L’un des principaux événements de cet été 2016 n’est pas une ressortie mais bien une première dans les salles françaises d’une œuvre pourtant datée de 1988. La distribution, grâce à , en numérique 2K du DÉCALOGUE de Krzysztof Kieslowski sur les écrans est une occasion exceptionnelle de voir la série télévisée migrer dans l’une de ses plus prolifiques apparences sur les écrans de cinéma. Une occasion de découvrir également ce projet extraordinairement ambitieux : adapter en dix films des cas de conscience autour des Dix Commandements bibliques.

Les cas de cinéastes s’essayant au format de la série télé sont légions aujourd’hui (Kiyoshi Kurosawa, Bruno Dumont, Gus Van Sant, Jane Campion…). Chose beaucoup plus rare en 88, la série étant encore loin de disposer de ses lettres de noblesse. Exception exemplaire : en 1980, Rainer Werner Fassbinder avait déjà réalisé son œuvre-somme en adaptant Döblin pour la télévision avec la série Berlin Alexanderplatz.

Photo du cycle de films LE DÉCALOGUE

En 1988, Kieslowski occupe déjà une place cardinale dans le paysage du cinéma polonais. Originaire du documentaire, comme le DÉCALOGUE en porte la trace, il se tourne vers la fiction au mitan des années 70. Il vient au long-métrage par la télévision avec le téléfilm Le personnel (1975). Il y reviendra souvent tout en multipliant les œuvres de cinéma, dont La cicatrice (76), Le Hasard (86), La double vie de Véronique (91) et sa trilogie Trois Couleurs : Bleu, Blanc, Rouge (93-94).

Plus qu’une série, les dix films sont présentés comme un « cycle », un grand mouvement de bascule où les affres de l’existence circulent dans le petit périmètre d’un HLM polonais.

Cinéaste du kaléidoscope, ses films sont conduits par une question fondamentale au cinéma comme en art : celle du point de vue. Vision sous trois angles par le biais de trois personnages dans Le Hasard, difractassions en dix temps de la comédie humaine dans LE DÉCALOGUE, ou maillage en triptyque d’un quartier parisien avec Trois Couleurs, Kieslowski connaît la relativité du regard, la polyvalence du réel et les rend dans leur ambigüité à travers chacun de ses films.

En cela, LE DÉCALOGUE est peut-être l’apogée de son cinéma. Plus qu’une série, les dix films sont présentés comme un « cycle », un grand mouvement de bascule où les affres de l’existence circulent dans le petit périmètre d’un HLM polonais. Tous traversés par la musique pénétrante de Zbigniew Preisner (auteur, il faut le rappeler, du sublime Lacrimosa utilisé par Malick dans Tree of Life), chacun des épisodes, attaché à « illustrer » un commandement des Tables de la Loi, dispose d’un chef opérateur différent.

Photo du cycle de films LE DÉCALOGUE

L’ensemble jouit néanmoins d’une homogénéité. Kieslowski joue avec le spectateur sur les Dix Commandements. Les épisodes ne donnent pas leur nom, laissant libre de deviner de quelle loi il s’agît. En ne cloisonnant pas chaque partie dans son commandement, le cinéaste dispose sa série comme un réseau où le problème du parjure côtoie celui de la convoitise, où le devoir de l’honneur est lié à celui du mensonge. Moyen astucieux d’exprimer que le péché n’est pas l’exclusivité des autres, ni même celle de son voisin mais bien celle de tout un chacun, soi y compris. Pleinement, LE DÉCALOGUE est un cycle plus qu’une série, une œuvre qui tourne et qui associe, par delà sa maestria, le spectateur aux personnages, la mise en scène de cinéma au dispositif TV, le prosaïsme soviétique au christianisme polonais.

Comme une série qu’on découvre sur le long cours, Vivien et moi vous proposons dès aujourd’hui, chaque jour, pendant dix jours, de découvrir un texte sur l’un des films avant de conclure par un article synthèse.
Sur la droite de nos textes, 10 visuels. Autant pour chaque film. Cliquez sur l’affiche polonaise d’un épisode pour découvrir notre analyse ou parcourez aléatoirement la série au fil de vos désirs. Dans l’ordre ou au hasard, traversez ce que Kubrick himself disait être le seul film qui puisse prétendre au titre de « chef-d’oeuvre ».

 

Flavien Poncet

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INFORMATIONS

Affiche du cycle de films LE DÉCALOGUE

Titre original : Jeden
Réalisation : Krzysztof Kieslowski
Scénario : Krzysztof Kieslowski
Acteurs principaux : , ,
Pays d’origine : Pologne
Sortie FR :
Sortie POL: 1988
Durée : 10 parties de 50 min
Distributeur : Diaphana Distribution
Synopsis
Les dix commandements vus par Krzysztof Kieslowski : Un seul Dieu tu adoreras, Tu ne commettras point de parjure, Tu respecteras le jour du Seigneur, Tu honoreras ton père et ta mère, Tu ne tueras point, Tu ne seras pas luxurieux, Tu ne voleras pas, Tu ne mentiras pas, Tu ne convoiteras pas la femme d’autrui, Tu ne convoiteras pas les biens d’autrui.

 

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