HARRY POTTER ET LE PRISONNIER D’AZKABAN est cette véritable bombe signée (réalisateur des désormais cultes Fils de L’Homme et Gravity) ; un film maîtrisant parfaitement l’univers ultra-riche et complexe d’Harry Potter mais également des thématiques à la fois intemporelles et générationnelles !
Une oeuvre au rythme impeccable, riche et stimulante comme jamais, ludique, réalisée avec soin et précision, remplie de surprises – scénaristiques comme émotionnelles…
Bref. LE PRISONNIER D’AZKABAN est clairement le meilleur des films Harry Potter : voici quelques raisons et GIF qui le prouvent !

Parce que LE PRISONNIER D’AZKABAN est plus qu’une suite réussie

En ces temps d’exploitation hardcore de licences et de franchises… il fait bon de se rappeler de ces œuvres qui ont réussi, grâce à la vision unique d’un réalisateur et/ou par une prise de risque notable, à devenir des références. Tant à l’intérieur de la franchise, que parfois au sein de l’industrie cinématographique ou même, dans l’inconscient collectif.
HARRY POTTER ET LE PRISONNIER D’AZKABAN sous son apparence de « film pour pré-ados », fait clairement partie de ces œuvres marquantes.

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À l’instar d’un Skyfall ou d’un Fast 5, il est un renouveau inattendu au sein d’une franchise qu’on pensait huilée et calibrée;
j’ose même le rapprocher dans une moindre mesure, des épisodes clés que sont Terminator 2, Indiana Jones 2, Dark Knight, Spider-man 2, Toy Story 2 & 3, Star Wars V ou encore Mad Max 2, (+ Fury Road) et quelques autres;
sagas d’ailleurs rendues mythiques dans leur ensemble, grâce à des auteurs ayant su renouveler leur approche d’un mythe ou d’un univers qu’ils ont eux même créé.
Bien qu’il n’en soit pas « l’illustrateur » unique, Alfonso Cuaron a su imposer sa patte dans le monde créée par J.K. ROWLING pour littéralement transformer la saga Harry Potter et lui donner un ton qui sera longtemps poursuivi, rarement retrouvé.

Parce qu’HP3 a donné un nouvel élan esthétique à la saga

Y’a pas forcément plus de violence ni un ton plus sombre dans ce troisième opus, que disons par rapport à La Chambre des Secrets

Pourtant, Alfonso Cuaron propose avec sa mise en scène un véritable upgrade de personnalité par rapport à Colombus, avec déjà quelques gimmicks plus marqués amenant dynamisme et rythme, puis une esthétique formelle moins saturée, plus terne… LE PRISONNIER D’AZKABAN est ainsi un film plus palpable, plus viscéral, plus réaliste.
Cette caméra moins statique et plus libre est un signe d’émancipation, une émancipation qui se traduit par ailleurs dans les costumes introduits dans ce troisième film.
Nos héros n’évoluent plus en uniforme, mais dans des habits au style ultra-commun et passe-partout, parfait dans son intemporalité et idéal pour l’identification et qui restera  même jusqu’au tout dernier épisode: Harry pètera Voldemort avec quasiment le même jean/sweat/blouson que dans l’image ci-dessous !
Cette nouvelle esthétique formelle constitue une rébellion au sein d’une mécanique qu’on aurait pu penser incapable de prise de risques avec l’accessibilité, vu les excellents résultats des 2 premiers films (près d’ 1Milliard de $ + 900M$).

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Pourtant, si LE PRISONNIER D’AZKABAN reste le moins rentable des films (750M$ de recettes) il est malgré tout celui qui donna le ton au 5 films suivants !

Parce qu’il est un précurseur du teen-movie du 21ème siècle.

Avec ce troisième film Harry Potter, fini l’enfance. Finis l’émerveillement constant ou l’incompréhension de la violente réalité. Finie l’assimilation à la masse (les 4 maisons). Place à l’adolescence ! Au style. À la conscience de soi et du monde alentour.
De la toute première scène (une masturbation à peine déguisée) à la dernière (un nouvel envol jouissif, sur de nouvelles bases) il s’agit pour Harry de s’émanciper de ses tares pré-pubères ou même de son destin tout tracé, pour trouver sa propre personnalité.

