Neuf ans après la coréalisation avec Hippolyte Girardot de Yuki et Nina (2009), son petit chef-d’œuvre sur l’enfance, Nobuhiro Suwa prolonge sa liaison avec le cinéma français entamée depuis H Story (2001).
Pour son 6e long, le réalisateur japonais orchestre une variation pétrie par l’esprit de Truffaut autour de l’une des plus éminentes figures du cinéma français : Jean-Pierre Léaud.
Construit en miroitement, avec un arrière goût qui peut donner des faux airs de « va-comme-je-te-pousse » ludique et fondamentalement ruizien, voilà un portrait en kaléidoscope du génial clown triste, enfant chéri de la Nouvelle Vague. En résulte un tableau plus solaire et revigorant que ce qu’Albert Serra en avait fait dans La Mort de Louis XIV (2016). Dans ce dernier, le cinéaste catalan mettait en scène les dernières heures du Roi Soleil alité (sous les traits de Léaud) en faisait traîner dans un style complaisamment rococo la déliquescence d’un barbon, rendant moins grâce à l’acteur qu’il n’accusait la mort au travail sur lui.
Si cette douceur des tons et de l’esprit de jeu qui gouvernent la conduite du récit fait la force du film, elle nourrit aussi sa principale faiblesse. Le Lion est mort ce soir souffre de manquer de caractère. A force d’admiration aveugle de Suwa pour Léaud. Est à l’origine du projet cette idolâtrie patente, parfois fructueuse de gros plans superbes sur le visage du comédien qui trahit une enfance intacte dans ses expressions. Lorsqu’ils se sont rencontrés au festival de la Roche-sur-Yon, ils ont, d’emblée, exprimé le souhait commun de tourner ensemble. Faire un film juste pour le plaisir d’être ensemble et de partager une expérience, comme on part en vacances ou comme on joue à la récréation, est l’un des exercices les plus périlleux pour un réalisateur. Parce que cela lui demande de préserver intact ce désir simple et précaire, sans le brusquer ni le travestir. Et pour cela, faire preuve d’une rigueur sans faille pour que la réalisation traduise directement et avec acuité ce bonheur muet d’être amis sous l’égide du cinéma. Cela s’appelle les films de John Ford, de Yasujirô Ozu, d’Ingmar Bergman, de John Cassavetes.
L’embrassade est poignante, Léaud est royal comme toujours, asseyant sans conteste son titre sur le trône des grands extravagants du cinéma français. Mais l’écrin, s’il évite la sinistrose de Serra, bringuebale et laisse entrevoir une ode boitillante. Qui a l’heureux plaisir d’exister mais dont la partition finale aurait mérité d’être moins guidée par l’adulation.
Flavien Poncet
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• Réalisation : Nobuhiro Suwa
• Acteurs principaux : Jean-Pierre Léaud, Pauline Etienne, Maud Wyler
• Date de sortie : 3 janvier 2018
• Durée : 1h43min


