Les retrouvailles de et n’effacent en rien la déception que procure le retour de . Le réalisateur peine à retrouver l’éclat de son génie avec ce film inabouti.

Ce n’est jamais bon signe quand on oublie un film seulement une heure après l’avoir vu. On s’attendait quand même à ce que reste dans nos mémoires un poil plus longtemps. Neuf ans que Bertrand Blier n’avait pas occupé les salles de cinéma de son esprit hors-du-commun. Un réalisateur non-conventionnel qui est bien là pour nous rappeler que « tous les goûts sont dans la nature ». Nous, on aime, et découvrir une nouvelle pépite du maestro de Buffet Froid est tout aussi palpitant que le premier barbecue de l’année. Surtout après tant d’années d’absence et plusieurs films décevants.

Premières secondes. Le style est bien là. Sur la chaussée, des embouteillages, des klaxons, et Gérard Depardieu pousse un caddie vide. « On ne vous a pas donné le scénario de votre vie ? Mais tout le monde a son scénario ! », lui lance un cynique inconnu au physique de Christian Clavier, effaré « Mais c’est une vie de merde, votre vie ! ». De là débute une nouvelle aventure noire-absurde. Bouquin dans les mains, Astérix et Obélix exécutent fidèlement ce qu’il y a d’écrit. « Séquence 16, ils tournent dans cette rue ». Les bonhommes tuent, rencontrent n’importe qui, des vieilles connaissances, des inconnus, des scénaristes qui écrivent la vie des gens. Et le genre de femmes que Blier adore : salies, torpillées par les accidents de la vie, et fourrure sur les épaules.

Photo du film CONVOI EXCEPTIONNEL

De cette déambulation bruxelloise, on retiendra les retrouvailles complices de deux monstres sacrés devant la caméra d’un cinéaste génial. Le premier est un habitué. Il était déjà dans Les Valseuses, Préparez Vos Mouchoirs et on en passe. Dans sa coquille de gros nounours, l’acteur la joue pépère (minimum syndical) tandis que le deuxième est trop content d’être enfin dans un film signé Blier (le dernier membre du Splendid à y mettre les pieds).

Le trio de choc nous parle donc de la vie. Et si tout était écrit ? Ecrit à l’avance, écrit en cours de route, ou bien réécrit… Avec cette histoire de scénarios à tout-va, le parallèle avec le Septième Art est vite trouvé. Il devient évident lorsque Guy Marchand réplique : « au cinéma, on ne meurt jamais ». Hommage du réalisateur à toutes ces années passées sur les plateaux, à cet attachement pour la caméra et pour les grands acteurs, les éternels auteurs.

Nous annoncerait-il, aussi, sa peur d’un adieu proche ? Le voilà rassuré, au cinéma, il ne mourra donc jamais. Et la plume, il ne la lâchera pas non plus. Il l’a taillée, encrée, usée PENDANT le tournage de CONVOI EXCEPTIONNEL. Méthode inhabituelle chez lui, lui qui préfère tout écrire à l’avance… et on comprend pourquoi. Bertrand s’égare. Bertrand n’a plus les mots. Bertrand ne sait plus. Le style est abîmé, laminé par le temps. Finie la valse des punchlines et des situations tellement osées qu’on en rigole. Ici, la déambulation des personnages marche à plat. L’idée des « scénaristes de la vie » s’écrase. Ses acteurs comblent le vide tant bien que mal. Deux ou trois crépitements… Mais le génie de l’artiste reste éteint.

Le cinéaste est sauvé par une scène, improvisée, où il est question de bouffe. Le film peut enfin commencer mais la lumière de la salle se rallume déjà. 1h22 qui en ont paru nettement le double. « Nous aussi on voudrait connaitre la fin, et sortir de ce merdier » balance Gérard au coin d’une rue. On pouvait pas mieux dire.

Yohann Sed

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CONVOI EXCEPTIONNEL : Blier sans son génie - Critique
Titre original : Convoi Exceptionnel
Réalisation : Bertrand Blier
Scénario : Bertrand Blier
Acteurs principaux : Gérard Depardieu, Christian Clavier
Date de sortie :
Durée : 1h22min
1.5Vide
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