Il semblerait que pour sa sixième réalisation, BIENVENUE À SUBURBICON, George Clooney se soit glissé dans la peau d’un potentiel troisième frère Coen.

Durant l’été 1959 dans la parfaite petite ville de Suburbicon, dans le sud des États-Unis, l’apparente tranquillité entretenue par les pelouses vertes et les clôtures blanches des quartiers résidentiels, va être chamboulée en montrant son vrai visage, principalement composé de trahison, mensonge et violence. Co-scénarisé par les frères Coen et réalisé par George Clooney, ce thriller loufoque est-il à la hauteur de ses promesses ?Photo du film BIENVENUE À SUBURBICONRetour en 1999, alors que Joel et Ethan Coen viennent tout juste de connaître un nouveau succès avec leur déjanté, et désormais culte, The Big Lebowski, ils écrivent ensemble un scénario qui finira dans leurs archives. C’était sans compter sur l’un de leurs acteurs fétiches : George Clooney. Après avoir incarné quatre personnages hauts en couleurs dans la filmographie des frangins américains, l’éternel tombeur de ces dames, a décidé de fouiller dans les cartons de ses confrères et d’adapter ce scénario qui a donné naissance à BIENVENUE À SUBURBICON. Humour noir, situations malaisantes et réactions totalement démesurées, l’acteur et réalisateur de 56 ans semble avoir appris de ceux avec qui il a tourné. Si on a bien du mal à ne pas comparer les trois artistes et à se demander si les petits défauts du long-métrage auraient existé si les deux réalisateurs de Fargo avaient été derrière la caméra, on réalise dès les premières minutes que ce dernier n’aurait pas eu le même impact dix ans plus tôt.

Bien que le film se déroule il y a presque 60 ans son écho au contexte actuel des États-Unis, aussi édulcoré qui soit, est puissant. Et pour cause ? Le film s’inspire d’un fait divers réel. Et si le réalisateur de Monuments Men passe rapidement à autre chose, les premières scènes sont gravées dans la mémoire des spectateur.rice.s. Impossible de ne pas voir le lien avec l’élection de Donald Trump qui a, de nouveau causée, la montée des suprémacistes blancs et les multiples rejets de la diversité au sein du pays. Une dimension anti-Trump que beaucoup d’œuvres filmiques ont choisi d’explorer ces derniers mois.

“Avec sa double incarnation, Julianne Moore est inébranlable tandis que Matt Damon, en bon paternel insupportable, n’a jamais autant brillé.”

Rapidement, l’hybridation entre les deux styles, d’un côté celui des Coen et de l’autre celui de George Clooney, née sous nos yeux. Malheureusement on reste rapidement sur notre faim. Le film arrive difficilement à nuancer ses propos et surtout ses différents genres. La comédie et le drame tombent souvent dans le pathos et tout ce petit gâchis du début est sauvé par les acteur.rice.s qui arrivent à relever le tout grâce à des interprétations solides. Avec sa double incarnation, Julianne Moore est inébranlable tandis que Matt Damon en bon paternel insupportable n’a jamais autant brillé. On retiendra également la performance du jeune Noah Jupe qui se retrouve, comme les spectateur.rice.s dans ce bazar presque bien mené et ponctué par les mélodies grinçantes d’Alexandre Desplat. Bien qu’une bonne partie du film, notamment la première, se mette lentement en place, la dernière partie et le final jouissif montrent une exécution juste qui force le respect envers Clooney.

Finalement, ce qu’on retient surtout, c’est cette histoire, qui se déroule à travers les yeux du petit garçon et qui révèle les fissures et les vices non seulement des adultes mais également de l’Amérique. Rien que pour ce pari risqué, l’acteur et réalisateur mérite d’être salué.

Pauline Mallet

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[CRITIQUE] BIENVENUE À SUBURBICON
Titre original : Suburbicon
Réalisation :George Clooney
Scénario : George Clooney, Grant Heslov, Ethan et Joel Coen
Acteurs principaux : Matt Damon, Julianne Moore, Oscar Isaac et Noah Jupe
Date de sortie : 06 décembre 2017
Durée : 1h44min
3.0intéressant
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