fiction.
Pastille estivale
Avec Drunken Noodles, Lucio Castro ramène le cruising sur le devant de la scène. Ces rencontres sexuelles entre hommes ont seulement lieu la nuit. Tapis dans l’obscurité, ses protagonistes investissent aussi bien une aire de jeux qu’un appartement plongé dans le noir. Autant de rendez-vous qui nous offrent des bribes d’Adnan. Un protagoniste insaisissable, dont le portrait se dessine au fil de ces apartés. On le connaît moins en tant qu’être tangible qu’en partenaire sexuel.
De surprenants partenaires jalonnent les nuits d’Adnan. Comme Yariel, livreur Uber Eats toujours armé d’un bon plat à déguster. Avec lui, une flopée de ses confrères, dont l’attirail bleuté jure avec la nature profonde. Derrière ces corps musclés se cachent des adeptes d’art et de poésie.
Rêve fiévreux
Une pastille estivale, découpée en quatre chapitres distincts. Cette scission empêche toutefois une continuité narrative claire, accentuant la tranche de vie. Il ne se passe pas grand-chose. Chacun d’eux marque une fracture dans le quotidien d’Adnan.
À l’instar de ce rêve fiévreux, où une silhouette musclée, semblable à un faune, surgit des bois. La créature s’éveille au clair de lune pour jouer un ballet érotique. Le tout au son d’une flûte traversière, dont l’usage finit par se révéler peu académique, comme un conte de fées interdit aux moins de 18 ans.
Ce faune, c’est le désir. Adnan ne peut que le regarder, l’approcher peut-être. Mais il n’est pas possible de s’en saisir. « Il peut te toucher, mais tu ne peux pas le toucher », lui glisse son nouveau partenaire.
Lucio Castro n’a de cesse de brouiller les frontières entre la fantaisie et le quotidien. La photographie de Barton Cortright abonde en ce sens : chaque scène est baignée de la même lumière vaporeuse. Sauf que cette lueur mystique nivelle le réel et le fantasme, nous forçant à accepter l’apparition de ce drôle de faune avec le même naturel qu’une livraison Uber Eats.
— Lisa FAROU
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