Devant Vivre et laisser mourir (1973) il y a un vrai sentiment de bâclage. Limite caricatural de ce qui a été instauré dans les épisodes précédents. D’une part avec la composition de Paul McCartney. Bien qu’étant un très bon morceau, Live and Let Die n’a rien d’un titre destiné à . Partant dans trop de directions et ne disposant d’aucun air ou gimmick pouvant le rapprocher du James Bond Theme ou de l’imaginaire bondien. Evidemment les jeux de lumière et de corps sont présents, l’ambiance mystique et vaudou que l’on retrouvera au sein du film reste honnête mais il y a un manque flagrant d’énergie et de puissance. C’est d’ailleurs l’un des reproches que l’on pourra faire à Roger Moore, qui devient avec ce film le troisième visage de 007. Il lui donnera dans les six épisodes suivants un ton malheureusement plus ironique et moins sérieux.

Avec L’Homme au pistolet d’or (1974) le sexe est clairement évoqué et de manière peu fine. Preuve en est avec ces mains de femmes caressant à plusieurs reprise le canon du fameux pistolet d’or de celui qui tiendra tête à Bond, le terrible Scaramanga (Christopher Lee). Nous voilà au milieu des années 1970, en 1974 exactement, et le sexe est de moins en moins un tabou depuis 1969. Ce générique se focalise donc dessus mais propose finalement assez peu de choses. Une jeune asiatique porte sa main devant son visage et semble nous inviter à la suivre tandis que l’image se floute au fur et à mesure, comme un reflet sur de l’eau. L’ensemble du générique est soumis à cet effet visuel. Pas d’une très grand utilité, à part pour montrer des jeunes filles , a priori, nues. On note la volonté d’aller au-delà de la sensualité présentée dans les génériques précédents. L’accompagnement électrique du titre The Man with the Golden Gun interprété par Lulu nous plonge un peu plus vers ce changement d’époque et d’ambiance que subit la saga James Bond à ce moment là.

L’espion qui m’aimait (1977) est le troisième épisode incarné par Roger Moore. Ayant suffisamment convaincu pour poursuivre l’aventure, l’acteur voit apparaître son visage au générique. Mais pas de la manière la plus judicieuse. Car si les figures de trapèze effectuées par une femme sur le canon d’un pistolet comme sur une barre fixe sont plutôt réussies, on frôle le ridicule devant les différents bonds de Bond. Salto avant et arrière, jambes recroquevillées, difficile de ne pas rire pendant que les habituels fonds rouge, bleu ou rose se succèdent. D’autant plus avec le titre Nobody Does it Better (« Personne ne le fait mieux » dont on comprend facilement le sous entendu sexuel), entonné par Carly Simon tandis que James sort doucement du cadre avec une jeune fille dans les bras. Aussi fin que ses parodies comme Austin Powers.

Oubliées les acrobaties de Roger Moore, pour Moonraker (1979) l’acteur n’apparaît que sur une image formée par un jeu de couleur noir sur fond bleu. L’omniprésence du bleu prend ici tout son sens avec le décors spatial au centre du film. Le générique n’oubliant pas de représenter la Terre et la Lune. Avec son accompagnement musical plutôt agréable – la voix de Shirley Bassey se montre étonnamment calme après Goldfinger et Diamonds are Forever -, ce générique nous emmène délicatement vers les étoiles. Les effets de mouvement et les transitions en ouverture d’images, initiés par Les Diamants sont éternels, combinés à des effets de fumée parfaitement maîtrisés, offrent une vraie personnalité à ce générique. Dommage de voir les habituelles bondgirls dans des situations pour le moins kitsch. L’arrivée des années 1980 est proche, et Bond n’y échappe malheureusement pas.

Véritable surprise avec Rien que pour vos yeux (1981) ! Si sur l’ensemble le générique garde les codes habituels, montrant Roger Moore uniquement au début, avant de faire se succéder images de jeunes filles, pistolet et Bond lui-même, on note pour l’unique fois la présence de l’interprète. L’écossaise Sheenan Easton dont le morceau For Your Eyes Only fut nommé aux Oscars en 1982. Une chanson pop agréable mais qui, comme pour Paul McCartney, n’évoque que trop lointainement l’univers de Bond. Impossible d’y trouver la moindre ressemblance avec l’un des thèmes de la saga. Néanmoins l’effet provoqué par le visage de la chanteuse sur l’ensemble des plans du générique est réussi. Seulement en volant ainsi la vedette à 007, l’impression est d’assister à un clip de l’interprète. Les transitions toujours aussi intéressantes sont complétées par une surimpression très présente et l’utilisation d’images en fond de plus en plus réalistes. Notamment un banc de poissons qui précède un vrai corps. Une fin de générique qui apparaît comme les prémices de GoldenEye (voir ici)…

Nous sommes en 1983 et voici Octopussy. Ou comment passer d’un travail personnel à un grand n’importe quoi ridicule. Tout y va dans ce générique. Danses acrobatiques ridicules entre Bond et une bondgirl, visage étrangement crispé des jeunes femmes dénudées et semblant sortir d’un sous Lido, et effets de néons rouge particulièrement kitsch. Un néon qui se balade sur des parties de corps et qui rappelle les premiers épisodes de la saga, l’innovation et la classe en moins. Finalement bien qu’il se veuille moderne, ce générique d’Octopussy fait particulièrement vieux. All Time High, chanté par Rita Coolidge, se charge de terminer le désastre.

La suite n’est pas beaucoup plus glorieuse avec Dangereusement vôtre (1985). Cependant ce générique a au moins le mérite de redonner un coup de punch à James. Une musique pop rock énergique de Duran Duran, toujours aussi peu bondienne, mais qui sera un énorme succès malgré tout. Un moyen de conclure l’aventure Roger Moore de manière dynamique. On ressent en effet un vent de jeunesse dans ce générique. Notamment avec une nouvelle trouvaille. Des effets de couleurs très particuliers qui proviennent de la lumière noire. Une lumière proche de l’ultra violet qui fait ressortir des effets fluorescents. Ainsi, seuls des détails ressortent à merveille du fond noir ; lèvres, ongles, pistolets, paupières et autres marquent corporelles en bleu, vert ou rouge vif. Une nouvelle fois on y retrouve les prémices des clips modernes. On pense par exemple au clip d’I Gotta Feeling des Black Eyed Peas qui rendra cet effet à nouveau populaire au milieu des année 2000. En effet on a pu le retrouver du côté de Superbus dans le clip d’Apprends-Moi, de manière plus discrète et intimiste dans celui de Mahaut Mondino, Lie To Me, ou encore chez Lolawolf (groupe de Zoé Kravitz) avec Calm Down qui insiste sur la peinture corporelle mais avec davantage de luminosité.

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SOMMAIRE :

Introduction
Sous Sean Connery (+ George Lasenby)
Sous Roger Moore
Sous Timothy Dalton
Sous Pierce Brosnan
Sous Daniel Craig