LES MISÉRABLES de , un film volontairement choc pour témoigner de la séparation irréversibles des communautés.

Ladj Ly

Membre du collectif « kourtrajmé », réalisateur de l’excellent documentaire A Voix Haute, l’annonce de la sélection de Ladj Ly en compétition en a surpris plus d’un. LES MISÉRABLES avait donc la lourde tâche de lancer la France en compétition aux côtés des habitués du Festival. Un véritable baptême de feu.

Notre avis sur

15 Juillet 2018, la France est sacrée championne du monde football. Venus de tous les horizons, ils partagent la liesse collective sur tout le territoire national et les images d’euphorie, d’embrassades, traversent l’ensemble de nos journaux télévisés et ouvrent par la même occasion LES MISÉRABLES . Presque un an plus tard, la situation bascule et le sursaut d’un idéal républicain indivisible se retrouve à nouveau noyé. Dans ce contexte, Stéphane  – celui qui pense tenir la communauté soudée – rejoint la brigade anti-criminelle de Montfermeil en Seine-Saint-Denis et va éprouver l’état des lieux de la banlieue de Paris.

Photo du film LES MISÉRABLES

L’ambition, honorable de Ladj Ly s’inscrit dans une grande tradition du cinéma, en particulier du cinéma américain, dès lors qu’il s’agit de s’attaquer à l’épineuse question de la communauté contre les communautés, de l’individu contre le collectif. Sous les coutures du polar urbain, sans oublier de se raccrocher à ses illustres prédécesseurs (Mathieu Kassovitz, Spike Lee en tête), LES MISÉRABLES s’évertue à dresser l’état des lieux des délaissés de la nation qui survivent au milieu d’une architecture de béton austère, abandonnée, ruinée, là même où la devise du fronton républicain s’écrase devant le désespoir de la violence quotidienne, cruelle, organisée.

Et alors que le long métrage semble tenir la cadence, le constat social s’engouffre au forceps et s’appesantit à grands coups de dialogues maladroits. Pourtant, LES MISÉRABLES sauve les meubles in extremis dans un dernier segment qui joue les gros bras mais qui parvient à maintenir une tension palpable aux quatre coins de la pellicule. La France est au bord de la guerre de la civile, nul question d’adopter l’atroce adage du « vivre ensemble », les communautés se regardent aujourd’hui en chiens de faïence et la déflagration, prête à se déclarer, entraînera avec elle le chaos.

Palmomètre

Si le film semble avoir été globalement apprécié, ce sont de timides applaudissements qui ont retentis à l’issue de la séance lors de la projection de presse. Toutefois, avec une portée sociale de cette nature, son ultime acte plutôt impressionnant et la tendance des derniers palmarès, il ne serait pas surprenant de voir LES MISÉRABLES repartir avec une récompense le dimanche 26 Mai. Un prix du jury est dans ce cas tout à fait envisageable.

Critique publiée lors de l’édition du Festival de Cannes.

Sofiane

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LES MISÉRABLES, baptême de feu pour Ladj Ly - Critique
Titre original : Les Misérables
Réalisation : Ladj Ly
Scénario : Ladj Ly, Giordano Gederlini et Alexis Manenti
Acteurs principaux :, Alexis Manenti et Didier Zonga Djebril
Date de sortie Prochainement
Durée : 1h43min
3.0GUERRE CIVILE
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