Même avec toutes les bonnes intentions du monde et un amour profond du personnage, passer après la trilogie de n’est pas chose aisée tant l’exercice se prête forcément au jeu des comparaisons. Le papa d’ Evil Dead avait su mettre la barre très haute en donnant à sa saga un souffle épique et spectaculaire, le tout porté par des enjeux narratifs et émotionnels passionnants. Mais si les intentions derrière le projet n’ont rien de louable et sont purement économiques, comme c’est le cas ici – a lancé la production de cette trilogie cinq ans après celle de Raimi uniquement parce que ses droits sur le personnage expirait – il n’est au final pas bien étonnant que le résultat soit une catastrophe absolue.

The Amazing Spider-Man calquait dans les grandes largeurs les évolutions narratives du premier opus de Sam Raimi – découverte des pouvoirs, mort de l’Oncle Ben, premier pas de , conquête de la girl-friend etc. – et souffrait donc de la comparaison à cause du traitement proposé, grandement inférieur. A contrario, ce numéro deux se démarque narrativement de ce qui a été fait avant pour qu’il n’y ait pas vraiment lieu de faire une comparaison qui le desservirait. Mais il réussit l’exploit d’être encore plus mauvais que l’opus précédent.

Le véritable point noir de ce The Amazing Spider-Man 2 : Le Destin d’un héros est le traitement des personnages, qui phagocyte totalement l’intérêt que l’on peut porter au film. Sous la houppette de l’agaçant , Spider-Man est un super-héros blagueur qui ridiculise ses ennemis pour le plaisir, et Peter Parker un post-adolescent méga-cool qui tape nonchalamment la main du directeur de son université lors de la remise de prix de fin d’année, avant d’emballer sa nana devant la foule en délire. Ces deux séquences inaugurales freinent immédiatement notre empathie à l’égard du héros : comment se passionner et s’identifier à un personnage dépeint comme un crétin arrogant et immature ? Par la suite, la prolifération de scènes « comiques » d’une tristesse sans nom ne fera que confirmer cette impression de gâcher un beau personnage que Sam Raimi et Tobey Maguire avaient su rendre infiniment attachant, et qui n’est ici qu’une tête à claque maladroite, enfantine et niaise.

L’impression ne s’arrange pas quand l’on constate avec dépit que l’enjeu narratif majeur pour le héros est la destinée de sa relation avec Gwen Stacy. En l’occurrence, il s’agira pour lui de déterminer s’il va respecter la promesse qu’il avait faite au père de Stacy avant qu’il meure, qui était de ne pas entamer une relation avec sa fille pour ne pas la mettre en danger. Jamais touchant ni même intéressant, le dilemme de Parker est de toute façon bien mal traité : les soubresauts de leur relation sont artificiels, tout autant que les apparitions fantomatiques du père de Gwen, disséminées laborieusement au détour de quelques plans lors des scènes d’actions. On peut légitimement être déçu de ce manque d’envergure narrative, surtout qu’on n’est quand même pas là pour voir une comédie romantique. Quoique… En mettant Marc Webb aux commandes, dont le seul fait d’arme avant les deux Spider-Man était l’agaçante comédie romantique (500) jours ensemble, à quoi fallait-il s’attendre ? La note d’intention du studio était claire et on peut dire que Sony ne dévie pas de ses ambitions initiales.

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Quant aux méchants, ils ne sont pas en reste. Alors que le film était vendu sur l’affrontement excitant entre l’Homme-Araignée et trois de ses adversaires qui allaient s’associer pour le battre, il n’en est rien. Spider-Man n’affronte jamais les vilains en même temps, mais successivement, et deux d’entre eux n’ont aucun lien avec le troisième larron, en l’occurrence Rhino. En évitant de trop en révéler, on peut quand même dire que ce personnage, joué par un Giamatti en roue libre, peut même être vu comme un figurant tant les deux pauvres apparitions du bougre sont expédiées en deux minutes chrono.

Harry Osborn est de son côté un peu en retrait pour laisser le champ libre à l’ennemi principal, le sensément spectaculaire Electro, qui est haut la main le personnage le plus raté du film – ce n’est pas peu de chose de le dire. Affublé d’un design bleuté d’une laideur absolue et qui en fait un Docteur Manhattan du pauvre, le personnage se voit affublé de motivations infantiles qui minimisent grandement la terreur qu’il devrait inspirer. En effet, Electro devient l’ennemi de Spider-Man car… il voulait absolument être son ami ! Oui, oui. En plus de toutes les tares qui lui incombent, le Bleu doit en plus souffrir d’un thème musical hors-de-propos qui lui est spécialement dédié, et qui est pourtant dû à l’habitué des super-héros, Hans Zimmer (The Dark Knight, TDK Rises, Man of Steel). Soit dit en passant, le reste de la bande-son, composée de quelques morceaux pop-rock mielleux ou de tubes électro (Pursuit of Happiness, notamment), ne relève pas le niveau. C’est assez inédit de noter que la bande-son d’un blockbuster est complètement à côté de la plaque, mais en terme de ratage, ce film-là ne se refuse visiblement rien.