Les préoccupations intimes d’Harry fusionnent dans LE PRISONNIER D’AZKABAN avec les enjeux assez réduits de l’histoire, de même qu’avec la réalisation d’Alfonso Cuaron ou l’interprétation un tout petit peu plus mature et convaincante des jeunes interprètes.
Tout cela à un but : accompagner son spectateur, tant dans sa découverte d’un univers merveilleux et rempli de mystères, que dans ses conflits intérieurs.

Un rare exemple d’empathie au sein de l’industrie hollywoodienne, qui-plus-est au sein d’une franchise aussi massive.

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LE PRISONNIER D’AZKABAN est pour moi, le précurseur d’un mouvement cinématographique un poil opportuniste qui cherchera précisément à reproduire ce schéma – de Twilight à Hunger Games, en passant par Le Labyrinthe: coller au plus près des préoccupations d’une jeunesse qui se cherche puis s’affirme, à travers des aventures extraordinaires et des univers aussi distincts, riches et marqués qu’ancrés dans la réalité.

Parce que Michael Gambon

La disparition de Richard Harris juste après le tournage de La Chambre des Secrets forcera la production à changer l’interprète de Dumbledore !
En lieu et place du daron plein de bons conseils, personnage certes bienveillant et sympathique mais relativement booooooring, Michael Gambon propose une fraîcheur inespérée dans cet archétype du cinéma d’initiation en composant un Dumbledore particulièrement génial.
Soit un directeur de Poudlard hippie (!!!) au langage ultra-cryptique, bien plus jeune d’esprit et imprévisible, bien moins « sage » que le premier ; chacune de ses courtes apparitions est ainsi porteuse de surprises, tant scénaristiquement que pour Harry, Hermione, Ron, ou nous spectateurs… Et ça fait du bien !

Mention spéciale à son excellente dernière scène qui, au delà de l’humour absurde de sa punchline, termine littéralement la course effrénée du film en transposant par la caméra, le mouvement vers l’avant en cours depuis presque une heure, en un vaudevillesque pas-de-coté accompagnant la sortie hors-champ de Dumbledore.
Façon supplémentaire d’assumer le volontaire changement de direction pris par Cuaron; par rapport au livre et aux personnages, par rapport aux films de Colombus et à leur public, par rapport au cahier des charges du blockbuster légèrement transgressé dans ce volume.

Dumbledore last line in Azkaban

Parce que les nouveaux personnages sont géniaux

Le rassurant/dangereux Pr. Lupin (David Thewlis), le « mad man » Sirius (Gary Oldman), le « rat » Pettigrew (Timothy Spall) ou encore l’hallucinée Trelawney (Emma Thompspon)… Ces 4 nouveaux personnages assurent le renouveau dans le casting et rajoutent en quelques courtes scènes, un mémorable supplément de folie et de dynamisme, par la complémentarité !

Ci dessous, leurs scènes clés – selon moi, hein !

Parce que les Épouvantards et les Détraqueurs

Si les effets spéciaux ne rendent généralement pas justice à la direction artistique réussie des films Harry Potter, ces deux là resteront malgré tout iconiques;

les détraqueurs, sortes d’êtres écorchés sous une fantomatique cape noire aspirant l’âme de ceux qui se dressent sur leur chemin… Une vision cauchemardesque et morbide toujours introduite avec style et qui dénote dans cette production relativement enfantine !

Quant à l’Épouvantard, malheureusement peu mis en avant dans toute la saga (une seule scène !) sa capacité à se transformer en la phobie de celui qu’il attaque en fait un monstre aussi psychologique qu’imprévisible !

Deux monstres qui transmettent par l’Image une certaine puissance émotionnelle. Négative et sombre, mais néanmoins mémorable.

