Du film d’action à la comédie en passant par le drame, EN LIBERTÉ ! mixe joyeusement les genres sous la houlette d’un Pierre Salvadori plus déchaîné que jamais.

Au carrefour d’influences cinématographiques et culturelles ultra variées, Pierre Salvadori a décidé d’emprunter tous les chemins dans ce qu’il considère être, par dessus tout, une comédie. Il n’est donc pas étonnant qu’EN LIBERTÉ ! ressemble à un puzzle loufoque mais pas absurde pour autant, bien que certaines scènes jouent sur ce ressort comique.

Néanmoins, de l’intention au résultat, éclos parfois un angle différent aux yeux du public, une tonalité qui diffère de l’étiquette qu’on lui a collé pour sa promotion et qui crée soit la bonne surprise…soit la déception.

Photo du film EN LIBERTÉ !

Yvonne (Adèle Haenel) qui se croit en plein action

En l’occurrence, EN LIBERTÉ ! Nous est présenté principalement comme une comédie libre et burlesque parodiant par endroits les films d’actions des années 80. Yvonne (Adèle Haenel), veuve du héros local (Vincent Elbaz), et flic elle aussi, se retrouve « mise au placard » pour sa sécurité et s’ennuie à mourir dans ce bureau où elle ne fait plus qu’enregistrer des plaintes. Le terrain lui manque et elle conte chaque soir à son fils les aventures glorieuses de son père dont elle tente d’entretenir la mémoire.

Lorsqu’elle découvre avec stupéfaction que ce dernier n’était qu’un ripoux, se pose à elle deux problèmes qu’elle tentera de résoudre de façon surprenante tout au long du film : doit-elle ternir auprès de son fils l’image héroïque qu’elle lui a donné de son père pour lui substituer une vérité décevante mais honnête, voire constructive ? Comment réparer l’injustice subie par Antoine (Pio Marmaï), un innocent incarcéré pendant 8 ans à la place de son mari et de ses complices ?

La réussite d’EN LIBERTÉ ! ne se trouve pas dans ce qu’il y a d’évident, mais dans la poésie inouïe qui s’insinue au fil de scènes aussi émouvantes qu’incongrues.

Pendant 1h47, ce qui n’est pas rien, Salvadori nous balade volontairement d’un registre à un autre, en perdant quelques spectateurs à chaque virage ne sachant s’ils doivent être déçus ou enjoués à la surprise du genre hybride qu’ils découvrent ? Sans compter quelques passages moins rythmés qui terminent d’achever les sceptiques, les ordonnés, les pragmatiques.
Cependant, de ce fourre-tout pas toujours très assuré, résulte une émotion inattendue à qui reste le cœur ouvert.

Si de la comédie, on retrouve la succession de gags qui font rire ou sourire, ceux-ci ne font que dédramatiser un récit plutôt tragique. Et ce n’est pas de cette histoire-là que l’on pourra se réjouir, mais plutôt de l’intensité du personnage d’Antoine – merveilleusement incarné par Pio Marmaï – et plus généralement de la richesse, de la singularité, et de la beauté profonde des liens humains que l’on devine entre chaque duo de protagonistes : Yvonne et son fils, Yvonne et Antoine, Yvonne et son prétendant (Damien Bonnard), Antoine et sa femme (Audrey Tautou).

Photo du film EN LIBERTÉ !

Antoine (Pio Marmaï) quittant sa femme (Audrey Tautou)

La réussite d’EN LIBERTÉ ! ne se trouve pas dans ce qu’il y a d’évident, mais dans la poésie inouïe qui s’insinue au fil de scènes aussi émouvantes qu’incongrues et aussi joliment écrites qu’interprétées (notamment celle du retour d’Antoine auprès de sa femme lors de sa sortie de prison). Cette douceur, cet amour, Pierre Salvadori les a fait naître aussi des regards, des sourires, des silences, des intentions de ses acteurs dirigés à la perfection.

Pio Marmaï que l’on retrouve souvent en trentenaire un peu perdu, à la recherche de lui-même, n’échappe pas ici à ce schéma, néanmoins, force est d’admettre que sa présence scénique, son côté attachant et sa large palette d’émotions sont davantage révélés dans ce rôle que dans les précédents (on lui souhaite d’ailleurs de poursuivre dans cette voie…). Audrey Tautou, petite muse fragile de Pierre Salvadori revêt parfaitement ce costume d’épouse aux allures fragiles mais aux sentiments inébranlables. On se réjouit de voir Adèle Haenel dans un personnage moins dur et plus charmant que d’habitude et on trouve Damien Bonnard parfait dans le rôle du mec adorablement transi d’amour mais rassurant.

Photo du film EN LIBERTÉ !

Antoine (Pio Marmaï) et Yvonne (Adèle Haenel) qui tente de le sortir du pétrin

De cette tragi-comédie, ce que l’on retiendra, c’est le joli fil rouge que constituent les récits qu’Yvonne raconte chaque soir à son fils et dans lesquels le rôle de son père se dégrade au même rythme que dans l’estime de sa mère ainsi que les interrogations qui en découlent : Doit-on magnifier l’image du parent absent ou au contraire révéler, et si oui de quelle façon, les imperfections de ce parent afin qu’il ne se mue pas en héros impossible à égaler ?

Mais ce que l’on retiendra aussi et surtout, au-delà des situations cocasses que l’on oubliera sitôt la salle de projection rallumée, c’est le charme de la fantaisie de Pierre Salvadori, la poésie avec laquelle il met en scène de façon si décalée et touchante, les différentes sortes d’amour qui lient ses personnages en tenant compte de leur rage, de leur culpabilité, de leurs petits mensonges, de leurs incertitudes et de leurs impulsions. C’est ainsi que, de tous les genres traversés par EN LIBERTÉ ! , le plus crédible est sans nul doute le genre…humain.

Stéphanie Ayache

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EN LIBERTÉ !, du burlesque à la poésie - Critique
Titre original : EN LIBERTE !
Réalisation: Pierre Salvadori
Acteurs principaux : Adèle Haenel, Pio Marmaï, Audrey Tautou, Vincent Elbaz
Date de sortie : 31 octobre 2018
Durée : 1h47min
3.5Poétique
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EN LIBERTÉ !, du burlesque à la poésie – Critique

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