Photo du film SORRY BABY
Crédits : A24

Sorry Baby, un message d’espoir aux victimes de violences sexistes et sexuelles

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Agnes Ward, étudiante en lettres pleine de vie et à l’avenir prometteur, est violée par son professeur de thèse. Avec le soutien de sa meilleure amie Lydie, elle va devoir composer entre le traumatisme, l’isolement et la nécessité de survivre.

On pourrait prendre peur face à un sujet comme celui-là (un autre exemple serait Julie se tait, dans le monde du sport). Aussi dur et déprimant qu’essentiel. Facile d’oublier ces personnages derrière, les faire pathétique, impuissant ou objet d’un fantasme mal placé. Ajouté à ça, le risque d’un premier film soumis au manque d’expérience. SORRY BABY avait toutes les raisons du monde de se planter. Pourtant, Eva Victor ne se démonte pas et la mise en scène évite tous les pièges du sensationnalisme.

Sorry baby, film tendre et bienveillant

Tout au long du film, la réalisatrice protège ses personnages et leur intégrité. En particulier celle d’Agnes, qui n’est jamais uniquement définie par son statut de victime. D’abord car l’acte n’est pas montré. Le spectateur n’imprime jamais d’image de l’agression que le discours rapporté par Agnes elle-même. Ensuite, dans ses moments de faiblesses, elle est filmée de dos ou en plan large.

Des petites parades de mise en scène qui, en même temps de nous faire ressentir par le récit la dureté du viol, ne bride jamais les personnages à l’idée tragique qui en découle. Dans différentes interviews, Eva Victor le définit d’ailleurs comme « something bad happens », en français « quelque chose de mal arrive ». Un moyen de présenter Agnes comme un personnage infiniment plus complexe que ce qu’elle subit.

Le film rayonne par son mélange de chagrin, de rire et d’exaspération. D’une scène à l’autre, le ton change mais le tout dégage une atmosphère d’attachement et d’humanité constante, notamment grâce à son duo d’actrices principales. Leur complicité est évidente. On prend plaisir à les voir vivre ensemble et ne jamais se laisser abattre. Peu importe les épreuves.

La critique relevée d’une justice mal à l’aise

Mais, outre ses personnages attendrissants, SORRY BABY dépeint aussi une justice pleine d’ironie et de contradiction. Dans sa deuxième partie, le film rit jaune. Il fait défiler face à Agnes toutes les institutions (médecin, juge, directrice d’école). Chacun en va de son reproche ou de sa fausse compassion et Agnes souligne – non sans amertume – cette justice absurde qui pointe du doigt les victimes et laisse filer les agresseurs.

À une heure où la parole commence à peine à se libérer, le film de Eva Victor insiste sur la nécessité de soutenir chaque témoignage et l’importance de la réhumanisation des victimes. SORRY BABY est une lettre d’excuses à toutes celles oubliées derrières leurs agresseurs. Pour sûr, l’un des films à ne pas manquer cette année.

Etienne SCHNEIDER

Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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