Parce que Chris Colombus et Mike Newell sont trop classiques, tandis que David Yates manque de précision

Chris Colombus (Pixels), ce Peter Pan du cinéma gardant indéfectiblement son âme d’enfant, était nécessaire pour réapprendre au public à croire au merveilleux, à s’abreuver de magie. Toutefois, si ses deux films ne manquent pas de qualités, ils s’illustrent également par leur manque total de prise de risques avec les romans, ou en termes de mise en scène.

La coupe de Feu est quant à lui une bonne adaptation cachée dans un mauvais film. Tout ce qui plut aux lecteurs est présent, mais la réalisation de papi de Mike Newell ne donne aucun rythme au film, supprimant presque toute notion de climax là ou le livre en comprenait quatre énormes. On retiendra quand même la « naissance » de Voldemort, grâce surtout à son excellente incarnation par Ralph Fiennes.

Quant aux quatre films de David Yates… Ils accompagnent efficacement le versant mature de la saga. Dommage que le réalisateur ait mis trois films à comprendre que la patience était son meilleur atout pour créer ambiance, tension et intérêt (l’extrêmement lent 7ème film est aussi l’un des plus réussis de la saga), avant de changer complètement de style pour l’épique bataille finale.

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Au milieu de ces lignes directrices, se trouve LE PRISONNIER D’AZKABAN en contre-point: un film ayant de la personnalité, à la fois magique et mature, enchaînant avec rythme et efficacité les scènes marquantes jusqu’à une scène finale climax de chez climax. Réussite en grande partie liée au réalisateur et sa vision de la saga;

Parce qu’Alfonso Cuaron

Pas encore reconnu comme cinéaste majeur en 2004, Alfonso Cuaron appose pourtant déjà une patte très personnelle à l’univers qu’on pensait calibré, d’Harry Potter. Car après les deux volets situé encore trop près de l’enfance réalisés par Chris Colombus, son film se fait bien plus dynamique, sombre et racé. Une surprise absolue pour le fan grandissant avec les films.

Il est amusant de repérer ces tout-petits détails qui confirment qu’il s’agit bien d’un film du même Cuaron que celui de ou des Fils de l’Homme. Que l’auteur existe bel et bien sous le Yes-Man supposé, et qu’il développe déjà quelques tics de mise en scène et obsessions !

Un peu plus difficiles à trouver, les similitudes entre LE PRISONNIER D’AZKABAN et Les Fils de l’homme
Un peu tirées par les cheveux, je conçois :)

 

Cela dit, c’est bien par le rythme, sa vision de l’adolescence héritée du doux/sensuel Y Tu Mama Tambien et le soin apporté à la description de l’univers d’Harry Potter que Cuaron se démarque.

Il porte ici la marque d’un véritable réalisateur auteur et même presque producteur, capable de relier TOUS les éléments techniques et artistiques d’un film pour qu’il corresponde à sa propre vision.

Parce que l’intrigue est transcendée par la réalisation

Parmi les sept livres Harry Potter, Le prisonnier d’Azkaban est peut-être celui qui retient le moins l’attention; il s’agit d’une immersion au cœur de la vie Poudlardienne, au rythme des étudiants, et ou seule la menace représentée par Sirius Black créée du rythme. En dehors de son antépénultième révélation, point de moments de bravoure particulièrement enlevés;
Ce troisième livre ne tient donc pas vraiment la comparaison avec les autres …
L’école des sorciers, introduction magique, sombre  et merveilleuse,
La Chambre des Secrets, enquête incroyablement bien gérée, au climax final stimulant;
La coupe de feu, si dense et généreux qu’il reste pour moi le meilleur des livres (pour malheureusement, l’adaptation la plus ratée)
L’ordre du Phoenix présentant à moitié un tout nouvel univers hors Poudlard,
Le Prince de sang mélé, assez hybride avec les 5 précédents, la noirceur finale en plus;
et enfin Les Reliques de la Mort, plongeant dans le véritable conflit bien-mal et poussant l’intrigue dans ses retranchements.

