Photo du film LE VENT SE LÈVE

« Le vent se lève… il faut tenter de vivre » les mots du poète Paul Valéry tirés du cimetière marin et conservés ici dans leur langue originale, viennent scander le onzième et dernier film d’animation du réalisateur japonais , LE VENT SE LÈVE, qui retrace le parcours de Jiro Horikoshi, ingénieur japonais ayant créé le célèbre chasseur Mitsubishi A6M Zero, depuis ses rêves d’enfant devant les avions de Caproni, ingénieur en aéronautique italien du début du 20e siècle, à ses premières créations alors qu’il est en poste chez Mitsubishi. En s’attaquant à la biographie de celui qui révolutionna l’industrie aéronautique nippone jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale, Miyazaki s’offre l’occasion de retracer quelques décennies qui ont marqué l’histoire de son pays mais aussi du monde : tremblement de terre de Kanto en 1923, épidémies et maladies, puissance militaire de l’Allemagne… Il renouvelle ici son genre en s’éloignant pourtant radicalement de ses précédentes œuvres.

Depuis (1979) jusqu’à PONYO SUR LA FALAISE (2008), chacun des films d’Hayao Miyazaki transporte dans un monde imaginaire et fantastique, peuplé de personnages étranges aux pouvoirs extraordinaires (LE VOYAGE DE CHIHIRO en 2001 par exemple). Très créatif, le réalisateur affiche son penchant pour les airs ( en 1986 ou encore LE CHÂTEAU AMBULANT en 2004). Ces mondes créés de toutes pièces laissent la part belle à une fantaisie sans bornes et l’imagination du réalisateur y déploie des ressources toujours inattendues. Avec LE VENT SE LÈVE, à l’univers très réaliste, Hayao Miyazaki effectue un virage radical. Il persiste malgré tout des bribes de magie et de fantaisie dans les songes du jeune Jiro : les séquences où il rencontre son idole Caproni restent prétexte à créer un monde parallèle de tous les possibles où le réalisateur peut jouer à sa guise : faire marcher ses personnages sur les ailes d’un avion en vol par exemple. Le passage du monde réel à l’autre monde est bien marqué. Il subsiste également des personnages loufoques et cocasses : Kurosawa, patron acariâtre de la firme Mitsubishi, et Kayo, petite sœur délaissée par Jiro, figurent tels les derniers rescapés des personnages enfantins que Miyazaki a pu créer comme dans le touchant PONYO SUR LA FALAISE (2008). L’histoire d’amour traitée en parallèle où Jiro s’éprend de Nahoko, une artiste peintre atteinte de tuberculose, apporte de la douceur à la thématique centrale du film austère au prime abord. Auréolant les deux amoureux, le vent qui se lève et la nature sont traités avec beaucoup de poésie et, en coloriste hors pair, Miyazaki s’en donne à cœur joie. Les vastes plaines du Japon lui offre une palette étendue de possibilités. Mais Miyazaki, vite rattrapé par les préoccupations biographiques de son sujet, est ici loin du film naïf et pur d’animation pour enfants qu’il affectionne et, en détournant ses mangas en film (LE VENT SE LÈVE découle de mangas destinés à des lecteurs plus âgés), il s’adresse – un peu malgré lui – à un public plus adulte.

Avec LE VENT SE LÈVE, à l’univers très réaliste, Hayao Miyazaki effectue un virage radical.

Photo du film LE VENT SE LÈVE

Les thèmes de l’aviation et de l’entre-deux-guerres, déjà présents dans PORCO ROSSO (1992) sont ici traités de façon beaucoup plus mature et sérieuse. À travers son histoire qui impose une vision presque didactique sur les débuts de l’aviation, Miyazaki montre sa maîtrise du sujet en dressant un inventaire minutieux des bombardiers et des avions de chasse de l’époque et parle d’enjeux réels. C’est le réalisme qui l’emporte : le spectateur est happé dans ce monde d’entre-deux-guerres où la grande machine de destruction est en marche. Jiro fabriquera des engins de guerre et non pour le simple plaisir de voyager dans les airs. Une dualité s’instaure alors dans le film où le ciel apparaît à la fois comme porteur d’espoir et menaçant. Le Japon de l’époque est frappé par la misère et Miyazaki ne lésine pas sur les moyens mis en œuvre pour rendre compte de ce cataclysme ambiant : rapidité des images, bruitages utilisés pour le choc du séisme de Kanto en 1923 ou encore bruit assourdissant des moteurs d’avions. Il effectue ici un tour de maître, réussissant presque à nous faire oublier qu’il s’agit d’un dessin animé. L’effervescence de la ville, les mouvements de foule, les panoramas plongeants sont des tableaux vivants et démontrent le talent artisanal des films de Miyazaki qui peut aisément rivaliser avec les images de synthèse.

Il en ressort un beau – mais long – film qui, dépourvu des artifices de la technologie actuelle (les bruitages sont réalisés par des voix humaines), demeure un film testament où Miyazaki affirme sa passion du dessin et des avions. On sent un Miyazaki profondément marqué et hanté par la guerre mais aussi par la maladie de sa mère, atteinte de tuberculose comme son personnage Nahoko (thème déjà présent dans MON VOISIN TOTORO en 1988). La noirceur qui émane du VENT SE LÈVE reste inhabituelle dans sa filmographie, et témoigne également de toutes les désillusions, les peurs et les blessures d’une vie.

NOTE DE L’AUTEUR
[rating:7/10]

Photo du film LE VENT SE LÈVE

Inspiré par le fameux concepteur d’avions Giovanni Caproni, Jiro rêve de voler et de dessiner de magnifiques avions. Mais sa mauvaise vue l’empêche de devenir pilote, et il se fait engager dans le département aéronautique d’une importante entreprise d’ingénierie en 1927. Son génie l’impose rapidement comme l’un des plus grands ingénieurs du monde.
Le Vent se lève raconte une grande partie de sa vie et dépeint les événements historiques clés qui ont profondément influencé le cours de son existence, dont le séisme de Kanto en 1923, la Grande Dépression, l’épidémie de tuberculose et l’entrée en guerre du Japon. Jiro connaîtra l’amour avec Nahoko et l’amitié avec son collègue Honjo. Inventeur extraordinaire, il fera entrer l’aviation dans une ère nouvelle.

Titre original :
Réalisation : Hayao Miyazaki
Scénario : Hayao Miyazaki
Voix originales : Hideaki Anno, Miori Takimoto, , , , Morio Kazama, Keiko Takeshita, Mirai Shida, , ,
Pays d’origine : Japon
• Sortie : 22 janvier 2014
Durée : 2h6
Distributeur :
Bande-Annonce :

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