Photo du film UNE AFFAIRE TURQUE
Crédits : Paname Distribution

Une affaire turque, l’histoire vraie d’une double vie

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Pour réussir, Mathieu a appris à taire ses origines. Une affaire turque, premier long métrage du réalisateur Hüseyin Aydin Gürsoy, raconte ce qu’il en coûte de choisir entre deux mondes, porté par un Lionel Erdogan bouleversant dans son premier grand rôle dramatique.

Lionel Erdogan en rêvait – Hüseyin Aydin Gürsoy l’a fait

Avec Une affaire turque, le réalisateur Hüseyin Aydin Gürsoy offre au spectateur une passionnante immersion dans la communauté turque française, grâce à son personnage principal Mustafa Duman (Lionel Erdogan). Afin de mieux s’intégrer dans sa nouvelle classe sociale et se fondre dans les codes de son milieu d’avocat d’affaires, le jeune homme s’est même choisi un prénom français, Mathieu. Même s’il a gagné la confiance de son patron Claude Delval (Charles Berling), qui lui promet d’être associé de son cabinet, il ne se relâche jamais, se dédiant corps et âme à son travail.

Une affaire turque montre très bien la pression de Mathieu pour être à la hauteur, encore davantage que les autres. Cette pression est double, tout comme sa culture. Car il lui faut non seulement essayer de faire oublier ses origines, auxquelles il est pourtant irrémédiablement ramené, mais aussi satisfaire les attentes de sa famille, surtout celles de son père, et ce puits sans fond de l’exemplarité. Mathieu doit sans cesse évoluer entre deux mondes, veiller à ne décevoir ni son père, ni son mentor. Avec cette « charge mentale de l’immigré turc, ce sentiment d’injustice et d’efforts dont personne ne se rend vraiment compte » que connaissent bien le réalisateur et son interprète, rencontrés lors de l’avant-première à Bordeaux, tous deux issus de la diaspora turque.

Même si on change de prénom, on n’échappe jamais à ses origines.

Hüseyin Aydin Gürsoy

Pour Hüseyin Aydin Gürsoy, « trouver un acteur aux origines turques était un critère important pour légitimer le personnage ». Il a fait l’excellent choix de faire porter l’entièreté du film sur Lionel Erdogan, qui n’avait jusqu’à présent jamais recouru à ses origines dans ses précédents rôles (Engrenages, L’heureuse élue). Pour ce dernier, il y avait « une résonance évidente dans les raccourcis de direction d’acteur et la compréhension de ce que le réalisateur voulait raconter à des endroits très infimes, notamment sur les difficultés de son personnage à s’exprimer et à sortir ses émotions ». Car le comédien reconnaît « avoir clairement donné un bout de lui à son personnage et profondément aimé se replonger dans la culture, être en terrain connu et laisser les choses transparaître plus facilement ».

Une affaire turque met judicieusement en lumière la façon dont la clairvoyance, l’objectivité et les compétences habituelles de Mathieu sont troublées par son obligation de rendre service à Abdullah Ozkan (Metehan Aygün), jeune Turc en situation précaire. Le thriller décrit méthodiquement la spirale infernale de Mathieu, ce jeune homme attachant parvenu au sommet, dont les erreurs de discernement et les choix moralement discutables vont précipiter sa chute.

De Mustafa à Mathieu… et de Mathieu à Mustafa

Le réalisateur a pris le parti de ne pas trop s’attarder sur la source dramaturgique, mais plutôt sur ce que traverse son personnage. Sa caméra ne lâchant pas Mathieu d’une semelle, il réussit son pari de donner à voir son intériorité et de susciter une grande empathie de la part du spectateur. Car Lionel Erdogan s’est employé à « détourer la sincérité de son personnage, notamment en donnant la réplique à tous les comédiens pendant les castings et en modulant, éprouvant et osant essayer avec chacun d’eux avant le tournage, comme dans un laboratoire ». Les interprètes des membres de la famille de Mustafa sont en effet touchantes de vérité, telles la romancière et autrice dramatique Sedef Ecer (sa mère Hatice) et Hatice Özer (sa sœur Serap).

En partageant pour la première fois au cinéma l’histoire de cette communauté dans Une affaire turque, Hüseyin Aydin Gürsoy et son co-scénariste Ludovic du Clary (Paternel) permettent de « rendre universel un récit qui traverse l’immigration et la mobilité sociale ». Et au spectateur de saisir les émouvantes traditions et coutumes, tels les gestes accomplis par Mathieu dans les scènes de cuisine ou à la mosquée. Des traditions qui, comme le souligne Lionel Erdogan, font partie de la « nostalgie propre à tous les immigrés ».

Auteur·rice

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