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Pourtant, Alfonso Cuaron réussit à faire du Prisonnier d’Azkaban et de son rythme lancinant l’un des films les plus palpitants !
Son truc est simple: la narration par l’univers. J’en parlais à propos des Mad Max défi / dome du tonerre / Fury Road, ou à propos de Sicario… C’est un choix de réalisation passionnant qui permet une épure scénaristique rendant le film particulièrement visuel, sensitif et viscéral.
Dans Les Fils de l’homme par exemple, vulgaire parcours d’un point A à un point B, c’est l’univers persistant et ultra-palpable qui donne de la puissance aux actions des personnages.
Dans Gravity, lui aussi voyage linéaire, ce sont les évènements qui frappent Ryan qui racontent par la métaphore son parcours psychologique (detached, driftingI’ve Got You, extraits promotionnels aux titres évocateurs, ou survivre, se relever)
C’est un peu pareil dans ce PRISONNIER D’AZKABAN, ou l’environnement raconte qui est Black, l’évolution du monde autour d’Harry Potter (indépendamment de sa présence) et nous présente par les plus petits détails ce qui mènera les personnages au climax final :

Parce qu’on ne s’y ennuie jamais, et que cette dernière scène d’une heure est un pur moment de cinéma.

Une particularité de ce film Harry Potter (qui sera reprise sans succès par David Yates notamment) est de ne jamais laisser le cadre sans mouvements. Ainsi, même pendant les obligatoires scènes d’explication/bavardages/intimes, un ou plusieurs détails hors-sujets mais présents dans le cadre viennent magnétiser notre attention, indépendamment du sérieux de la scène.
Par exemple: cette scène ou le père Weasley explique à Harry qui est Sirius Black: pendant ce temps, le café dans lequel ils se trouve continue à vivre, et fourmille de détails. Le plus visible évidemment, reste ce GIF mythique d’un Sirius Black hurlant, ponctuant visuellement le tragique derrière chaque information !

Une particularité qui se reflète d’autant plus dans le rythme du film, qui intime au spectateur de suivre plusieurs choses simultanément !
Le point d’orgue de cette logique est bien entendu la démente scène finale.

Difficile même, de savoir quand celle-ci commence… S’agit-il du moment Hermione utilise le retourneur de temps ? Ou lorsque la fine équipe s’apprête à aller voir Hagrid ?  Toujours est-il qu’aucun répit ne viendra interrompre le déroulement de la dernière heure (!!!), convoquant de nombreux éléments cinématographiques ayant fait la réputation d’autres grands films. Au choix:
Voyage temporel/dédoublement/multiples visions du même élément; un twist absolument dément et imprévisible (enfin si tant est qu’on ait pas déjà lu le livre) et au milieu, un enchaînement d’une fluidité à toute épreuve. Tout se met en place pour ce double climax !

Un extrait SPOILER du cœur de cette scène finale !

BREF

Vous l’aurez compris, HARRY POTTER ET LE PRISONNIER D’AZKABAN est un film absolument passionnant qui ne se destine pas qu’à son public cible et mériterait largement d’être réévalué !
Si vous ne l’avez jamais vu (ou revu avec des yeux d’adulte), je vous conseille vivement de vous jeter dessus, de même que sur le reste de la filmo du génial Alfonso Cuaron, notamment Les Fils de L’homme et Gravity.

INFORMATIONS

Titre original : Harry Potter and the Prisoner of Azkaban
Réalisation : Alfonso Cuarón
Scénario : Steve Kloves, d’après J.K. Rowling
Acteurs principaux : Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Gary Oldman, Michael Gambon, Emma Thompson, Maggie Smith, Alan Rickman, David Thewlis, Timothy Spall, etc.
Pays d’origine : Angleterre, U.S.A.
Sortie : 2 juin 2004
Durée : 2h20min
Distributeur : . France
Synopsis : Sirius Black, un dangereux sorcier criminel, s’échappe de la sombre prison d’Azkaban avec un seul et unique but : retrouver Harry Potter, en troisième année à l’école de Poudlard. Selon la légende, Black aurait jadis livré les parents du jeune sorcier à leur assassin, Lord Voldemort, et serait maintenant déterminé à tuer Harry…