Événement majeur de cette Quinzaine des Réalisateurs édition 2018, le nouveau Gaspar Noé est une danse endiablée sous acide.

Réunie dans un bâtiment, une troupe de danseurs répète un spectacle leur permettant d’effectuer une tournée en France et aux USA. Après le travail, le réconfort. Mais leur soirée va très mal tourner lorsque quelqu’un va mettre de la drogue dans la sangria. La fête va virer au cauchemar pour les uns, et à la transe pour les autres.

Parler du cinéma de Gaspar Noé nous laisse assez peu de choix dans l’approche. Les mêmes qualificatifs reviennent en même temps que les mêmes motifs. Expérience sensorielle, trip hallucinatoire, la vie et la mort qui se confrontent… Son cinéma est à la fois différent de film en film, et pourtant si proche, si identifiable. Alors même en ne sachant concrètement pas grand chose sur ce fameux Climax (ex-Psyché), on avait déjà une petite idée de ce à quoi ça allait ressembler. Le film s’ouvre sur une série d’interviews qui présente les différents personnages. La télé qui diffuse les images est encadrée de toutes parts par des VHS ou des livres. SuspiriaSalò ou les 120 Journées de Sodome, Eraserhead… Noé nous balance frontalement ses références, la culture qui lui a permis de se construire. Il nous fait entrer dans le film en laissant la porte ouverte, sans nous mentir, comme s’il nous accueillait dans son antre en connaissance de cause. On ne pourra pas dire que nous n’étions pas prévenus !Dans un premier temps, Gaspar Noé filme une communion. La troupe de danseurs collabore dans une chorégraphie virtuose, que la caméra épouse avec dynamisme et habileté. Une osmose de contorsions, un puzzle de mouvements, une jeunesse multi-origines qui fusionne sous la surveillance d’un immense drapeau aux couleurs de la France. C’est tout simplement la vie qui transparaît à l’écran, dans ce qu’elle a de plus enivrante puis de plus sombre. Là où dans Love ou Irréversible, il fallait passer par le pire pour assister au meilleur, Climax démarre sur une bonne note. Noé reste Noé, tout va ensuite partir en cacahuète. Tournée en une quinzaine de jours, sans réel scénario, cette expérience que nous a concocté le metteur en scène italo-argentin nous immerge dans l’antichambre de l’enfer. À moins que ce ne soit le paradis ?

Gaspar Noé disait avoir voulu s’intéresser au chaos. Une idée qui rejaillit dans la forme du film, où tout explose. La mise en scène, le montage, les relations entre les personnages. Noé nous envoie le générique au début (puis un second plus tard), fait faire l’impensable à sa caméra, néglige le scénario pour bosser l’improvisation et voir ce qu’il en ressort. La musique électro balancée à fond pendant 1h30 vous assourdit, vous fait perdre la notion du temps, de l’espace, de la réalité. Le dernier mouvement du film, où la caméra se renverse, est une longue et hypnotique convulsion cinématographique. Climax ne ressemble à rien de ce que vous pourrez vivre au cinéma, avec d’évidents défauts (le premier acte s’étire pour pas grand chose, quelques lourdeurs dans les obsessions inhérentes au cinéma de Noé). Ce chaos tant désiré c’est la confrontation de sentiments contraires. La vie et la mort, l’attirance et la répulsion, la peur et la détente. La caméra navigue entre toutes ces notions et les fait s’entrechoquer. De là naît une étincelle titrée Climax.

Critique publiée le 13 mai 2018 lors de la projection au Festival de Cannes 

Maxime Bedini

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CLIMAX, une hypnotique convulsion cinématographique - Critique
Titre original : Climax
Réalisation : Gaspar Noé
Scénario : Gaspar Noé
Acteurs principaux : Sofia Boutella
Date de sortie : 19 septembre 2018
Durée : 1h35min
3.0Note finale
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Louis Ferdinand Céline disait : “La merde a de l’avenir. Vous verrez qu’un jour, on en fera des discours”…Quel visionnaire, on en fait même des “films” !

CLIMAX, une hypnotique convulsion cinématographique – Critique

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