Jusqu’au 31 mai 2021, la Cinémathèque Française consacre Louis de Funès. Encore très apprécié du public, ce comédien à la gestuelle imparable est aussi l’incarnation de la France des années 1950 à 1980.

Qui aurait dit qu’un jour, cet acteur populaire, peu apprécié des critiques, aurait eu droit à de tels honneurs ? Près de quarante ans après sa mort, le génie comique de Louis de Funès devient incontestable. Les détracteurs de cette « Funès mania » passeraient pour des marginaux, à l’heure où les films multi-rediffusés ont encore fait des cartons d’audience lors du confinement. Louis de Funès fait rire, rassure, tel un grand-père collectif que l’on regarde avec tendresse. Un visage familier que le temple français du Septième art, la Cinémathèque de Paris, met en lumière, depuis le 15 juillet dernier.

Repoussée pour cause de Covid-19, l’exposition consacre enfin l’acteur de La Grande Vadrouille jusqu’au 31 mai 2021, l’occasion de se plonger dans une riche filmographie, qui a ramené plus de 217 millions de spectateurs dans les salles du cinéma européen.

Petite par sa taille, l’exposition convainc par sa scénographie habile, résolument pop et colorée, résumant à elle seule ce qu’il faut retenir de cet acteur omniprésent dans le box-office des années 60 à 80. Les débuts difficiles bien sûr, sont d’abord évoqués, avant que l’on se concentre sur les incontournables moments de comédie : Rabbi Jacob, Fantomas, La Folie des Grandeurs, L’Avare ont leur place garantie. Certains visiteurs seront déçus du peu d’objets authentiques de films, bien que les nombreux documents intimes ont un goût de satisfaction.

Acteur glorieux des Trente Glorieuses

En parallèle du parcours du comédien, la Cinémathèque touche juste en mettant l’accent sur un point majeur : Louis de Funès est à la fois le produit, le reflet et la représentation d’une certaine France, celle des Trente Glorieuses. Ses personnages ont galéré sous la IVe République, ont gagné en autorité sous De Gaulle et Pompidou, ont vieilli sous Giscard puis ont disparu sous Mitterrand. Ils ont navigué sur le paquebot France, ont roulé en DS et en Mehari, ont vécu dans le Saint-Tropez de Brigitte Bardot.

Cinémathèque Louis de Funès

Les visiteurs peuvent admirer une reconstitution du célèbre costume porté par Jacques Villeret, dans « La Soupe Aux Choux », de Jean Girault.

Ils ont connu l’arrivée des supermarchés et des extra-terrestres, ont aussi le souvenir de l’Occupation. Ils dorment dans de grandes maisons modernes, évoluent dans des usines. Leurs femmes, de Suzy Delair à Claude Gensac, incarnent une classe féminine, une mode à la française. Et les rapports de couple, un brin misogyne, ont un goût d’époque maintenant dépassée. C’est indéniable, Louis de Funès nous dit quelque chose de la France des baby-boomers, derrière les torrents de répliques cinglantes et de grimaces souvent grossières.

Retour sur une comédie culte, La Grande Vadrouille.

Les grimaces, justement, ont la part belle dans cette expo. Petits et grands auront plaisir à jouer avec elles, par le biais d’un écran interactif, qui répertorie les mimiques d’un personnage jaloux, orgueilleux, joyeux, féroce ou faible, mais facilement attendrissant. Des expressions si universelles, au fond, que l’on retrouve également dans les quelques extraits de films projetés. Et des gestes précis, dévoilant tout le talent d’un homme à la fois perfectionniste, technicien et chorégraphe, que la Cinémathèque ne manque pas de mettre en avant. Des nombreuses scènes de danse à la fameuse séquence de folie de Hibernatus en passant par les ressorts comiques de chaque déguisement… Que seraient ces films sans la mécanique si bien huilée d’un De Funès agité, énergique et investi ? L’inspiration des films muets n’est jamais bien loin, les planches de théâtre sont toujours là, tout comme ce regard amusé sur la condition humaine. Les rapports entre les hommes sont analysés, reproduits parfois à l’excès, comme un Molière en son temps.

C’est bien tout cela que la Cinémathèque nous enseigne : Louis de Funès impose à lui tout seul un formidable univers comique, coloré et humain. Une originalité. Une part d’inédit et d’inimitable. Une figure tutélaire du patrimoine culturel français… qui prend toute sa place à côté du fromage, de la baguette et du béret.

La page de l’événement sur le site de la Cinémathèque Française.

Yohann

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