Précédé d’une réputation sulfureuse, The Hunt devait arriver il y a plusieurs semaines dans nos salles mais la pandémie du COVID-19 en aura décidé autrement. Cette chasse à l’homme signée Craig Zobel est l’une des sorties à l’affiche pour la réouverture des cinémas le 22 juin. Après la polémique, qu’en est-il du film en lui-même ?

Petit rembobinage à août 2019. Universal décide d’annuler la sortie de THE HUNT après plusieurs tueries sur le sol américain. Le studio a jugé que la période n’était pas idéale pour sortir un film qui, justement, parle d’une tuerie. En l’occurrence, d’un petit jeu auquel se livre une certaine élite. Plusieurs inconnus sont capturés et sont chassés par ce groupe qui pense avoir le droit de les traiter ainsi. Mais alors que plusieurs participants tombent sous les balles de cet ennemi très bien armé, une femme dénommée Crystal s’élève au-dessus de la masse et donne du fil à retordre aux chasseurs. Elle va totalement réussir à inverser la situation grâce à son passé dans l’armée. Son objectif est de mettre la main sur la femme qui pilote toute cette machination.

THE HUNT se présente donc comme un survival dans la lignée spirituelle de Get Out avec un argument de cinéma de genre au service d’un discours politique. À l’instar de la réflexion sur le racisme dans la société américaine chez Jordan Peele, Craig Zobel semble vouloir argumenter autour de la lutte des classes. De ce que l’on comprend dans le premier tiers du film, des riches s’offrent une expérience hors du commun en chassant quelques « bouseux » dont la disparition ne fera pas de vagues. Il y a, certes, un peu de ça. Mais THE HUNT opère quelques revirements de situation qui délocalisent le thème central vers autre chose. Sans vendre la mèche avant coup, le film part dans une direction plus surprenante au bout d’un moment, toujours en gardant le canon braqué sur la tempe de cette Amérique moderne à propos de laquelle il y a tant à dire.

Notre Critique de Get-out

© Universal Pictures

Le scénario ne se contente pas de simplement établir un schéma chasseurs/chassés avec les riches et pauvres, puis d’inverser la vapeur à la faveur d’un soulèvement du peuple d’en bas. Non, et c’est là où THE HUNT provoque une certaine jouissance, parce qu’on se rend compte que tout le monde en prend pour son grade, qu’importe le camp. Le constat est emprunt de nihilisme. Si ces personnages sont à l’image de la société américaine, elle ne peut que déboucher sur une implosion tant toutes les forces se contrarient entre elles au point de ne plus savoir à quel saint se vouer. Le jeu de massacre ne fait certainement pas dans la finesse à tous les égards mais il s’avère assez fun à parcourir de notre position, tant on voit les masques qui tombent à mesure que le film avance. Il aurait été facile de scinder la galerie de personnages en deux parties et de diamétralement imposer un manichéisme trop simpliste.

En l’état, THE HUNT se contrefout de vexer qui que ce soit. Dès l’inauguration de la chasse, le but affiché est clairement d’orchestrer un spectacle grotesque, soutenu par du second degré et une violence décomplexée. On le voit avec le lancement de la chasse, en compagnie d’un personnage, stéréotype de la blonde un peu nunuche qui se retrouve projetée dans un contexte insensé. Le film l’élimine aussi tôt qu’il la présente et il faut attendre un petit moment pour que la vraie héroïne, Crystal, entre en jeu.

© Universal Pictures

THE HUNT s’amuse à nous amuser, à trouver des petits chemins parallèles pour se détourner des codes trop prévisibles. L’une des scènes qui amorcent le final le prouve. Après un massacre, Crystal se lance dans une longue histoire sur le lièvre et la tortue mais le dénouement n’est pas exactement celui que l’on connaît tous. Le film est à l’image de ce passage. Il nous installe dans un confort, pose des bases faciles à analyser, pour tout envoyer péter ensuite sous l’autel de l’irrévérence. Toute cette énergie déployée pour tirer sur ces cibles donne au film un côté un peu foutraque. Mais également une générosité indéniable.

Maxime Bedini

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THE HUNT, un film de survie irrévérent et méchant - Critique
Titre original : The Hunt
Réalisation : Craig Zobel
Acteurs principaux : Betty Gilpin, Hilary Swank, Wayne Duvall
Date de sortie : 22 juin 2020
Durée : 1H31min
3.0Note finale
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THE HUNT, un film de survie irrévérent et méchant – Critique

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