Photo de la série SPLIT
Crédits : Caroline Dubois

SPLIT, Iris’Gaze ou le regard d’Iris – Critique

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Le projet d’Iris Brey, spécialiste du male gaze ou « regard masculin » au cinéma, est clair : passer de l’autre côté de la caméra, c’est pour elle proposer un autre regard. Elle l’annonce : pas de conflit externe dans sa mini-série féministe diffusée sur France TV Slash, qui se concentre sur les seuls conflits internes des personnages. De fait, il n’y a pas de conflit dans SPLIT, histoire d’une doublure cascade qui tombe amoureuse de la comédienne principale sur le tournage d’un remake des « Vampires » de Louis Feuillade. Ou, s’il y a conflit, il est aussitôt évacué.

D’Aristote à Netflix, un récit, on le sait, met en scène un héros face à un obstacle, des adjuvants et des opposants. Dans SPLIT, pas d’opposant. Anna, en couple avec Nathan, le cadreur du film, tombe amoureuse d’Ève, l’héroïne, et, pour vivre cet amour, décide de mettre un terme à une grossesse pourtant désirée. Nathan se rebelle à peine et même l’accompagne dans sa démarche. D’opposant possible, il rejoint très vite les adjuvants. La question qu’on peut se poser est alors : est-ce qu’à changer de mode narratif, à évacuer conflit et adversaires, il est possible d’accoucher d’un monde nouveau, d’une société du consentement et de la bienveillance ?

Pas si sûr. Qu’on chasse certains clichés, d’autres se pointent aussitôt sur la page blanche de l’écran. Dans le couple Anna / Nathan, c’est elle qui conduit et qui fume, il la regarde amoureusement, et quand elle est blessée, il la soigne tendrement. Peu d’hommes d’ailleurs dans la série : quelques flics, deux passants cons et homophobes, et sur le tournage : un comédien qui joue un agresseur, un homme blanc ; l’autre, Nathan, lui, est bon, tout entier du côté du consentement et de la bienveillance. Il est noir.

D’ailleurs, dans ce monde du consentement et de la bienveillance, les rapports de domination ne sont pas absents. Face à Ève, star du rock underground outée et affirmée, bomber et bagues armure (Jehnny Beth dans son propre rôle), Anna (Alma Jodorowsky), sa doublure, fait figure de jeune élève appliquée. Anna impose en revanche sa volonté à Nathan, décidant d’avorter quand bien même tous deux désiraient cette grossesse. Nathan, sous tutelle, ne lui en veut pas longtemps et sera présent au même titre qu’Eve ou la meilleure amie d’Anna dans une scène d’avortement vécue de façon collective, façon baby shower.

Les deux comédiennes se ressemblent et le procédé du split screen, deux écrans pour le prix d’un, en rassemblant leurs deux visages pour les fondre en un seul produit une forme d’amour gémellaire, amour de son double, amour de soi. En l’absence de conflit, l’histoire d’Ève et Anna, culotte et top de coton blanc, draps blancs pour un amour virginal, tient presque de la bluette ou du roman photo, ce qu’accentue le découpage de l’écran en cases.

Malgré un usage du split screen tour à tour fonctionnel, symbolique ou poétique et une mise en scène du désir et d’une sexualité à la fois pédagogique et communicative, SPLIT semble buter sur ce qu’énonce Delphine Seyrig dans un extrait sonore inclus au premier épisode : « Le cinéma ne peut être qu’un reflet, il ne peut pas faire avancer les choses en lui-même, c’est aux choses d’avancer, et le cinéma avancera. » SPLIT bute peut-être sur le réel.

Dominique S.

Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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