Pour son premier film, BABY PHONE, Olivier Casas offre une comédie grinçante sur les conséquences des petits mensonges entre amis trentenaires.

BABY PHONE donne l’occasion de réfléchir tout en se marrant, à de nombreux sujets sérieux autour du couple, de la famille, de la parentalité, de l’amitié, mais aussi de ses rêves d’enfants. Olivier Casas, qui s’était déjà penché sur ces sujets dans un court-métrage, transforme donc habilement l’essai avec son premier long. Jeune papa, il a co-écrit le scénario avec Audrey Lanj, sa compagne à la ville, et Serge Lamadie (scénariste de Tout Schuss). Au début de BABY PHONE, chaque personnage semble être défini par ses seules préoccupations du moment, tantôt égoïstes, tantôt parce que la vie l’exige. Mais à la faveur d’un mémorable dîner, les motivations des uns et des autres vont se révéler au grand jour, telles des plaques tectoniques qui se mettent inexorablement en mouvement. Ces jeunes adultes vont enfin mûrir et cesser de se comporter comme les enfants qu’ils ne sont plus. Ils vont enfin prendre leurs responsabilités et leur place dans leur vie.

Le dîner semble être depuis longtemps un moment cinématographique idéal de remise en question gênante des liens fondamentaux familiaux et amicaux, où l’on se dit soudain des choses, sans inhibition. Tous les dîners ne se terminent heureusement pas comme celui de Festen de Thomas Vinterberg! C’est plutôt le ton grinçant de la comédie qui est souvent utilisé, comme dans Un air de famille de Cédric Klapisch, ou Le Prénom de Alexandre De La Patellière et Matthieu Delaporte. Tout peut rapidement basculer, et mettre en péril un équilibre apparemment solide.

Ici, l’effet déclencheur est le fameux babyphone, placé dans la chambre du bébé que viennent d’avoir Ben/Medi Sadoun (Joséphine s’arrondit, La dream team) et Charlotte/Anne Marivin (Chez Nous). Leurs amis Simon/Pascal Demolon et Nathan/Lannick Gaudry parlent sans savoir qu’ils sont écoutés par le couple et la mère de Ben. Le babyphone révèle alors, tel un filtre magique, ce que pensent vraiment des deux potes. Un peu comme dans Les meilleurs amis du monde de Julien Rambaldi, dont le concept de base était un téléphone mal raccroché.

[bctt tweet=”Mensonges et amitié ne font pas souvent bon ménage dans BABY PHONE” username=”LeBlogDuCinema”]

Présenté comme un gentil garçon sans trop de caractère, un peu ben-êt, Ben est encore sous l’influence de ses parents Hubert/Michel Jonasz (Il a déjà tes yeux) et Monique/Marie-Christine Adam. Ben aimerait pouvoir vivre de sa passion, la composition musicale, mais il n’a pas encore réussi à percer dans ce monde. BABY PHONE ouvre d’ailleurs quelques pistes de réflexion sur les difficultés de la vie d’artiste dans notre société actuelle. Mais Ben ne parvient pas à exprimer ni ce qu’il ressent autrement que par la musique, ni ce qu’il veut réellement. Du coup, il passe son temps à esquiver les problèmes et les réponses en inventant de petits mensonges, qui se multiplient et deviennent impossibles à éviter. Il n’est d’ailleurs pas le seul à agir de la sorte, puisque son propre père, ses deux autres potes et son épouse sont eux aussi entrés dans une spirale infernale de cachotteries, à divers degrés. Simon/Pascal Demolon, producteur de la célèbre chanteuse  Juliette/Barbara Schulz, cache un être sensible derrière sa mauvaise foi et son côté paillette. Et Juliette n’est pas aussi insupportable que le personnage qu’elle donne à voir.

L’intérêt comique de BABY PHONE est que les scénaristes vont jusqu’au bout de ces petits mensonges entre amis, tout en tenant la cadence, digne d’une pièce de théâtre de boulevard.  Ils n’ont pas hésité à pousser le bouchon assez loin dans le trait grinçant, gardant à l’esprit que plus c’est gros, plus ça passe! Les dialogues ne manquent pas de répartie et certaines scènes sont extrêmement drôles, telles celle filmant le regard des amis qui comprennent qu’on les a écoutés, digne du western Le bon, la brute et le truand. Quant à Pascal Demolon, il réalise un vrai numéro d’acteur, excellant dans la capacité à imprégner son personnage de sa dinguerie naturelle et de sa voix grave, comme on avait déjà pu s’en rendre compte dans Radiostars et Five.

Baby Phone

Grâce à la mise en scène, essentiellement en huis clos, le spectateur se sent proche des personnages, très family ou friend next door. BABY PHONE amène habilement le spectateur à certaines interrogations réalistes sur le mensonge, que posait déjà, avec une réponse autrement plus brutale, Xavier Giannoli dans Marguerite ! Ainsi, doit-on tout dire à son entourage, quitte à lui faire de la peine ? Ou au contraire faut-il mentir pour le protéger ou se protéger soi-même? Quelle est la part de responsabilité de chacun des protagonistes dans un mensonge ? Jusqu’où aller et à quel moment juge-t-on utile d’arrêter ? Mais aussi faut-il pardonner? Peut-on reconstruire un couple ou une amitié malgré des mensonges qui ont brisé la confiance ? Et surtout, cela en vaut-il la peine ?

Car le film interroge aussi sur l’amitié, comme avait pu le faire Les deux amis de Louis Garrel : de quoi l’amitié est-elle encore constituée après tant d’années? Est-il normal qu’elle fasse souffrir, comme les relations amoureuses ? Doit-on se réjouir du bonheur de ses amis, ou est-ce normal de parfois les jalouser ? Enfin, comme au billard, BABY PHONE offre une réflexion à trois bandes puisque le réalisateur insiste bien sur le fait que la musique, en tant qu’art, non seulement adoucit les mœurs, mais ne ment jamais, elle. Petits règlements de comptes entre amis poussés à l’extrêmement drôle, BABY PHONE offre donc une réflexion particulièrement jubilatoire sur la vie des trentenaires!

 Sylvie-Noëlle

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[CRITIQUE] BABY PHONE
Titre original : Babyphone
Réalisation : Olivier Casas
Scénario : Oliviers Casas, Audrey Lanj, Serge Lamadie
Acteurs principaux : Medi Sadoun, Anne Marivin, Pascal Demolon, Michel Jonaz
Date de sortie : 8 mars 2017
Durée : 1h25min
3.0Prometteur
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