KEEPER est le premier long métrage du réalisateur franco-belge Guillaume Senez, qu’on a rencontré lors de la présentation du film à Bordeaux. On avait un peu peur d’être rebuté par le sujet devenu assez commun depuis Juno de Jason Reitman, à savoir la énième gestion d’une grossesse non désirée d’une adolescente. Mais le réalisateur, entraîneur de football dans sa jeunesse, relève haut la main le défi en attaquant KEEPER sous l’angle original du prisme masculin, et non celui habituel de la jeune mère. En Belgique, le Keeper, c’est le nom donné au gardien de but, poste ingrat et impuissant de celui qui, s’il peut empêcher qu’un match de football soit perdu, ne le fait pas pour autant gagner. Le réalisateur nous a dit vouloir offrir au public une métaphore faisant écho à la situation dans laquelle Max, 15 ans, va être confronté : sa future paternité. Kacey Mottet Klein, qui l’interprète, est à nouveau bluffant (Une mère de Christine Carrière). Le rôle de la jeune mère a été confié à Galatea Bellugi, scotchante pour son premier rôle. Tous les deux rendent ce petit couple d’amoureux très crédible.

Le spectateur peut être rassuré par le regard bienveillant du réalisateur, qui n’a pas souhaité faire un film moralisateur ou porteur de message sur l’avortement ou l’adoption. Guillaume Senez assume un film naturaliste, plutôt que social ou misérabiliste – comme Emmanuelle Bercot l’avait fait dans La tête haute et l’a d’ailleurs situé dans la classe sociale moyenne belge, avec des parents plutôt cultivés et communiquant bien avec leurs enfants.

Photo du film KEEPER

© Happiness Distribution

Les parents de Max et de son petit frère sont divorcés, et le père (Sam Louwyck), son coach au football, l’encourage à tenter sa chance en tant que gardien de but professionnel. La mère de Mélanie (Laetitia Dosch) l’élève seule. Une part belle est laissée dans KEEPER aux réactions et différentes implications de la part des parents, dont le réalisateur nous a dit ne pas vouloir les opposer à tout prix, refusant qu’il y ait une famille qui réagisse bien et l’autre pas.
Le réalisateur laisse le public, selon sa sensibilité et son vécu, se projeter et être ou non dans l’empathie. Et il y parvient très bien ! On est évidemment aux côtés de Max, qui a ce double rêve d’enfant (celui de son avenir professionnel dans le football et celui de ce petit être). On le voit osciller entre joie et colère, parfois dépassé par l’événement. Le curseur émotionnel d’un ado n’est pas encore bien ajusté, et tout part très vite en vrille. Mais Max prend sa part de responsabilité au fur et à mesure, il s’implique et prend des décisions. Il croit en son couple, se projette autour du bébé, devient adulte. Ce cheminement, rythmé par une bande-son très inspirée, est touchant car Max est aussi ce petit garçon qui se blottit dans les bras de sa mère (Catherine Salée).

“KEEPER, film assumé sur le choix, l’envie, les rêves et la maturité des adolescents, est une pépite bouleversante qui nous invite à réfléchir.”

On est aussi aux côtés de Mélanie qui, telle une balle de flipper, sera tantôt sous l’influence de Max, de la mère de ce dernier, et de sa propre mère. Puis viendra le moment de son émancipation, de la prise de conscience de son corps, de ses choix. Le réalisateur a eu la formidable idée de nous épargner la réflexion de Mélanie grâce à une mise en scène minimaliste. Il filme son visage pendant un long et bouleversant plan séquence. Enfin, que d’empathie pour les deux futures grands-mères, qui éprouvent tant d’amour pour leurs enfants !
L’air de rien, par touches subtiles et pudiques, KEEPER parvient ainsi à nous amener très loin dans l’émotion, jusqu’à une scène finale qui nous submerge par surprise et nous arrache des larmes. Le réalisme de KEEPER, presque filmé comme un documentaire, tient également à la façon dont le réalisateur travaille ; il ne donne jamais le scénario à lire à ses acteurs, qu’il préfère accompagner plutôt que diriger. Il privilégie l’improvisation plus jouissive de l’ensemble des acteurs, un peu comme une équipe de foot. De fait, il n’a pas coupé au montage certains défauts, tels ceux provenant des chevauchements de dialogues.

KEEPER, film assumé sur le choix, l’envie, les rêves et la maturité des adolescents est une pépite bouleversante, qui nous invite à réfléchir sur plusieurs questions. Reproduit-on de façon certaine le schéma familial ou parvient-on à s’en extraire ? Quelle est la place des parents ou de l’assistant social du planning familial dans la décision des adolescents ? Que ferait-on dans la même situation ? Après KEEPER, on attend déjà avec impatience le second long métrage de Guillaume SenezNos batailles, qu’il tournera vraisemblablement en 2017, et dont il co-écrit le scénario avec Raphaëlle Valbrune-Desplechin (Home, Tournée).

Sylvie-Noëlle

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INFORMATIONS

Affiche du film KEEPER


Titre original : Keeper
Réalisation : Guillaume Senez
Scénario : Guillaume Senez, David Lambert
Acteurs principaux : Kacey Mottet Klein, Galatéa Bellugi
Pays d’origine : France, Belgique
Sortie : 23 Mars 2016
Durée : 1h31min
Distributeur : Happiness Distribution
Synopsis : Maxime et Mélanie s’aiment. Ensemble, ils explorent leur sexualité avec amour et maladresse. Un jour, Mélanie découvre qu’elle est enceinte. Maxime accepte mal la nouvelle, mais peu à peu se conforte dans l’idée de devenir père. C’est maintenant décidé : du haut de leurs quinze ans, Maxime et Mélanie vont devenir parents…

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