Remarqué pour Y TU MAMA TAMBIEN, film générationnel mexicain (donc avec Gael García Bernal) potache et sympa, Alfonso Cuarón s’est mis à l’abri du besoin en réalisant un des trop nombreux épisodes des aventures du magicien bigleux (HARRY POTTER ET LE PRISONNIER D’AZKABAN) et semble depuis se concentrer sur des projets autrement plus ambitieux. Il a surpris son monde en réalisant le maître-étalon du film d’anticipation de ce début de XXIème siècle : LES FILS DE L’HOMME. Désespéré, sale, fauché (sérieux, Alfonso, tu veux vraiment nous faire croire qu’il y aura des Renault Avantime dans le futur ?), il a ancré la mode des films qui projettent l’état de crise actuel dans le futur.

Il s’attaque désormais à l’autre mamelle du cinéma de SF : le film dans l’espace. Depuis 45 ans et 2001 – L’ODYSSÉE DE L’ESPACE de Stanley Kubrick, la SF n’est plus la même et tout réalisateur digne de ce nom rêve de s’y frotter un jour. Alfonso Cuarón semble d’ailleurs avoir choisi la même approche, en usant de longs plans et de mouvements de caméra très lents, qui participent à rendre l’ensemble classe. Du moins au début. La première scène, un plan-séquence d’un quart d’heure, est à ce titre remarquable : on s’approche très lentement d’une navette spatiale et puis on tourne autour, en suivant Sandra Bullock s’affairer à l’extérieur de la navette et un George Clooney qui virevolte autour d’eux. En toile de fond, la Terre (sous son meilleur angle), sans qu’on parvienne toujours à identifier « au-dessus » de quoi on est, la caméra tournoyante brouillant nos repères.

Photo du film GRAVITY

Sandra Bullock et George Clooney sont en effet les deux seuls acteurs du film. La première est généralement une bonne raison de ne pas aller au cinéma mais s’en tire finalement plutôt bien, presque sobre et crédible. Mr. Nespresso revient à la SF après le trop méconnu mais immense SOLARIS et est en pilote automatique : oeil qui frise, sourire en coin, séducteur et taquin. On aperçoit bien d’autres membres d’équipage s’activer derrière eux mais on ne verra jamais leur visage. Enfin si, une fois, mais vous le regretterez. Il y a bien un autre acteur connu qui a participé, Ed Harris en l’occurrence, mais il n’est présent que par une voix off, dans le maintenant célèbre rôle de « Houston, on a un problème ». Car il va y en avoir, des problèmes, même une accumulation. Si le titre renvoie aux lois de la physique, le scénario démontre que la loi de Murphy (plus connue sous le nom de « loi de l’emmerdement maximal ») est bien plus puissante.

« Si le titre renvoie aux lois de la physique, le scénario démontre que la loi de Murphy est bien plus puissante. »

La mise en scène bascule alors de l’infiniment grand, avec ses plans larges de l’espace, à l’infiniment petit, en nous faisant rentrer jusque dans le casque des astronautes. Le film devient alors incroyablement immersif, en nous faisant bien ressentir la solitude de l’astronaute en manque d’oxygène et en dérive infinie vers le néant. La caméra fait la toupie comme ses personnages, le spectateur n’a pas de repère dans tout ce vide noir et la 3D réussie renforce ce sentiment d’immersion. L’action n’est pas en reste avec des séquences de destruction d’engin spatial impressionnantes, revenant à intervalles réguliers (normal quand on est en orbite) et agrémentée d’un poil de géopolitique (encore un coup des Russes ?).

Au final, même si on n’échappe pas à quelques passages obligés (musique envahissante, sacrifice, passé difficile…), l’expérience s’avère suffisamment intense (on a souvent les yeux grands ouverts devant le spectacle) pour en faire un des chocs de l’année, une pierre angulaire de la SF réaliste et inscrire définitivement Alfonso Cuarón parmi les cinéastes qui comptent.

Romain

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