Crédits : 20th Century Studios

LE DERNIER DUEL, les nouveaux (anti)héros – Critique

Bien loin de ce que laissaient supposer d’alléchantes bandes-annonces, la nouvelle épopée de Ridley Scott peine à convaincre. Au mieux ennuyeux, LE DERNIER DUEL est une déception à plusieurs égards.

Jean De Carrouges est vexé : lorsque sa femme lui annonce qu’elle a été violée par son ami et rival Jacques Le Gris, le chevalier se soumet à un duel judiciaire décidant du sort de son épouse. Ce pêché originel est en totale adéquation avec les objectifs du film : d’une part, permettre la résurgence d’un souffle épique où Scott donne à voir le talent qu’on lui connaît pour filmer le champ de bataille sous toutes ses formes. D’autre part, dresser un diagnostic de la figure héroïque d’un cinéma de genre tourmenté à l’ère COVID. Malheureusement, LE DERNIER DUEL n’offre rien de bien appétissant, sinon une énième variation sur le thème de la virile rivalité chevaleresque.

Crédits : 20th Century Studios

L’idée de calquer sa narration sur le Rashomon (1950) de Kurozawa avait pourtant de quoi attiser notre curiosité. Scott propose à son tour trois points de vue sur un même crime, ce qui aurait dû donner lieu à de subtiles variations de mise en scène, tout en suscitant une analyse des mœurs et une réflexion sur la psyché de ce trio. Très vite, cet ambitieux montage s’avère pourtant n’être qu’une coquille vide et peine à masquer la vacuité d’un ensemble tout juste sauvé par la beauté de la photographie. Passé le témoignage de Carrouges, le naufrage s’étire sur une heure où, impuissant, le spectateur doit assister encore et encore à une répugnante agression, sans jamais prendre connaissance d’éléments nouveaux. Mais le plus grave, en tout cas le plus déplaisant, c’est la propension avec laquelle Scott paraît être persuadé de l’efficacité de ce subterfuge.

Car ne nous leurrons pas : LE DERNIER DUEL ne parvient jamais à rendre digne d’empathie ce triangle tourmenté, et aucun ne profite de son arc narratif pour se dédouaner ou apporter sa pierre à un édifice bien veule. Rien ne pousse à l’identification. Pire : les motifs des personnages pour justifier des actes ignobles les rendent détestables. Adam Driver tient d’ailleurs ici son premier rôle véritablement décevant. Ni antagoniste digne de ce nom, ni héros tourmenté confronté à la fatalité, l’acteur subit les facéties d’un metteur en scène qui aurait définitivement dû passer la main avant Prometheus (2012). Rien à interpréter ou à penser dans cet étrange mélange indigeste où de multiples flux narratifs s’entrechoquent laborieusement.

Crédits : 20th Century Studios

Arrive finalement l’affrontement tant attendu et suggéré par le titre. On attendait un climax salvateur, mais on se moque finalement de savoir qui des deux opposants l’emportera sur l’autre, tant le récit s’est appliqué à éteindre toute forme de convictions digne d’intérêt. Pourtant convaincante, Jodie Comer ne tire pas son épingle du jeu, frappée elle aussi par le machisme et la lâcheté du duo s’opposant face à elle. On en vient presque à rire face à l’issue surréaliste et incompréhensible d’un interminable bain de sang boueux, concrétisant cet inexplicable ratage. On souhaite de tout cœur que le prochain Ridley Scott sera accompagné d’un scénario plus évolutif, sinon, le procès deviendra effectivement inévitable…

Emeric

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Titre original : The Last Duel
Réalisation : Ridley Scott
Scénario : Ben Affleck, Matt Damon, Nicole Holofcener
Acteurs principaux : Matt Damon, Adam Driver, Jodie Comer, Ben Affleck
Date de sortie : 13 octobre 2021
Durée : 2h35min
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Navrant
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