Photo du film PARASOL

[CRITIQUE] PARASOL

PARASOL
• Sortie : 10 août 2016
• Réalisation : Valéry Rosier
• Acteurs principaux : Alfie Thomson, Pere Yosko, Julienne Goeffers
• Durée : 1h 15min
5.8

PARASOL est un exemple parfait de ce genre particulier que nous appellerons le cinéma du looser magnifique. Le principe y est simple : inscrire des personnages dans leurs solitudes, leurs turpitudes, et en extraire une sorte de beauté mélancolique. Ici, il s’agira d’Annie, d’Alfie et de Péré. Une septuagénaire belge, un post-ado anglais et un père célibataire majorquais se rejoignant non pas au cœur du récit, mais dans un désir commun d’émancipation et/ou d’épiphanie face aux humiliations du quotidien.

D’abord : Annie, passant des vacances dans un club de loisir pour vieux, à Majorque. Un beau personnage de femme libre et encore adolescente (Annie découche, rencontre des mecs, fugue, boit des coups, etc.) dont le comportement cherchant la solitude apparaît comme un combat contre sa propre vieillesse. Une vieillesse qui se manifeste partout autour d’elle, dans une certaine infantilisation par ces jeunes, dans son propre corps dégénérescent, dans cette obligation de s’apparenter au groupe des laissés pour compte. Pour l’interpréter : Julienne Goeffers. Une « gueule de cinéma », le genre d’actrice qu’il suffit de regarder suffisamment longtemps pour être totalement en empathie avec ses émotions, sans même qu’il y ait besoin d’un quelconque dialogue. Il suffit alors de la placer dans des situations potentiellement humiliantes, et d’observer son silence et son regard – tous deux très évocateurs – donner à son personnage cette beauté singulière qui en fait la valeur. On regrettera toutefois que le réalisateur Valéry Rosier insiste si lourdement, via sa mise en scène en plans résolument fixes ou ses choix scénaristiques, sur le contraste entre Annie et cet univers dans lequel elle évolue, générant un peu trop artificiellement absurdité, pathétique, mélancolie puis dignité, charisme et beauté.

Photo du film PARASOL
Annie (Julienne Goeffers) : parasol fermé, soleil écrasant

Puis il y a Alfie. Ses aventures évoluent en miroir de celles d’Annie (rencontrer des filles, fuguer, découcher, aller boire des coups pour oublier) sauf que chez lui, ces buts ne sont pas un combat contre les déconsidérations inhérentes à la vieillesse, mais une étape sociale obligatoire vers un passage à l’âge adulte. Amitié, amour ou sexe sont évidemment recherchés et fantasmés par Alfie-le-naïf, lorsque la réalité de ces aspects se voit faussée et conditionnée par un très pragmatique et cruel rapport à l’argent. Là encore, on peut reprocher à Valéry Rosier une certaine artificialité dans sa création d’empathie avec Alfie, exagérant sa naïveté face à la cupidité ou la perversion des autres, le tout dans une concomitance manquant un peu trop de nuances… Mais d’un autre côté, la beauté de ce looser là émergera lorsque, in fine, il prendra conscience de lui-même et de ce dont il est capable. De s’affirmer, et de devenir indépendant du regard des autres.

« Parasol dessine trois portraits de loosers magnifiques, pas toujours servis par une réalisation un peu trop insistante. »

Le troisième portrait est celui de Péré, un conducteur de « char à touristes » (un petit train faisant le tour de Palma de Majorque) qui cherche à gagner l’affection de sa fille. PARASOL nous le décrit comme un pur looser – un individu, un père, un mari et un employé qui n’a jamais réussi à gagner le respect et la considération de personne.

Évidemment, Péré trouvera la force de dire fuck à toutes ces humiliations du quotidien pour vivre un artificiel moment de bonheur et de complicité avec sa fille Ahilen. Ce moment est toutefois très beau, notamment grâce aux deux comédiens Péré Yosko et Ahilen Saldano, très naturels, mais également parce que nous savons que ce moment ne peut être qu’éphémère, et que le retour de bâton ne peut être que rude. Hors, contrairement à l’insistance dont il fait preuve dans les deux autres récits, Valéry Rosier choisira de suspendre ce suspense, conservant ce parfait dosage doux-amer jusqu’à la fin du film.

Bien que très classique voire même clichée, l’histoire de Péré et d’Ahilen finit par être la plus accessible et la plus émotionnellement réussie.

Photo du film PARASOL
Père et fille se retrouvent, le temps d’une cigarette

Chacun des trois protagonistes évolue en outre à sa propre vitesse, ce qui donne cinématographiquement parlant un rythme très singulier à PARASOL : les évolutions, humiliations ou émancipations des uns influencent de façon assez sensorielle notre perception des aventures des autres. Le film navigue alors toujours entre deux états, dans le contraste. Cette alternance participe clairement au plaisir ressenti à la vision du film, tout en gommant les quelques défauts d’une réalisation peut-être un peu trop insistante et d’un scénario oubliant un peu trop les notions de nuances dans les descriptions, malgré un indéniable cachet naturaliste. Reste néanmoins un feel good movie que nous nous risquerons à qualifier de « typiquement belge », par cette capacité à faire de l’émancipation de personnages communs et pathétiques, une sorte de fantasme réaliste de nos propres quotidiens.

Georgeslechameau
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