Le cinéma d’horreur a-t-il encore des superstars ? C’est une réelle question qui se pose depuis le début des années 2010 où l’enthousiasmant élan entamé durant 10 ans auparavant peine à se prolonger. Où sont passés Eli Roth, Alexandre Aja, Neil MarshallJaume Balagueró, Greg Maclean ? La plupart sont devenus bien trop rares ou se sont égarés dans des projets inégaux. On aimerait citer Rob Zombie comme le dernier pilier du genre mais bien que ses films soient d’une énergie folle et d’une ambition bien trop rare, il est suivi uniquement par une petite frange d’amateurs un brin connaisseur en la matière. Il reste donc que James Wan. Le réalisateur de 39 ans est apparu avec Saw en 2004 et a réussi à perdurer en étant à l’origine de deux nouvelles franchises : Conjuring et Insidious. Si on ne peut pas l’acclamer pour le renouveau qu’il apporte, on lui reconnait un savoir-faire qui permet au genre de proposer de temps en temps une grosse cylindrée redoutable d’efficacité. CONJURING 2 : LE CAS ENFIELD ramène sur grand écran le couple Warren pour une nouvelle affaire tirée de faits réels. Le cas Enfield est l’une des histoires de poltergeist les plus célèbres et étrangement, jamais le cinéma ne s’était emparé de ces événements pour tenter de nous faire frissonner.Photo du film CONJURING 2 : LE CAS ENFIELD

A l’image de son réalisateur, le film débute de manière tonitruantes en nous plongeant dans une scène de spiritisme où la virevoltante mise en scène de James Wan nous happe. Plans décadrés, esprits multiples, entremêlement du réel et du monde des esprits, jeu de miroir, sound design angoissant ; soit autant d’éléments pour composer une entrée en la matière réussie. Une première scène totalement conforme au film, additionnant les ingrédients formels. James Wan ne recule devant rien pour faire avancer son film, comme s’il avait une crainte de tomber dans une routine visuelle. Il est indéniable que CONJURING 2 : LE CAS ENFIELD nous stimule par cette richesse artificielles car il ne cesse de nous faire voir une situation par un biais différent (un interrogatoire jouant uniquement sur le flou, l’utilisation des ombres, une scène à la première personne, amples mouvements d’appareil dans des instants de vie quotidienne). Il faut également saluer la facilité avec laquelle James Wan sait utiliser le hors-champ pour faire monter la tension ou provoquer de l’angoisse. On le savait déjà depuis ses précédents films et sa recette fonctionne sempiternellement. Même si les mécanismes d’un film d’horreur sont connus du public, difficile de ne pas se faire prendre par la science de Wan qui, à défaut d’innover, sait sublimer le genre qu’il investit.

“Face à la faible concurrence, ce second volet s’impose par défaut comme le haut du panier de 2016.”

Ce trop-plein est à double tranchant, le film étant formidable dans ses meilleurs moments de frousse mais aussi trop inégal sur la durée. Les 2h13 dérèglent le rythme de l’ensemble, alors que la première partie part de fort belle manière. La faute à un scénario qui s’éparpille, prend son temps là où il ne faut pas et se perd parfois dans des discours dont le film n’avait pas besoin (le speech des Warren sur l’amour déborde de bons sentiments malvenus). Difficile de s’y retrouver au milieu d’une intrigue qui veut se la jouer complexe en incorporant plusieurs esprits au récit mais qui ne s’assume pas jusqu’au bout en livrant un final somme toute maladroitement expédié. Frustrés, on reste sur notre faim devant l’utilisation bâclée de Valak (la Nonne), hélas trop rarement exploitée à la hauteur de son potentiel horrifique, préférant l’annihiler lors d’un climax à l’intensité discutable.

CONJURING 2 : LE CAS ENFIELD perd toute son attractivité dès lors qu’on sort des scènes de terreurs. Pourtant, on s’en contente. Face à la faible concurrence, ce second volet s’impose par défaut comme le haut du panier de 2016. James Wan arrive encore à faire illusion par sa maîtrise mais pas sûr que la recette continue éternellement de fonctionner. Surtout s’il tire sur la corde en faisant perdurer ses deux franchises horrifiques (Conjuring et Insidious) sans apports novateurs ni personnalité. Revenons à la question initiale : le cinéma d’horreur a-t-il encore des superstars ? Le manque de clinquant général du genre ces derniers temps permet au réalisateur d’origines malaisiennes d’endosser ce rôle, tel l’arbre qui cache la forêt. Heureusement qu’il est là, maintenant à bout de bras et sans réelles prétentions, le genre sous perfusion. Mais pour combien de temps ?

Maxime Bedini
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[CRITIQUE] CONJURING 2 : LE CAS ENFIELD

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