Dans cette comédie populaire, Corbucci dirige deux monstres du cinéma : Anthony Quinn, fatigué mais précis, et Adriano Celentano, au sommet de son art, absolument éclatant tout au long de cette aventure peuplée d’arnaques et d’évasion(s) de prison(s).

Difficile de se rendre compte, depuis la France, de l’influence et du succès d’Adriano Celentano dans sa terre d’origine, l’Italie. Sorte de rencontre de Jim Carrey, Serge Gainsbourg et Elvis Presley, il se fait d’abord connaître dans la chanson avant de se tourner vers le cinéma à partir des années 70. Dans BLUFF (1976), qui sort en DVD, il collabore pour l’occasion avec deux autres monstres sacrés du cinéma : en tête d’affiche à ses côtés, Anthony Quinn – dont la carrière était déjà en perte de vitesse depuis quelques années – et à la réalisation, Sergio Corbucci, que l’on retient encore aujourd’hui comme l’un des meilleurs réalisateurs de western spaghettis (même s’il reste malheureusement bien souvent dans l’ombre du grand Leone).

BLUFF, c’est donc la rencontre de trois piliers. On aurait bien pu s’attendre à quelque chose de relativement ambitieux, mais le film de Corbucci est une comédie populaire très humble qui rappelle autant Les Charlots que Fernand Raynaud. Bien loin de la virtuosité de sa vision du far west, Corbucci est assez effacé, adoptant une posture très cartoonesque qui emprunte énormément à Tex Avery et à Benny Hill, dans la tradition d’un effet comique très expressif, visuel et dynamique. Celentano, au fond, est un peu son De Funès avec lequel il s’amuse allègrement.

Photo du film BLUFF

L’acteur italien ne fait certes pas dans la finesse : son surjeu constant, comme ses répliques forcées, pourront agacer, mais elles sont pourtant au cœur même du charme survolté du film. Les pointes d’humour sont peu recherchées, les enjeux sont simples et les personnages sont caricaturaux sans être vides d’intérêt – cela témoigne, au fond, d’une certaine complaisance. Les risques formels sont inexistants, et le seul plaisir que l’on aura à découvrir BLUFF se résumera à voir un génie bien souvent incompris (Celentano) faire son show pendant près de deux heures, éclipsant d’ailleurs le monument qu’est Anthony Quinn, bien discret ici, même si celui-ci complémente finalement bien l’énergie de son compagnon de casting de par sa performance très sereine.

Tout est jazzy, relâché, dansant. Souvent, Corbucci n’essaie même pas de donner du réalisme à ses effets et fonce droit vers l’absurde pur. Sorte de L’Arnaque (George Roy Hill, 1973) sous acides, au cadre très glamour et aux interprètes aux présences fortes, BLUFF n’a rien de très original mais ce n’est pas vraiment ce qu’on en attendait. Dans le panier parfois très hétéroclite de la comédie italienne seventies, sa qualité est plus qu’honorable, bénéficiant surtout d’un casting très charismatique et d’une maîtrise indéniable du rythme. Facile et populaire, certes, mais séduisant et divertissant.

KamaradeFifien

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[CRITIQUE] BLUFF (1976)
Titre original : Bluff storia di truffe e di imbroglioni
Réalisation : Sergio-Corbucci
Scénario : Sergio Corbucci, Massimo De Rita, Mickey Knox, Arduino Maiuri
Acteurs principaux : Adriano Celentano, Anthony Quinn, Capucine
Date de sortie : 1976 (28 mars 2017 en DVD)
Durée : 1h50min

Les classiques italiens
3.0Bon
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