La première journée de Cannes a ouvert les hostilités de fort belle manière. La barre est haut, mais la suite est-elle dans la même veine ?

Cette seconde journée sur la Croisette a débute avec une grosse attente, à savoir Bacurau de Kleber Mendonça Filho, auteur remarqué d’Aquarius et des Bruits du Recife. Son nouveau film se déroule dans un futur proche du notre. Le petit village de Bacurau vient de perdre sa doyenne et, curieusement, l’endroit ne se trouve plus sur aucune carte. Les habitants s’interrogent, mais ils devront bientôt s’occuper d’une menace armée bien plus importante.

Le film se découpe en deux parties distinctes. La première, très réaliste, fait se cohabiter des ambitions documentaires avec une certaine exigence formelle. La seconde, envoie tout valser, fonçant tête la première dans le pur film de genre. Hommage à peine déguisé au Assaut de John Carpenter, Bacurau est une attaque contre la politique de Bolsonaro et sa possible alliance avec Trump. Peut-être pas totalement à la hauteur de nos attentes dans son exposition, le long-métrage nous emporte dès que Kleber Mendonça Filho, ici assisté par Juliano Dornelles, dégaine les armes. Découvrez notre critique pour avoir un avis plus complet.

Nous avons ensuite enchaîné avec Atlantique, et il s’agissait d’un petit événement dans l’histoire de Cannes car est la première réalisatrice de couleur à monter les marches pour présenter un film en Compétition Officielle. Il ne fallait cependant pas se laisser attendrir par ce contexte pour pouvoir se rendre compte que ce film était probablement trop tendre et n’aurait pas démérité une place à Un Certain Regard ou à la Quinzaine. De quoi laisser le temps à Mati Diop de plus se développer pour qu’elle vienne à l’avenir présenter un film plus consistant. Parsemé de belles intentions et de fulgurances visuelles notables, Atlantique souffre d’un rythme inégal et d’une écriture trop négligée pour emporter la mise. Mais on sera curieux de suivre Mati Diop dans les prochaines années. Découvrez notre critique pour avoir un avis complet.

En fin de journée, la presse a pu découvrir Sorry We Missed You, nouveau drame réaliste de l’ami Ken Loach, habitué à se présenter en Compétition Officielle. Dévoué au peuple, le réalisateur suit une famille de Newcastle qui se bat pour survivre. Dettes, travail intense, enfants à gérer… Les problèmes s’accumulent. Ken Loach, fidèle à lui-même, a un vrai amour pour ses personnages. Mais jamais le film ne nous surprend. Comme si nous l’avions déjà vu avant même de pénétrer dans la salle. Sur la forme, le britannique sert le minimum syndical, restant dans sa zone de confort. Sur le fond, son discours sur l’ubérisation ne manque pas de mordant, mais perd drôlement de sa puissance quand il charge la mule avec insistance dans le dernier acte. La famille Turner a d’un coup tout le poids du monde sur ses épaules et doit faire face à une cascade de mésaventures. Le cinéma de Loach est attachant par sa sincérité mais nécessite un renouvellement urgent pout nous attraper de nouveau.

Maxime Bedini

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