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vant FURY, était un honnête réalisateur de polars urbains plutôt bien ficelés. On se souvient de Bad Times, Au bout de la nuit et End of Watch, 3 films se déroulant à Los Angeles, univers dans lequel le bonhomme a baigné depuis sa naissance. En 4 films, il a notamment eu sous ses ordres une belle brochette d’acteurs. On notera Keanu Reeves, Christian Bales, Jake Gyllenhaal ou Schwarzennegger dans Sabotage dernièrement, un DTV qui ne laissait pas augurer que du bon pour ce FURY. Le voilà cette fois avec pas moins de 80 millions de dollars de budget ainsi que, excusez du peu, Brad Pitt (World War Z) et (Charlie Countryman) au casting.

Le film s’ouvre sur un homme arrivant à cheval dans un calme funèbre. Il traverse un champ de bataille aux allures de cimetière où se côtoient carcasses de chars et cadavres. Il avance et un homme surgit subitement pour l’exécuter froidement. En même pas une dizaine de secondes, la mort a frappé. Ayer impose une des règles du film dès la première scène. Tous les moments de calme, de « détente » sont suspects et menacent de s’écrouler n’importe quand. Dans FURY, la guerre est montrée sans concession. On a le droit à divers détails sordides (ou non) qui contribuent à créer une atmosphère réaliste et qui montrent assez précisément les conditions de vie difficile dans lesquelles évoluaient les soldats. Un climat d’insécurité (logique, me direz-vous) plane sur le film et sur ses personnages. La petite originalité de cet énième long-métrage sur la guerre vient qu’on suit, certes, une petite troupe de soldat mais surtout leur tank. Ce dernier est leur arme de guerre mais surtout leur maison. Il est montré comme tel à plusieurs reprises, avec ses rangements, ses coins personnalisés par chacun, certains y pissent dedans, d’autres y font l’amour. « Ça c’est chez nous », dit Brad Pitt et toute cette dimension est fortement réussie, on se met à avoir peur pour les personnages mais aussi pour le tank en lui-même puisqu’on sait tout ce qu’il représente. Les scènes de batailles sont terriblement prenantes bien qu’ells ne soient pas d’une ampleur folle. Ayer arrive à instaurer une tension par sa mise en scène et son montage, en se refusant aux effets faciles comme de la shaky-cam. Le découpage allie parfaitement lisibilité et efficacité. Rien qu’un combat mano à mano entre Fury et un tank allemand nous fait retenir notre souffle. FURY arbore aussi des allures de road-movie. De quoi nous offrir quelques bons moments paisibles laissant la part belle aux décors chaotiques. La photographie de Roman Vasyanov amplifie le ton désespéré et sert admirablement le film. On n’avait pas vu plus beau traitement visuel accordé à la guerre depuis La Ligne Rouge.

© Sony Pictures Releasing GmbH

© Sony Pictures Releasing GmbH

Ayer s’en sort relativement bien pour la gestion de l’espace à l’intérieur du tank malgré l’étroitesse. Sans non plus aller côtoyer l’inventivité de Buried. La répétition de certains plans lors des phases de combat sied à la répétition des actions des soldats qui refont les mêmes gestes pour armer leurs armes et tirer. Les soldats, parlons-en. Nous suivons un petit groupe de 5 personnages avec, évidement, Brad Pitt en Sergent qui dirige. L’alchimie fonctionne au sein de la troupe, on arrive à s’attacher à eux. L’excellent Brad Pitt est bien accompagné par Shia LaBeouf, et (Walking Dead). La bonne prestation qu’ils livrent participe à la réussite du film. En revanche ce n’est pas le cas pour (Le Monde de Charlie). Son personnage de religieux au bon cœur est bien trop caricatural, on devine bien trop vite vers quelle voie se dirige le personnage. Il emporte l’énervement du spectateur au lieu de l’empathie.

David Ayer pond indéniablement son meilleur film grâce à sa mise en scène maîtrisée.”

La partie initiation n’aide pas le film dans son rythme et devient trop lourde car Ayer (aussi scénariste) ne fait pas preuve d’une extrême finesse dès qu’il s’attaque aux dilemmes moraux. La brève love-story et l’interminable repas, le refus de Norman de tuer, voilà des idées qui plombent un film pourtant bien huilé et parsemé d’autres idées scénaristiques plus couillues. FURY aurait gagné à s’assumer totalement comme un pur film de divertissement et ne pas chercher à trop aller jouer sur le terrain (déjà exploré avec plus de brio) de la psychologie. Surtout pour rabâcher ce qu’on sait déjà sur la guerre. Néanmoins ne nous focalisons que pas sur les défauts car David Ayer pond indéniablement son meilleur film avec FURY. Grâce à sa mise en scène maîtrisée, sa brochette d’acteurs, sa photographie et ses purs moments de tensions, on ferme volontairement les yeux sur les maladresses une fois arrivé au bout des 2h15.

CASTING
Titre original : Fury
Réalisation : David Ayer
Scénario : David Ayer
Acteurs principaux : , Shia LaBeouf, Logan Lerman, Michael Peña, Jon Bernthal
Pays d’origine : Amérique
Sortie : 22 OCTOBRE 2014
Durée : 2h14mn
Distributeur :
Synopsis :Avril 1945. Les Alliés mènent leur ultime offensive en Europe. À bord d’un tank Sherman, le sergent Wardaddy et ses quatre hommes s’engagent dans une mission à très haut risque bien au-delà des lignes ennemies. Face à un adversaire dont le nombre et la puissance de feu les dépassent, Wardaddy et son équipage vont devoir tout tenter pour frapper l’Allemagne nazie en plein cœur…
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