Netflix vient de lancer la troisième saison d’Ozark, une de ses créations originales de très haute tenue et de plus en plus intéressante au fil des ans. L’occasion pour nous de revenir dessus, en dépit d’une cote faiblarde qui ne lui fait absolument pas honneur.

Alors qu’il traverse une crise familiale majeure, Marty Byrde (Jason Bateman), échappe de peu à la mort lors d’une pirouette à laquelle il ne croit pas vraiment lui-même. En tant que conseiller financier, il a vu un de ses clients se retourner contre son bureau et ses collègues. Un client particulier puisqu’il appartient en réalité à un puissant cartel de drogue mexicain. Marty, une arme braquée sur la nuque, tente alors le tout pour le tout en bafouillant une proposition faisant office de dernière chance : un plan de financement sur plusieurs années consistant à blanchir une énorme partie de l’argent de l’individu dans les Ozarks, région boisée et ombragée dominée par un lac, particulièrement propice au développement touristique en été. Marty est alors autorisé à fuir avec quelques sacs de dollars à « nettoyer » ainsi que sa femme dont il vient de découvrir la liaison adultère et ses enfants qui lui parlent peu. Voilà comment démarre la première saison d’Ozark.

Photo de la série OZARK

© Steve Dietl / Netflix

 

La famille s’installe en territoire inconnu et va devoir se faire rapidement à une nouvelle vie au-dessus de laquelle trône en permanence une épée de Damoclès. Si les délais annoncés par les mafieux pour faire rentrer une certaine somme d’argent ne sont pas respectés, elle risque tout bonnement la mort. Les règles du jeu sont simples, mais l’environnement des Byrde va évidemment tout faire pour leur compliquer une tâche déjà ardue. Et Ozark se démarque déjà des autres séries américaines qui mettaient en scène une famille dysfonctionnelle, aux prises avec des choix moraux difficiles à entreprendre. On pense à l’inoubliable Breaking Bad et récemment Bloodline, toutes deux disponibles sur Netflix également. Pour survivre, les Byrde vont avoir l’idée d’investir afin de se constituer un empire financier à gérer, tout en devant subir les visites impromptues du FBI, l’hostilité des autochtones et la curiosité des hommes politiques de la région.

Tandis que les feuilles des arbres bruissent au gré du vent, les sacs remplis de dollars s’entassent et les corps tombent au milieu des Byrde. Ozark est une épopée familiale et criminelle sombre et remarquablement maîtrisée, mais encore injustement boudée par beaucoup.

La sauce prend vite et on se laisse embarquer dans les déboires financiers des Byrde, tandis que le casting ne cesse de monter en puissance. Jason Bateman et Laura Linney en tête sont bluffants de retenue, Julia Garner, bien qu’aperçue auparavant dans une autre série importante (The Americans) a tout d’une révélation et que dire de Peter Mullan et Lisa Emery, interprétant le couple Snell, des fermiers crapuleux qui auront l’occasion de se faire remarquer lors du final détonnant de la saison 1.

Ozark, c’est aussi une série qui soigne à fond son atmosphère. Réalisateur d’une grande partie des épisodes sur les trois saisons, Jason Bateman confère une ampleur impressionnante aux faces-à-faces dialogués, tout en photographiant d’une manière particulière la nature sordide qui encercle les protagonistes. La végétation, les eaux troubles du lac n’ont rien de paradisiaque ici et les extérieurs ne laissent que peu de place au soleil. Tout semble se passer à l’ombre lorsque nous ne sommes pas en intérieur. Une sensation permanente d’humidité froide qui finit progressivement par nous envahir.

Photo de la série OZARK

© Steve Dietl / Netflix

La saison 2 a opéré une montée en puissance réjouissante dans le sens où la fin de la précédente remettait tout en cause. S’étoffant toujours plus, dans ses sous-intrigues comme avec ses nouveaux personnages, ou à travers une évolution soignée des anciens, nous prenons un plaisir toujours plus évident à observer l’épopée familiale et criminelle des Byrde, en se demandant jusqu’où cela pourra aller.

S’inscrivant dans une continuité narrative logique, la troisième saison se savoure, même si elle nous est apparue plus sage, laissant un peu plus de place à des respirations qui ressemblent à des temps morts. Quelques signes de fragilité ça et là sont à signaler, à l’instar du personnage de Ben Davis, pas toujours très finement traité et au destin assez logique finalement. La chute de cette troisième saison est même une redite du final de la première, ce qui pourrait à nouveau nous réjouir, mais laisse plutôt un arrière-goût de réchauffé. Cela ne nous empêchera pas d’en être lors d’un quatrième tour, voir d’un cinquième, comme apparemment voulu par son créateur. Il faudra repartir plein gaz au risque de commencer à s’enliser dans la vase du lac. En attendant, ces trois saisons méritent toute votre attention.

Loris Colecchia

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OZARK, une série Netflix de très haute tenue - Critique
Titre original : Ozark
Création : Bill Dubuque, Mark Williams
Acteurs principaux : Jason Bateman, Laura Linney, Julia Garner, Peter Mullan, Lisa Emery
Date de sortie : 27 Mars 2020
Durée : 10 x 60min
4.0BRILLANT
Avis des lecteurs 47 Avis

OZARK, une série Netflix de très haute tenue – Critique

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