Photo du film THE HOLY BOY
Crédits : Grindhouse Paradise Pictures

Paolo Strippoli (The Holy Boy) : « Le cinéma d’horreur ne fait pas de mal, il soigne. »

Sortie cette semaine sur une trentaine d’écrans français, la nouvelle composition horrifique de Paolo Strippoli, The Holy Boy, offre une vision thérapeutique du genre. Confidences du cinéaste avant de s’envoler pour la Mostra de Venise, où il présente en compétition son nouveau projet, The Spiral.

Matteo (Giulio Feltri) n’est qu’un gamin. Un adolescent timide, à la mèche décolorée, qui ne rêve que de se joindre à ses camarades. De profiter, comme eux, de l’ambiance heureuse qui règne à Remis, petit village coincé entre les montagnes alpines. Mais il ne peut pas. Toutes les semaines, le garçon doit enfiler sa soutane immaculée et recevoir un à un les habitants de la communauté. Car Matteo possède un don et peut soulager les gens de leur douleur en les enlaçant. C’est ça, le secret des bienheureux villageois de Remis : refourguer leurs peines à un pauvre enfant.

Pour son second film, Paolo Strippoli confie une partition « éprouvante » au jeune Giulio, qui signe son premier rôle au cinéma. Une « ingénuité » que le cinéaste est venu chercher chez le garçon. « Je ne voulais pas de quelqu’un de trop précis ou de scolaire ; je cherchais une personne vulnérable face à la caméra, marquée par cette appréhension naturelle d’être filmée. » Et un physique singulier, également. « En même temps, il me fallait quelqu’un avec ses caractéristiques physiques bien précises : un corps en plein développement, aux traits de plus en plus adultes, mais conservant un regard d’enfant et une vraie tendresse dans le visage. »

Une intelligence émotionnelle évidente

Cette candeur est loin de définir son jeune acteur, au contraire. « Giulio était très mûr pour son âge et doté d’une intelligence émotionnelle évidente, ce qui a tout rendu très fluide. » Il faut dire qu’en incarnant la figure centrale de The Holy Boy, Giulio Feltri n’a pu esquiver la violence intrinsèque au récit horrifique. « Son rôle est éprouvant, avec des scènes sexuellement explicites et d’autres très violentes », confirme Paolo Strippoli, qui craignait « de le blesser » avant le tournage. Comment tisser une relation de confiance quand on sait la dureté de ce qu’on va lui demander sur le plateau ? « Je lui ai expliqué que le rôle serait complexe et difficile, et je lui ai demandé s’il se sentait à l’aise avec tout cela, en lui précisant que nous pourrions adapter les choses si besoin. »

Son personnage, Matteo, n’est pas qu’un enfant au pouvoir aussi salvateur que dangereux. C’est d’abord un garçon contraint, empêché de vivre la normalité et coincé par des adultes qui semblent mieux connaître ses besoins que lui-même. « Les jeunes ont simplement besoin d’être écoutés », constate Paolo Strippoli, dressant un parallèle entre le film et son jeune interprète. « Les adultes ont souvent du mal à le faire parce qu’ils les regardent de haut, parfois sans s’en rendre compte. » Alors Paolo et Giulio ont parlé. Beaucoup. Et le cinéaste l’a entendu. « Je me suis forcé à vraiment écouter Giulio pour comprendre ce qu’il vivait. C’est une personne très joyeuse, mais chacun a ses faiblesses et ses peurs. Je voulais le comprendre pour pouvoir échanger en profondeur avec lui. » Une amitié qui a dépassé le simple plateau de tournage : encore aujourd’hui, les deux hommes sont en contact. « C’est un réel bonheur de le voir grandir et devenir un homme bon et intelligent. »

The Holy Boy et l’horreur cathartique

The Holy Boy se déploie dans un décor à double tranchant : Remis, la « Vallée des Sourires ». Un écrin montagnard d’abord « paisible et chaleureux », dont la bizarrerie s’installe progressivement. « L’étrangeté s’impose d’elle-même dès lors qu’on révèle la présence d’une secte dans ce village. » Jusqu’au moment où l’horreur surgit. Pas tout le temps. Pas longtemps. Ces séquences chocs, aussi courtes qu’intenses, Paolo Strippoli les distille avec parcimonie. « Ma règle d’or quand je raconte une histoire est de toujours chercher à surprendre », décrit-il. « Ces apparitions de violence très courtes, mais particulièrement cruelles et marquantes, répondaient à un besoin du récit : il s’agit d’installer un inconfort chez le spectateur, pour ensuite toucher une corde sensible. »

L’Italien aime l’horreur, estimant sa « chance formidable » de pouvoir en réaliser. « D’abord parce que la liberté visuelle et créative y est immense : c’est sans doute le genre qui offre le plus de latitude sur ce plan. » Mais Paolo a surtout en tête « son aspect thérapeutique », qui « permet d’exorciser cette noirceur et de chasser les démons que la société a créés en nous ». Et de glisser : « Lorsqu’il est bien conçu, le cinéma d’horreur ne fait pas de mal, il soigne. »

En compétition à la Mostra

Dans quelques jours, Paolo Strippoli s’envolera pour Venise. Le réalisateur italien présentera sur ses terres son troisième film, The Spiral, sélectionné en compétition. À 33 ans, le cinéaste concourt aux côtés de poids lourds comme Nanni Moretti, Werner Herzog ou Hirokazu Kore-eda. L’Italien enchaîne ainsi la promotion de The Holy Boy, d’abord, puis celle, sous les lumières du tapis rouge, de The Spiral, la même semaine. « C’est une immense chance de les voir sortir sur une période aussi rapprochée », se réjouit-il, se remémorant le chemin parcouru. Tout comme leur création, d’ailleurs : « J’ai eu la chance de pouvoir enchaîner ces deux projets quasi coup sur coup. J’ai terminé la postproduction de The Holy Boy un vendredi, et j’attaquais la préproduction de The Spiral dès le lundi suivant », s’amuse le cinéaste.

« Ces deux films ont occupé ma vie en même temps pendant très longtemps, que ce soit lors de leur écriture ou de leur réalisation. » L’un ne chasse pas l’autre pour autant. « J’ai dû apprendre à passer de l’une à l’autre, mais le secret réside dans le fait qu’il s’agit de projets extrêmement personnels. » Un film d’horreur, puis un thriller, qui ne sont finalement pas si éloignés que ça : « Même s’ils sont très différents, ils se répondent sur bien des points, et je pense que le public le comprendra en découvrant les deux films. » The Spiral, acquis par Le Pacte, sortira en avril 2027 dans les salles françaises.

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