Cet article a pu être réalisé grâce à notre partenaire Ciné+ OCS. Son contenu est indépendant et conçu par la rédaction.
Après Troll Hunter en 2010, André Øvredal a besoin de prouver qu’il est plus qu’un simple réalisateur de found footage. En 2016, The Jane Doe Identity lui offre un cadre rêvé : un huis-clos autour d’une table de dissection. Un postulat simple, mais autant d’opportunités d’exprimer sa créativité et son savoir-faire.
Chagrin de found footage
D’origine norvégienne, le réalisateur André Øvredal signait en 2010 le prometteur Troll Hunter, conçu comme un mockumentary, avec des éléments de found footage. Remarqué et salué dans plusieurs festivals, ce film permet à Øvredal d’attirer des producteurs sur son prochain projet, The Jane Doe Identity. Présent sur la Blacklist, qui recense les scénarios les plus prometteurs bien que pas encore produits, le script raconte l’autopsie en huis clos d’une inconnue, lorsque surviennent des événements étranges… Le coroner et son fils essaient alors de dénouer le mystère.
Au moment du tournage, Øvredal estime avoir quelque chose à prouver. Il souffre d’un mal commun à de nombreux cinéastes passés par le found footage. Après la caméra à l’épaule, beaucoup se sentent effectivement obligés de démontrer qu’ils ont de réelles idées de mise en scène, et n’ont pas seulement usé d’un peu de chance et d’audace. Malgré ses efforts et des projets intéressants, Daniel Myrick aura bien du mal à transformer l’essai après Blair Witch. De même, après Grave Encounters, Colin Minihan servira davantage une bande démo qu’un véritable long-métrage abouti avec What Keeps You Alive.
Entre fantastique et folie humaine
Puisqu’il faut une exception à toutes les règles, Øvredal va réussir sa proposition post found footage. Il choisit de tourner The Jane Doe Identity comme un film de possession à part entière, malgré un poids mort (sic) et inerte au centre de l’intrigue. Sa référence ? L’encore tout récent Conjuring de James Wan. Et, en effet, l’introduction ressemble à s’y méprendre à du Wan, usant de travellings pour fouiller un sous-sol, puis descendre à la morgue dans la demeure cossue du coroner. Øvredal a bien appris et compris sa leçon : exposer la géographie du lieu et la laisser imprégner les esprits.
On présente ainsi les possibles points de fuite, tout comme les pièges, mais aussi la dimension macabre et étouffante du sous-sol, où travaillent les deux hommes chargés de l’autopsie. Une géographie justement exploitée tout au long du récit, à la fois impactée ou peut-être pas… Selon le point de vue que l’on juge bon d’adopter. Car The Jane Doe Identity fait partie de ces films d’horreur sur la tangente entre le fantastique et la folie. Il y a, en effet, un brin d’étrangeté chez ce père et chez ce fils qui travaillent directement depuis chez eux. Le plus jeune préfère pratiquer une autopsie que de rejoindre sa copine, et le plus âgé incinère son chat décédé sans plus de discussion sur place.
Le seul véritable coup de génie de The Jane Doe Identity
The Jane Doe Identity dépeint effectivement cette proximité directe avec la mort qu’entretiennent certaines professions, jusqu’à devenir une banalité du quotidien. Pour autant, le film s’attache à valoriser l’humanité de ces deux légistes, dans leur désir de mettre au jour et de comprendre toutes les souffrances de Jane Doe. Une Jane Doe qu’ils vont soigneusement ouvrir, découper, dépecer, écorcher… Dans un festival d’effets pratiques, d’une beauté et d’un réalisme glauques sans précédent. Rarement le corps humain n’aura connu une représentation si soignée dans un film d’horreur.
Malheureusement, André Øvredal ne brillera jamais autant que sur ce long-métrage. Si l’anthologie Scary Stories to Tell in the Dark et son suivant, Mortal, n’en demeurent pas moins sympathiques, le réalisateur s’est malencontreusement brûlé les ailes sur Le Dernier Voyage du Demeter en 2023. Et malgré ses aspects appréciables, Passenger ne semble pas lui avoir sauvé la mise en 2026. En effet, s’ils continuent de témoigner de ses qualités de cinéaste, les films d’Øvredal ont perdu l’éclat et la minutie de The Jane Doe Identity… Son seul véritable coup de génie à ce jour.
— Lilyy NELSON
Ne pas fermer les yeux – Tribune
La communauté ciné/séries francophone prend la parole sur ce que le Rassemblement National représente pour le cinéma français, le CNC et la liberté de création.
Lire la tribune et cosigner →

