César revient dans la conclusion de la Planète des Singes, intitulée Suprématie. Et cette fois, c’est la guerre ! Oui, mais pas que.

Relancée en 2011 pour essayer de faire oublier l’accident Tim Burton, la franchise La Planète des Singes a démontré la légitimité de ce reboot lorsque, dès le second volet, le prometteur Matt Reeves (réalisateur de Cloverfield, rappelons-le) est arrivé aux commandes en apportant une réelle âme et une ambition claire. Le pari n’était pas gagné lorsqu’on se souvient que le volet initial, dirigé par Rupert Wyatt, n’avait pas laissé un souvenir impérissable. La bonne nouvelle, c’est que le bonhomme est toujours de la partie pour cet ultime épisode. LA PLANÈTE DES SINGES : SUPRÉMATIE a une double mission, une double pression : conclure la trilogie de manière brillante en confirmant les immenses espoirs éveillés par l’opus L’AFFRONTEMENT tout en assumant le rôle délicat de blockbuster estival.L’inaugurale scène de combat ouvre le film de manière spectaculaire, de quoi faire frémir les papilles de ceux venus chercher un divertissement de qualité nous en mettant plein la vue. Violente, filmée avec brio, cette introduction met vite en exergue les rapports entre hommes et singes : c’est la guerre et ça risque de faire très mal. Mais il ne faut pas avoir trop d’espoirs avec une telle entrée en matière car l’objectif de Matt Reeves et de son scénariste Mark Bomback n’est pas de faire du grand spectacle artificiel juste pour se conformer à un cahier des charges – en gros, ils n’ont pas envie d’appliquer la recette popularisée par Marvel où tout est calculé pour rentrer dans la norme. Au lieu de ça, la sauce est envoyée directement, comme pour se “débarrasser” de cet aspect-là inhérent aux blockbusters – car oui, LA PLANÈTE DES SINGES : SUPRÉMATIE est un vrai blockbuster – afin d’ensuite se focaliser sur ce qui les intéresse. Tout ça n’est évidemment pas fait à l’arrache puisque les deux affrontements singes/humains situés dans les 20 premières minutes ne sont pas là juste pour remplir le plus vite possible le quota de scènes d’action, elles servent surtout de manière intelligente à lancer l’intrigue tout en plaçant les enjeux pour la suite.

Car ce qui va suivre n’est absolument pas ce qu’on attend d’un blockbuster estival. Et c’est là toute la saveur du film. En l’occurrence, LA PLANÈTE DES SINGES : SUPRÉMATIE est d’avantage un western affichant fièrement son classicisme qu’un film de guerre bruyant. A la suite d’une attaque qui va causer des dégâts, César se lance dans un périple enneigé afin de retrouver Le Colonel (Woody Harrelson dans un rôle qui cite explicitement le Colonel Kurtz du mythique Apocalypse Now), un gourou dérangé du bulbe décidé à exploiter les singes pour préserver la survie de l’espèce humaine. Le divertissement, ici, n’est pas dans un enchevêtrement auto-satisfait d’explosions pyrotechniques mais plutôt dans la palette d’émotions déballée conjointement avec l’utilisation bluffante de la performance capture. Les deux volets précédents avaient déjà donné le ton de ce côté-là avec des singes – en particulier César – stupéfiants. Tout le spectacle se situe donc plutôt dans l’utilisation des effets visuels afin de servir les ressorts dramatiques et l’émotion qui en découle. Ainsi, LA PLANÈTE DES SINGES : SUPRÉMATIE met plus en avant ses personnages que les péripéties. Et ce, en proposant des partis-pris pas évidents dans le cadre d’un long-métrage à gros budget, comme faire accepter aux spectateurs que la majorité des échanges entre singes seront composés de gesticulations et sons. Pourtant, jamais on ne s’ennuie puisque chaque caractère dispose d’assez de relief et d’épaisseur psychologique pour porter le long-métrage jusqu’à son terme. Une bonne partie de cette réussite provient à n’en pas douter du désormais célèbre Andy Serkis qui prête ses traits au charismatique César, dont le niveau d’iconisation atteint son paroxysme avec ce long-métrage. A force de parfaire son utilisation du numérique, l’acteur britannique est devenu pleinement maître de son outil grâce auquel il atteint un volume de jeu sidérant. Pas anodin, vu la perle qu’il met en scène, que SUPRÉMATIE réduise le nombre de premiers rôles humains (une enfant et un bad guy, pas plus) pour laisser une place de choix aux singes. Que ça fait du bien, en 2017, à l’heure où nous sommes noyés sous des blockbusters sans âme, de voir un film utiliser à bon escient des effets spéciaux aboutis (!) comme un outil au service de la narration et non comme un atout carnavalesque. Surtout lorsqu’on voit, chez la concurrence, que certaines scènes de bataille se contentent de nous balancer à la gueule de la bouillie numérique sans aucune pitié.

LA PLANÈTE DES SINGES : SUPRÉMATIE tire distinctement son épingle du jeu en refusant de céder au cynisme ou au seconde degré, tout en chercher à raconter une histoire de la manière la plus sincère possible. Tout n’est pas original (on voit les moult références) ni parfait (quelques ralentissements dans la seconde partie) mais l’ensemble est exécuté avec cœur ! De cœur, le film n’en manque résolument pas puisque nous sommes confrontés à des vrais personnages (on oublie rapidement le numérique) faits de chair et de sang, aux pulsations cardiaques perceptibles, aux états d’âmes tangibles. In fine, c’est par la voie de l’émotion que LA PLANÈTE DES SINGES : SUPRÉMATIE trouve logiquement le salue qu’il mérite lorsque, dans un final explosif, il fait se conjuguer à la perfection les larmes et le grand spectacle. La Fox a sans conteste réussi son pari en confiant, pour ce dernier (?) opus, les clés de la baraque à Matt Reeves, un metteur en scène aux solides exigences cinématographiques, qui sait apporter cohérence et savoir-faire pour pondre un vrai bon film. Sans ne jamais prendre le public pour des idiots. Si succès il y a, que cela donne des idées aux pontes d’Hollywood. Avec de tels films, c’est le Cinéma populaire qui en sort grandi.

Maxime Bedini

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[CRITIQUE] LA PLANÈTE DES SINGES : SUPRÉMATIE
Titre original : War For The Planet Of The Apes
Réalisation : Matt Reeves
Scénario : Mark Bomback
Acteurs principaux : Andy Serkis, Woody Harrelson, Steve Zahn
Date de sortie : 2 août 2017
Durée : 2h20min
4.0Note finale
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