Pour leur premier long métrage LE RIRE DE MA MÈRE, les réalisateurs Colombe Savignac et Pascal Ralite racontent une histoire familiale triste mais aussi pleine d’espoir et emplie d’amour.

L’adolescence, c’est l’âge des paradoxes, des questionnements et de l’éveil des sens. Adrien/Igor Van Dessel (qui confirme son talent depuis L’échange des Princesses) entre dans la sienne avec quelques difficultés supplémentaires, qui vont le faire grandir un peu plus vite que les autres. C’est un garçon réservé, qui observe plutôt qu’il ne s’exprime. Il faut dire que ses parents sont séparés mais font en sorte de rester, pour leur fils, une famille. Et puis sa maman est atteinte d’un cancer. En plus, il tombe amoureux pour la première fois. Malgré un sujet difficile, on vous conseille vivement d’ouvrir grand votre cœur en allant absolument voir LE RIRE DE MA MÈRE !Photo LE RIRE DE MA MÈRECar les réalisateurs Colombe Savignac et Pascal Ralite, rencontrés avec l’équipe du film lors du Festival du Film Francophone d’Angoulême, ont veillé pour leur premier film, “à ne pas tomber dans le pathos et à entourer de bienveillance une histoire déjà dramatique”. Et ils y parviennent très bien, offrant une belle aventure humaine qui mêle subtilement émotions joyeuses et tristes, qu’ils distillent avec une grande pudeur. La raison principale de cette réussite, c’est que “cette fiction est inspirée de leur vécu, dont ils éprouvaient le besoin de parler de manière universelle : le couple, la séparation et la maladie”.

Surtout, les réalisateurs ont réussi à rendre tous les personnages attachants, et à faire partager au spectateur empathique le point de vue de chacun d’entre eux, ainsi que leurs moments d’intimité, de doute et de colère. Car ils ressemblent au commun des mortels, humains dans toute leur splendeur et bouleversants par leurs contradictions. Marie, la maman d’Adrien, est un personnage solaire et charismatique. Ses vêtements sont comme elle: gais, lumineux, tout en couleurs. Malgré son état, elle est paradoxalement pleine de vie, car pleine d’amour. Elle aime Adrien, qu’elle met souvent mal à l’aise par ses extravagances. Et elle aime encore son ex-mari Romain.

“LE RIRE DE MA MÈRE est une jolie pépite d’émotions qui interroge sur l’amour et le courage d’une famille pour affronter la mort”

Marie est interprétée par la fabuleuse Suzanne Clément (Numéro Une). Elle a aimé pousser un côté qu’elle avait déjà touché, de “femme fofolle qui aime la vie et dépasse un peu les limites et qui, comme souvent les gens de la nuit, dérangent les autres autant qu’ils les embrassent fort”. Le comportement extrême de Marie suscite beaucoup de questions, mais la rend d’autant plus touchante et fascinante. Ainsi est-ce la conscience de son destin qui la rend borderline? Est-ce la peur de ne plus avoir assez de temps pour partager la vie de ceux qu’elle aime qui la rend aussi impatiente et odieuse ? Est-ce qu’elle rit trop fort pour se donner le courage d’affronter la suite? Est-ce la crainte d’être oubliée qui lui donne  envie d’occuper à ce point l’espace et l’esprit de ses proches?

La papa de Romain, c’est l’excellent Pascal Demolon, qui explore enfin un côté dramatique que ne lui avaient pas offert jusqu’à présent les réalisateurs de comédies (Baby Phone). Il a accepté ce rôle de père comme un “joli cadeau, car c’est un personnage qu’il avait le sentiment d’avoir en lui, comme un voyage qu’il s’était programmé et espérait pouvoir faire un jour”. Et il est surprenant de réalisme en créant ce père maladroit, à la fois socle d’autorité et de bienveillance envers Adrien, qu’il tente de préparer au pire et à l’après. Mais aussi en homme vulnérable face à sa propre tristesse, car toujours attaché à Marie, tout en ne la supportant plus.Photo LE RIRE DE MA MÈREOn a pourtant un peu de mal à imaginer un absent aussi présent dans la vie d’une ex-femme souffrante, et en ce sens, LE RIRE DE MA MÈRE concède un aspect par trop idyllique de la famille recomposée. Mais les deux acteurs, très investis dans leurs personnages, défendent cette nouvelle forme de couple. Pour Suzanne Clémentcette dynamique de couple qui n’existe plus est intéressante” et pour Pascal Demolon,la fin de leur couple n’empêche pas la fin de leur relation humaine et leur attachement indéfectible, en dehors même de leur fils ou de la maladie”.

Dans le même ordre d’idée de douceur et de retenue, les réalisateurs se sont bien gardés de filmer des scènes de jalousie violentes avec la belle-mère, Gaby (Sabrina Seyvecou), à l’image de celles vécues entre Susan Sarandon et Julia Roberts dans Ma meilleure ennemie. Gaby est un personnage à l’opposé de Marie: discrète, douce, calme, elle se défoule plus dans la peinture que dans la vie. Tout en se faisant une place au sein de cette famille, elle est présente pour Romain et Adrien, qu’elle entoure d’une bulle d’avenir. Véritable ode à la vie, LE RIRE DE MA MÈRE est donc une jolie pépite d’émotions qui interroge subtilement sur la définition de la famille et sur la façon de se confronter à la mort, de s’y préparer et de l’accompagner avec amour et courage. 

Sylvie-Noëlle

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[CRITIQUE] LE RIRE DE MA MÈRE
Titre original : Le rire de ma mère
Réalisation : Colombe Savignac et Pascal Ralite
Scénario : Colombe Savignac et Pascal Ralite
Acteurs principaux : Suzanne Clément, Pascal Demolon, Igor Van Dessel, Sabrina Seyvecou
Date de sortie : 17 janvier 2017
Durée : 1h32 min
4.0Note finale
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