Photo du film THE FALL GUY
Crédits : Universal Studios.

The Fall Guy, the bonne (petite) surprise

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3
IMDb6.8/10Letterboxd3.4/5Metacritic73/100Rotten Tomatoes82%

Les bonnes surprises nous attendent toujours au tournant. Alors que le genre du film d’action pullule de « créations » fainéantes et se ressemblant toutes (l’exemple récent du Salaire de la peur version Netflix pour ne citer que ça) en partie à cause de lui, David Leitch surprend et revient avec un film plus sincère et réussi que ce à quoi on pouvait s’attendre… Pouce en l’air, comme ferait son cascadeur principal.

Le bougre de David

Pour ceux qui ne le sauraient pas (et c’est « normal », puisque c’est un métier de l’ombre et c’est précisément le thème du film ) David Leitch était avant toute chose un cascadeur et coordinateur de cascades. Il était notamment une doublure régulière de Brad Pitt et a officié sur bon nombre de productions depuis la fin des années 90. Il a ensuite cofondé la boite 87Eleven Productions en 1997 (désormais 87North Productions) et a connu la renommée mondiale avec Chad Stahelski en co-réalisant John Wick en 2014, actionner racé et stylisé qui a tout simplement donné un nouveau visage au film d’action et engendré tout un sous-genre à lui tout seul. Sauf que depuis qu’il s’est rendu compte qu’il passerait bien derrière la caméra (et l’ambition est tout à fait louable puisqu’apparemment le premier John Wick est né de l’envie de mettre en valeur le travail des cascadeur pas assez mis en lumière et souvent saccagé), le bonhomme n’a jamais réalisé de vrais bons films. Pendant que son comparse poursuivait la saga seul avec certes des vrais défauts mais surtout moult envies et tentatives (John Wick 4 par exemple, le plus audacieux, est attaquable sur plusieurs points, mais demeure réjouissant sur autant d’autres), Leitch se contentait d’enquiller des blockbusters jamais désagréables mais surtout frimeurs et assez faciles alors qu’ils disposaient de postulats de départs à même d’exciter tout amateur de castagne qui se respecte. Atomic Blonde, Deadpool 2, Hobbs and Shaw et Bullet Train sont effet des divertissements regardables, mais qui se révélaient assez couillons – déjà – et surtout tristement fainéants malgré tout leur potentiel – en témoigne le dernier en date, Bullet Train. Pourtant porté par l’immense Brad Pitt (toujours classe malgré le port du bob), il synthétise peut-être à lui tout seul tout le problème qu’avait le cinéma de Leitch: un point de départ excitant, de l’expérience et des moyens, pour finalement un film qui prend la pose et multiplie les rebondissements faciles reliés ensemble non pas par une harmonie cohérente mais par des clichés et effets de frime (le tout, en plus, emballé par des effets numériques pas très heureux). Sauf que l’ancien cascadeur, cette fois, a choisi de raconter frontalement son métier de cœur, et parvient grâce à ça à enfin se débarrasser de certains effets lourdauds pour trouver un sujet et faire un film sincère et bien plus plaisant.

Gosling est un des rares acteurs à pouvoir aller loin sans tomber dans le ridicule. ©Universal Pictures

Ryan Gosling, Emily Blunt et Taylor Swift

Et, pour ce film qui s’inspire de la série L’homme qui tombe à pic (The Fall Guy) des années 80, Leitch choisit donc de suivre un cascadeur de cinéma et tient sa meilleure idée en le faisant interpréter par Ryan Gosling. Beau gosse taillé bien comme il faut depuis un paquet d’années maintenant (« Fuck! It’s like you’re photoshopped! » comme disait Emma Stone dans Crazy, Stupid, Love), blond charmeur aux multiples talents, Gosling est surtout un formidable acteur qui prouve encore une fois à quel point il est à l’aise dans le domaine comique. Si c’est bien sûr ses rôles d’anti-héros mutiques et mystérieux, de Drive à Blade Runner 2049 en passant par The Place Beyond The Pines qui ont d’abord propulsé et façonné sa carrière, le canadien a régalé le public (et peut-être encore plus le public plus cinéphile) de son talent pour la comédie, dessiné par une remarquable maîtrise du comique de geste (il faut le voir gesticuler, tomber ou hurler dans The Nice Guys), d’un talent pour faire partir sa voix dans les aigus comme personne d’autre ou encore d’une propension à jouer les mecs un peu loosers mais jamais ridicules et toujours très drôles. De The Nice Guys justement, à Barbie, en passant par Crazy, Stupid, Love donc et même La La Land et The Big Short, le canadien a montré maintes fois qu’il était très doué pour faire rire et, fait plus rare, sans jamais tomber dans le ridicule. Car à cela s’ajoute un autre élément encore présent ici, sa capacité (voire son goût) à jouer des mecs un peu maladroits et malchanceux mais toujours humains et attachants. C’est ce qui donne toute sa petite âme au film, l’acteur se montrant une nouvelle fois capable du meilleur, comme si l’homme lui-même explorait une facette personnelle à travers ces rôles, et une des icônes les plus sexy et « virile » – si tant est que ce mot ait encore du sens – d’Hollywood de continuer de rappeler qu’un homme peut montrer ses failles. Et puis, comment résister à un Ryan Gosling qui pleure sur du Taylor Swift ? Impossible, à l’image du personnage d’Emily Blunt séduite, l’actrice illuminant une nouvelle fois l’écran de tout son charme et son talent, et leurs roucoulades de constituer un programme simpliste mais plutôt charmant (plus que dans le récent Tout sauf toi par exemple, qui restait aussi plat que les abdos de Glenn Powell) si on accepte une comédie romantique d’action sympathique mais – on va le voir – pas aussi bien réalisée qu’elle le devrait.

