Photo du film JUMPERS
Crédits : Disney / Pixar

Jumpers, castors mignons et militantisme écologique

IMDb7.4/10Letterboxd3.8/5Metacritic73/100Rotten Tomatoes94%
Noter1 Note
4.5

Presque vingt ans après WALL·E, dernier grand film d’animation à porter un message écologique aussi frontal, ce nouveau Pixar reprend le flambeau avec une tonalité nouvelle : moins mélancolique, plus collective, et tournée vers l’action.

Jumpers, réalisé par Daniel Chong, suit Mabel, une adolescente passionnée de nature qui, dans un monde où les humains semblent indifférents à l’effondrement du vivant, s’allie à une communauté d’animaux – notamment des castors (le roi Georges est trop génial) – pour protéger leur écosystème. Grâce à une technologie développée par une scientifique, elle peut incarner un castor, comprendre le langage des animaux et plonger dans leur monde. À travers une aventure rythmée et colorée, elle découvre que la lutte écologique est autant une bataille extérieure qu’un chemin intérieur, fait de colère, de doute et d’espoir.

Un foisonnement visuel et narratif qui ne laisse aucun répit

Visuellement, le film est d’une richesse presque débordante. C’est prolifique, foisonnant : des animaux partout, des couleurs vives, une densité qui ne laisse aucun répit. On sent un véritable plaisir à créer un univers complet, peuplé de personnages secondaires qui existent tous, même furtivement. Chaque recoin semble habité. Cette générosité narrative se retrouve aussi dans le rythme : Jumpers est un film très sonore, très musical, presque bruyant parfois mais toujours entraînant. Il y a constamment un gag, une relance, un mouvement. L’équilibre entre humour, action et émotion est remarquablement tenu.

Jumpers, fable écologique radicale

Les castors, choix inattendu mais très loin d’être anodin, deviennent les figures centrales de ce monde, et leurs visages, particulièrement expressifs et attachants, participent largement à l’émotion générale. Car le film fonctionne d’abord comme une véritable fable écologique : loin d’un discours lisse ou édulcoré, Jumpers surprend par la radicalité de son propos. Le regard porté sur l’action humaine est globalement pessimiste, et l’inquiétude face à l’avenir n’est jamais atténuée. Elle est reconnue, presque légitimée.

Pour autant, Jumpers ne s’arrête pas au constat. Il explore ce que l’on fait de cette colère et suggère qu’elle ne disparaisse pas mais se transforme : elle s’apaise lorsqu’elle trouve une forme collective, une appartenance à un groupe, une cause.

Une vision du vivant loin des clichés occidentaux

Le film s’éloigne aussi d’une vision très occidentale des rapports entre humains et animaux. Ici, les animaux se mangent entre eux, sans drame moral, parce que c’est l’ordre naturel des choses. Un parti pris que l’on retrouvait déjà dans Le Robot sauvage, de Chris Sanders, et qui apporte une forme de sérénité dans la représentation du règne animal.

C’est sans doute là que le film trouve sa plus grande justesse : dans son refus d’un récit simpliste opposant un « nous » à un « eux ». À la place, il propose une autre voie, plus complexe, mais aussi plus féconde : celle de l’interdépendance.

Dans cette manière de filmer le vivant, on pense aussi à Flow de Gints Zilbalodis, œuvre d’animation qui mettait en scène un monde submergé par la montée des eaux, vidé de toute présence humaine, où seuls les animaux subsistent et réapprennent à évoluer ensemble dans un environnement transformé. Là où Flow adoptait une approche contemplative, presque silencieuse, face à cette catastrophe lente, Jumpers choisit l’énergie.

Une initiation au militantisme pour les nouvelles générations

Il y a quelque chose d’assez réjouissant à se dire que les nouvelles générations grandissent avec un tel dessin animé. Là où les classiques de Disney reposaient souvent sur des histoires d’amour ou des trajectoires individuelles très codifiées, celui-ci propose autre chose : le portrait d’une adolescente engagée, traversée par ses émotions, qui cherche à agir. Comme une initiation au militantisme.

Au final, Jumpers s’impose comme un dessin animé idéal : drôle, émouvant, engagé, spectaculaire, accessible à tous les âges, généreux et vivant. Et, bien sûr : des castors mignons.

— Agathe ROSA

Auteur·rice

Ne pas fermer les yeux – Tribune

La communauté ciné/séries francophone prend la parole sur ce que le Rassemblement National représente pour le cinéma français, le CNC et la liberté de création.

Lire la tribune et cosigner →

Nos dernières bandes-annonces