Comme chaque année arrive sur les écrans le fameux « nouveau film de  ». Et comme chaque année, on reste plus ou moins sceptique sur ce que sera le résultat final, tant le réalisateur se montre capable du meilleur comme du pire depuis un moment (ou en y réfléchissant bien, sur l’étendue de sa carrière). C’est bien simple, sur la dernière décennie, les « bons films » de Woody Allen, ceux qui dépassent le gentil divertissement, se comptent sur les doigts d’une main : Match Point (évidemment), Le Rêve de Cassandre (intéressant malgré son échec commercial aux Etats-Unis), Blue Jasmine et L’Homme Irrationnel. Ce dernier ayant été réalisé l’année dernière, en se fiant aux statistiques donc, on se dit qu’il ne faut pas espérer grand-chose de ce nouveau Woody Allen.

C’est donc sans trop y croire qu’on se lance dans CAFÉ SOCIETY, qui sort en salle et se voit présenté en même temps à Cannes, en ouverture du festival, hors compétition. Et pourtant, en découvrant Steve Carrell (très bon) en costume sirotant un cocktail près d’une piscine dans le Hollywood des années 1930, se ventant juste ce qu’il faut, d’avoir la possibilité de faire signer Ginger Rodgers, quelque chose se passe. L’ambiance, le rythme, les dialogues au téléphone entre le célèbre agent de stars qu’il interprète (Phil), et sa sœur qui, en vraie mère juive, tente de lui envoyer son fils, Bobby (), qui arrive de New York, pour qu’il l’aide à s’installer en ville. Quelque chose de succulent se déroule au fur et à mesure devant nos yeux dans ces premières minutes. Mais passé la première couche, l’excitation redescend et laisse un goût de trop peu.

Photo du film CAFE SOCIETY

© Gravier Productions, Inc. – Sabrina Lantos

On retrouve sans surprise dans CAFÉ SOCIETY l’humour d’Allen, son goût pour la dérision de sa culture juive et bien sûr son style de jeu qu’il transmet à son acteur Jesse Eisenberg ; bavard, à un rythme rapide, aussi naïf qu’égoïste, jonglant entre sympathie et antipathie. Rien de bien nouveau en soi. Tout comme l’intrigue qui se dessine : Bobby tombe amoureux de Vonnie (), la secrétaire de son oncle, également la maîtresse cachée de ce dernier. Une sorte de triangle amoureux se forme tandis que Phil, refusant de quitter sa femme, coupe les ponts avec Vonnie, avant de revenir vers elle, et que soit découvert le pot aux roses à l’aide de situations burlesque – Bobby ne se doutant pas de l’identité de la maîtresse de son oncle lui annonce son amour pour sa secrétaire. Il n’en faudrait pas beaucoup davantage pour plonger du côté de la comédie de boulevard, tout en simplicité et divertissement.
En cela CAFÉ SOCIETY n’est pas désagréable, et est même charmant sur certains points. Néanmoins, on ne peut qu’admettre que le film reste sans grand intérêt. A l’instar même de la dernière réalisation des frère Coen, Ave César !, hommage au Hollywood des années 1950. Car derrière ses jolies paillettes (lieu d’intrigue, costumes, photographie), le film est assez vide. Volontairement, à l’image des stars que Vonnie décrit comme superficielles et inintéressantes ? On en doute. Il s’agit là plutôt d’un manque d’ambition d’ensemble, à l’image de la direction qu’il donne à Kristen Stewart. Celle-ci, en dépit de toute l’affection qu’on peut avoir pour elle, et de la justesse de son jeu, apparaît bien mal à l’aise dans ses jolies tenues au style de l’époque et incapable de se tenir correctement, de paraître naturelle et non pas perdu dans ses costumes. Et ce n’est pas les origines de son personnage (jeune fille du Nebraska) qui justifient ce sentiment.

« Woody Allen se fait plaisir (et c’est tant mieux), mais cela ne va pas plus loin »

Woody Allen se contente alors de suivre ses personnages – ces derniers plus ou moins similaires à d’autres dans ses œuvres précédentes – dans un moment de leur vie. Du Woody Allen tout craché. Mais avec un scénario réduit à peu de choses le réalisateur finit par tourner en rond et n’a d’autres choix que de combler en développant furtivement le reste de la famille de Bobby. Entre sketches et comique de répétition il y aura les agissements de son truand de frère, où les bourres pifs et les corps ensevelies dans du ciment viennent entrecouper deux scènes de la vie de Bobby. Il en va de même avec les lettres que lui écrit sa sœur aînée, faisant le lien avec le reste de la famille, ou avec les engueulades régulières de ses parents, qui offrent les moments les plus drôles du film. Comme cette phrase prononcée par sa mère : « Il est dommage que le judaïsme ne croit pas en une vie après la mort, il y aurait plus de client sinon ».
Allen se fait plaisir (et c’est tant mieux), mais cela ne va pas plus loin. Incapable de trouver un nouvel élan au moment de sa deuxième partie, lorsque Bobby décide de rentrer à New York pour investir dans un night-club. Certes, pour une fois Woody Allen n’agace pas, évitant de nous enfoncer dans l’amoralité lourde de personnages lâches et égoïstes. On pourrait même dire que sa fin est réussie et intelligente. Mais même si on ne ressort pas en grinçant des dents, on se dit qu’on aurait très bien pu s’abstenir de passer une heure et demie au sein de ce CAFÉ SOCIETY.

Pierre Siclier

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