Un film avec des vraies cascades dedans. ©Universal

ACTION !

Mais donc, trêve de bavardages, qu’en est-il de la castagne, de la marave, de la baston? Parce que c’est bien sûr ce qu’on est tous venu voir, notre Coca dans une main et un popcorn dans l’autre (c’était café et M&M’s pour l’auteur de ces lignes) et heureusement le contrat est plutôt rempli de ce côté-là. Comme on l’a dit, David Leitch est animé d’une vraie sincérité en faisant ce film pensé comme une déclaration d’amour à toute une partie essentielle mais pourtant laissée dans l’ombre de la fabrication d’un film. Et c’est ainsi qu’on est heureux de voir l’homme plus « assagi» et « inspiré » (avec des gros guillemets, hein) dès l’ouverture du film, tournée en un plan-séquence le long duquel on suit notre héros de sa caravane jusqu’au lieu précis où il va filmer sa scène. Alors que l’exercice en question – pourtant formidable accomplissement cinématographique – a vu sa force d’évocation pas mal piétinée par des individus peu scrupuleux depuis quelques années, il est ici joliment utilisé pour suivre Gosling progresser à travers un plateau, sans esbroufe mais avec une efficacité qui fait plaisir à voir, tout en montrant l’envers du décor. Leitch conservera une certaine cette application tout le long du film, le long-métrage ne souffrant jamais de scènes sur-découpées où tout est illisible, et bénéficiera même d’idées appréciables, comme la scène du split-screen, maligne. Et on disait « assagi », car l’autre bonne surprise que l’auteur de ces lignes fut très étonné de constater est également que l’ultra-violence pourtant désormais à la mode n’est pas au rendez-vous ici (mode que lui-même a pourtant lancé avec les John Wick !). Si les peignées sont échangées avec enthousiasme, Leitch a décidé de remiser les habituelles pratiques de mutilation de l’autre pratiquée dans des proportions tarantinesques au placard.
Et si la joyeuse bande se fait plaisir dans la castagne, un constat s’impose: c’est quand même peu. Pour un artisan avec autant d’expérience et censé mettre en avant son métier, il est triste de constater que les meilleures cascades étaient celles réalisées pendant les évènements promos du film. C’est une des grande force des John Wick, les coups se sentent et font mal autant aux personnages qu’au spectateur, et il est vraiment dommage de ne pas se saisir d’aucune opportunité narrative intéressante (et de s’abandonner à la facilité avec autant de régularité que Colt se préparant des cafés).
Mais, pour le rédacteur de ces lignes, il est quand même particulièrement agréable de se rappeler qu’on n’a pas besoin de trucider les gens pour s’éclater, le film se reposant surtout sur la construction de ses cascades, ses chorégraphies et l’humour imparable de Gosling. Les grosses séquences bénéficient de suffisamment de recherches et de travail assez remarquable pour satisfaire – entre celle à la plage durant laquelle le cascadeur Logan Holladay a battu le record de tonneaux jusque-là détenu par Adam Kirley sur Casino Royale (8,5 contre 7) ou, la meilleure du film, qui voit Colt Seavers (Gosling) et son chien se battre en pick-up ou autre camion poubelle dans les rues de Sydney – le plaisir et les mandales sont évidemment là.

On sera même d’avis de dire que l’humour est plutôt bien dosé (les références à d’autres films font cette fois rire et ne sont pas lourdes selon la personne qui vous parle) et que les antagonistes n’ont pas vraiment le temps d’être trop lourds (même si Aaron Taylor Johnson et Hannah Waddingham – oui, c’est elle dans la très jolie Ted Lasso – n’ont rien d’intéressant à défendre). Maintenant, il faut quand même rester lucide sur le fait que comme le rappellent très bien Alexis Roux et Simon Riaux dans le podcast Réalisé sans trucage, il n’y a malheureusement pas grand chose d’intéressant à trouver. Alors que le postulat de départ promettait vraiment des idées qualitatives, puisque le personnage de Gosling se retrouvait pour la première fois à devoir faire des cascades pour de vrai et sans sécurité, aucun sentiment de réel danger n’arrive jamais. Ryan Gosling est comme d’habitude impeccable, mais l’intrigue après laquelle il court est ,elle, plutôt agaçante et ridicule. Alors que Chad Stahelski continue de tenter des propositions intéressantes, David Leitch, lui, est parti sur le chemin du blockbuster américain moyen un peu pataud et jamais très fin, interrogeant sur l’état d’une industrie qu’il essaie de défendre mais finalement en perte de savoir-faire. Et surtout, plus de doute possible sur une chose: ce n’est pas un cinéaste. Il n’a presque rien à raconter, et on serait des spectateurs bien plus heureux si il s’associait à nouveau à quelqu’un pour qui le mot « histoire » est pris au sérieux.

Mais si THE FALL GUY ne vole jamais aussi haut que les cascades qu’il met en scène, il n’en reste pas moins une jolie (petite) surprise, le meilleure film de son réalisateur et une création agréable et exécutée avec suffisamment de plaisir, au point de nous faire rêver d’une vie de cascadeur, sur les tournages, avec tout ces passionnés payés à faire des films… Et en buvant du café (mais doucement quand même, ça peut brasser pendant les cascades).

Simon BEAUCHAMPS

Auteur·rice

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