Avec DÌDI, Sean Wang signe un premier long-métrage touchant par sa justesse et son inventivité. Le film nous replonge en 2008, à l’époque des soirées passées sur MSN, des statuts Facebook remplis de citations de 2Pac et des blagues piquées à Dave Chappelle qu’on racontait comme si elles étaient les nôtres, quand YouTube commençait tout juste à façonner notre culture.
On y suit Chris Wang, adolescent dans une famille américano-chinoise, qui traverse un été charnière, entouré de figures féminines : une sœur qui l’agace, une grand-mère mi-méchante mi-hilarante, et une mère débordée, qui tente de tout porter seule, en l’absence du père. Cette absence pèse d’ailleurs tout au long du film, comme un fantôme : sa place vide façonne chaque dynamique familiale.
Si le film sonne si juste, ce n’est pas un hasard : Sean Wang, 31 ans, y met beaucoup de lui-même. Réalisateur taïwano-américain, il aborde en filigrane la question de l’identité culturelle, entre deux langues, deux cultures. DÌDI est ainsi en partie autobiographique, nourri de souvenirs, de détails et de sensations qui résonnent bien au-delà de son expérience intime. La quête du personnage, ses différentes manières d’être selon les groupes dans lesquels il évolue, est d’ailleurs matérialisée par les multiples surnoms qu’on lui donne, Didi, Chris, Wang Wang, et par cette question récurrente, « Comment tu t’appelles ? », à laquelle il répond différemment tout au long du film, parce que la réponse n’est pas encore fixée.
On y perçoit toute l’ambiguïté d’Internet à ses débuts : terrain de jeu et espace d’expression, mais aussi fracture inconfortable, barrière générationnelle, creusant parfois le fossé avec des parents incapables d’en saisir les codes.
La mise en scène, qui pourrait sembler agaçante à force de montrer des écrans, des fenêtres MSN, des messages, des vidéos YouTube, trouve en réalité une vraie pertinence. Le réalisateur intègre ces éléments visuels digitaux pour qu’ils ne soient pas un simple gadget, mais un vrai outil narratif qui reflète l’intériorité des personnages et leur environnement. Sean Wang capte le monde numérique avec une précision épatante, jusque dans le son du clavier d’ordinateur ou le graphisme de l’interface des premiers réseaux sociaux. Ce souci du détail est un des charmes du film : une chanson, une phrase, un objet, et c’est tout un fragment de mémoire collective qui ressurgit.
Mais DÌDI ne se réduit pas à un exercice de style nostalgique. Ce n’est pas une simple collection de clins d’œil à une époque. Le film explore aussi la complexité des relations familiales dans un foyer monoparental, où une mère peine à élever seule ses deux enfants. La dynamique frère-sœur, faite de complicité et d’agacement permanent, sonne particulièrement juste et apporte une chaleur humaine qui équilibre l’humour parfois volontairement bête, dans le meilleur sens du terme.
C’est un film d’été, à la fois léger et mélancolique, inventif et idiot. Un film qu’on peut revoir à des âges différents et y trouver autre chose : la compassion parentale, la réminiscence d’une adolescence, ou la découverte d’un monde révolu. DÌDI nous rappelle que l’adolescence, à l’heure des débuts d’Internet, c’était la grande aventure. Celle de se créer un personnage, de lui trouver sa place, et parfois d’affronter quelques « game over » sur le chemin.
Agathe ROSA