” […] ce second volet du reboot de Spider-Man est une aberration filmique […] ”

Miné par la caractérisation indigente de la plupart des personnages principaux, le film ne propose absolument rien d’intéressant par ailleurs. Il a aussi le malheur d’investir l’univers glacé des laboratoires scientifiques parce que la moitié du casting (Gwen Stacy, Maxwell Dillon/Electro, Harry Osborn/Le Bouffon Vert) travaille dans les locaux d’Oscorp Industries. Mais aussi et surtout parce que les pères de Peter et d’Harry, scientifiques de leur vivant, sont à l’origine des pouvoirs de leurs fils. Le film entend mettre en lumière les expérimentations scientifiques à l’origine de la naissance de Spider-Man et du Bouffon Vert. Comme si un mythe super-héroïque s’expliquait surtout par une histoire de gênes, d’évolution et de mutation. Bien qu’il faille évidement se pencher sur les causes scientifiques à l’origine des pouvoirs du héros et des méchants, Sam Raimi avait compris que les évolutions des surhommes, bons ou mauvais, étaient avant tout des choix humains. Sa trilogie autopsiait l’humain derrière le mythe, questionnait la naissance du Bien et du Mal de manière intimiste, observait les évolutions de Peter Parker grâce aux agissements de son super alter-égo Spider-Man, l’un nourrissant l’autre. C’est par cela, et bien plus encore, que les films de Raimi étaient justes et passionnants. Ceux de Marc Webb, mais aussi plus globalement le blockbuster hollywoodien actuel (voir World War Z, Godzilla…), convoquent des scientifiques pour tout nous expliquer rationnellement, platement. Il n’y a pas plus ennuyeux, terre-à-terre, désillusionnant et anti-cinégénique.

En dernier recours, on pourrait se contenter du dynamisme des quelques scènes d’actions si elles n’avaient pas pour écueil de ne faire montre d’aucun savoir faire et d’être emballés sans éclats. Sur ce point, les scènes d’actions de la trilogie de Sam Raimi représentent encore très largement ce qui se fait de mieux dans le genre. Mais la comparaison dépasse le cadre du film de Webb : les Batman de Nolan et tous les récents pourraient aussi en apprendre à ce niveau-là.

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Malgré tous ses défauts, le film a l’intention louable de se détacher du sérieux papal qui caractérise les productions super-héroïques ankylosées de Nolan (The Dark Knight Rises, Man of Steel) en adoptant un ton léger et « cool » propre au comic book, entre action, comédie et romantisme contrarié. Certes, c’est complètement raté, mais l’intention de ne pas se prendre trop au sérieux est intéressante. En l’état, The Amazing Spider-Man 2 se rapproche un peu trop de la gaudriole à l’œuvre chez Marvel, sans en avoir le sens du timing comique et la démesure spectaculaire qui sauverait l’entreprise, comme c’est le cas pour Avengers.

Vous l’avez donc compris, ce second volet du reboot de Spider-Man est une aberration filmique, qui pose même la question de l’avenir des super-héros au cinéma. Le genre est en train de mourir, artistiquement parlant, à cause de la logique à l’œuvre au sein des studios. Dorénavant, le super-héros se pense en terme de franchise. C’est d’ailleurs pour cette raison que dans un souci de fidélisation, chaque itération annonce la suivante : la fin de ce Spider-Man prépare le troisième volet et l’arrivée des Sinister Six, un regroupement de super-vilains ennemis du Tisseur. L’esprit des studios est tourné vers la pérennisation d’une manne financière extrêmement importante, et cela va sans dire que pour voler confortablement les poches des spectateurs, toute velléité artistique trop prononcée, qui sortirait le film du moule confortable dans lequel il est destiné, est vu d’un mauvais œil (l’éviction d’Edgar Wright pour le film Ant-Man est en ce sens parlante).

Si rien ne change, il n’y aura bientôt plus grand-chose à attendre d’un genre qui périclite film après film. A moins que cela ne soit déjà trop tard ?

CASTING
Titre original : The Amazing Spider-Man : rise of Electro
Réalisation : Marc Webb
Scénario : Alex Kurtzman, Roberto Orci et Jeff Pinkner, d’après une histoire de James Vanderbilt, d’après les personnages créés par Stan Lee et Steve Ditko.
Acteurs principaux : Andrew Garfield, , , ,
Pays d’origine : USA
Sortie : 30 AVRIL 2014 (France), 2 MAI 2014 (USA)
Durée : 2h22mn
Distributeur : Releasing France (France), Columbia Pictures (USA)
Synopsis : Peter Parker a une vie très occupée, partagée entre son combat contre les vilains et la personne qu’il aime, Gwen Stacy. Il attend donc son diplôme de fin de lycée avec impatience. Peter n’a pas oublié la promesse qu’il a faite au père de Gwen : la protéger en restant hors de son existence. Une promesse qu’il ne peut tenir. Les choses vont changer pour Peter quand un nouveau vilain fait son apparition, Electro, quand un vieil ami fait son retour, Harry Osborn, et quand Peter découvre de nouveaux indices sur son passé. Mais ce n’est pas tout, encore deux autres ennemis vont apparaître : le Rhino et le Bouffon Vert. Il va vite découvrir que ces individus ont tous le même point commun : la société Oscorp.
BANDE-ANNONCE
LE BLU-RAY

• Sortie : 03 SEPTEMBRE 2014
• Editeur : SPHE
• Distributeur : Sony Pictures
• Nombre de disque(s) : 3
• Format : BD-50
• Boîtier : Blu-ray Disc
• Bitrate :
• Authoring :
• Format vidéo : Format 16/9 compatible 4/3, Format cinéma respecté 2.40
• Zone :
• Standard :
• Image : Couleurs
• Audio : Dolby Digital 5.1
• Sous-titres : Français, anglais, néerlandais, arabe
• Sourds et malentendants : audiodescription en anglais
• Suppléments : 13 scènes coupées commentées par Marc Webb, « Le salaire de l’héroïsme » : making-of (100 min), commentaire audio de Marc Webb, clip « It’s On Again » d’Alicia Keys.