LE DISCIPLE : tel est le titre intriguant du nouveau film de , arborant, déjà, sa connotation religieuse dénuée de toute ambiguïté. Et si l’on regarde avec plus d’attention son postulat de base, il en ressort, indiscutablement, de nombreuses interrogations. Concentré sur la délicate radicalisation idéologique de Veniamin, jeune lycéen en pleine crise spirituelle, une sortie de route était sans doute à craindre. Mea culpa.

Nécessairement, LE DISCIPLE fait plus qu’écho à cette dernière période anxiogène où l’on on se referme sur soi et à l’actualité minées de couvertures ou autres débats réducteurs sur la question de l’extrémisme religieux. Ici, Kirill Serebrennikov s’intéresse avant tout à son pays, à la Russie et ses difficultés sociétales conservatrices. Voir ce long métrage débarquer en France constitue par là, le moyen de replacer l’idéologie dans le contexte (on salue, par ailleurs, l’audace d’ pour avoir distribué le film). Et tandis que les récits aux sujets brûlants ont déboulés sur l’hexagone avec autant de fébrilité que de retenue – Le Ciel Attendra, Made in France  LE DISCIPLE en prend le contre pied parfait dans cette vertigineuse plongée jusqu’au boutiste. C’est en effet du centre de cette forme d’extrémisme théologique que Kirill Serebrennikov y emprunte un chemin de plus en plus sauvage, résolument obscur.

image du film LE DISCIPLE

Véniamin ne se séparera jamais de sa sacro-sainte bible, d’où il tire chacune de ses répliques.

Tout démarre lorsque la mère de Viénamin rentre, épuisée par la tâche harassante de ses trois emplois, et sermonne son fils à propos de ses nombreuses absence répétées. Pourquoi ne suit-il plus les enseignements publiques, est ce sa puberté qui est en cause ? Le ton monte, naturellement, et le plan ne s’interrompt jamais. On entrevoit à mesure que la caméra virevolte dans l’espace, au cœur de cette querelle familiale, les entournures d’une mise en scène biseautée au scalpel. Préférant le plan-séquence virtuose au platonique champ/contre-champ, Kirill Serebrennikov esquisse patiemment la dérive de son personnage, où chacun joue sa partition dans un rythme frénétique, totalement halluciné.

Les filles peuvent-elles aller en bikini au cours de natation ? Les cours d’éducation sexuelle ont-ils leur place dans un établissement scolaire ? La théorie de l’évolution doit-elle être enseignée dans les cours de sciences naturelles ?

A travers ces questionnements, LE DISCIPLE s’attache à décliner les influences néfastes d’un trop grand déséquilibre entre les thématiques universelles de l’existence et la foi. Dès lors, chacune des interrogations précitées renvoient à une saynète – toujours en prise unique – taillées en paraboles christiques aussi nihilistes que Viénamin. Muni de sa bible, ce dernier va mettre à mal l’harmonie de cette paisible communauté scolaire, et par dessus tout, exacerber l’intolérance entre les humains. Cela peut se caractériser par le rejet des enseignements scientifiques, de l’homosexualité et de tout autre volonté de déroger à la sainte règle du livre sacré. Dès lors, il ravive les tensions entre les conservateurs et les « progressistes », mais dans tous les cas, il pénètre dans les esprits de chacun pour s’y installer durablement. En cela, LE DISCIPLE se révèle fascinant, où l’on observe ce petit théâtre filmé s’embraser devant la montée de l’obscurantisme religieux.

La symbolique est également l’une des pièces maîtresses du rouage du film, Kirill Serebrennikov n’hésite en rien à jouer sur l’image pour isoler davantage son personnage dans ses certitudes dogmatiques. De ces plans iconoclastes, émaillés de citations des évangiles, rappelant des moments-clés de l’Histoire du christianisme – la cène -, le metteur en scène érige Viénamin en un faux prophète, persuadé de suivre les pas de son illustre prédécesseur. Immanquablement, le sentiment que toute cette folie ne peut finir sans accrocs s’empare du long métrage et LE DISCIPLE chemine, avec effroi, vers la déflagration la plus totale. Si sa mécanique, peut-être trop bien graissée, peut lasser sur son dernier tiers, son dénouement, laisse, quant à lui, sur place. C’est en multipliant le rejet de toute les valeurs humanistes que le film renforce ce qu’il dénonce, Kirill Serebrennikov s’en tire haut la main. Un énième récit sur des maboules radicalisés ? Certainement pas.

Sofiane

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