Le dernier film de , , a été présenté en avant-première à la Cérémonie d’Ouverture du Festival du Film Francophone d’Angoulême.

On aime les films d’Yvan Attal, surtout quand ils ont une touche plus personnelle, quand lui-même interprète le héros, quand , sa compagne à la ville est son épouse à l’écran et quand leur fils Ben Attal joue leur fils. On a découvert cette réjouissante mise en abyme dans Ma femme est une actrice et dans Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Son héros, c’est Yvan sans être lui, et sa femme, c’est Charlotte sans être elle, et on se plaît à imaginer ce qui est vrai, ce qui ne l’est pas et ce qui pourrait l’être.

Bien qu’adapté du roman éponyme de John Fante, MON CHIEN STUPIDE n’échappe pas à la règle de l’intime entremêlée au récit. Yvan Attal est donc Henri et Charlotte Gainsbourg est Cécile. Il est question dans le film de famille, de parentalité, de la banalité de la vie de couple trop préoccupé à gérer la charge mentale et de ce bilan de vie à mi-parcours que d’aucuns nomment la fameuse crise de la cinquantaine.

Photo du film MON CHIEN STUPIDE

Mais le couple, venu s’installer dans le sud-ouest, est plutôt mal en point. Et si c’est le point de vue de Henri qui guide l’intrigue, le personnage de Cécile est plutôt bien creusé par le réalisateur et ses deux coscénaristes Yaël Langmann (avec laquelle il avait co-écrit Le Brio) et Dean Graig. C’était une intellectuelle qui a sacrifié son parcours pour élever ses enfants, et elle supporte désormais le vide affectif de sa vie grâce à l’alcool et les antidépresseurs. Une réplique lancée à la figure de Henri laisse planer un joli doute : Cécile dit-elle « J’ai tout fait pour toi » ou « J’étouffais pour toi » ?

Yvan Attal nie d’ailleurs à son personnage sa part de féminité en l’habillant souvent de longues robes difformes qui masquent tout son corps. Cécile n’est plus une femme, elle n’est plus qu’une mère sans sexualité. Car MON CHIEN STUPIDE, c’est aussi un film sur la diminution du désir et l’occasion de le faire renaître.

Yvan Attal revisite avec un certain bonheur le roman de John Fante et lui offre un ton moderne et grinçant et porteur de réflexions profondes sur le destin que l’on se choisit.

Alors quand déboule dans son jardin un énorme chien mal élevé, Henri décide de le garder sans tenir compte de l’avis de Cécile ou de ses enfants. Stupide, comme va le prénommer Henri, fait peur à tout le monde, sent mauvais, bave partout. On avoue avoir eu un peu peur les trente premières minutes du film, non pas du chien, mais du ton qui se voulait léger sans y parvenir vraiment. Sur fond de musique jazzy comme dans les vieux polars américains, la voix off de Henri aigri, frustré, et égocentré narrait son histoire. Selon lui, c’étaient sa famille et ses quatre enfants, de jeunes adultes vivant encore à la maison, qui étaient responsables de tout : de ses échecs, de sa difficulté de concentration, de son manque d’inspiration.

Car Henri est un écrivain qui a publié un succès 25 ans auparavant, mais plus rien de fulgurant depuis. Les échanges entre les enfants et leurs parents, mais aussi au sein du couple, sonnent un peu faux dans MON CHIEN STUPIDE, comme dans une pièce de théâtre, comme si Henri y assistait sans y prendre totalement part. Quant aux «masturbations canines» répétitives de ce gros chien sur certains hommes qu’il croise, elles se révèlent un peu lourdingues, tout comme la fascination d’Henri à le voir faire.

Stupide, c’est un peu comme Mary Poppins : quand une famille dysfonctionne, Mary débarque et aide tout le monde à aller mieux.

Mais, petit à petit, on comprend que le parti de mise en scène pris par Yvan Attal au début du film a surtout pour but de montrer Henri à côté de ses pompes, hors-sol, désaxé de sa propre famille, ayant l’impression d’un manque de liberté totale. Avec Stupide, Henri tient donc le prétexte de reprendre le contrôle de sa propre vie. Car Stupide, c’est un peu comme Mary Poppins : quand une famille dysfonctionne, Mary débarque et aide tout le monde à aller mieux. Henri fait donc comme son chien, qui prend ses aises et occupe de plus en plus l’espace, au détriment des autres membres de la famille.

Et dès ce moment, le récit de MON CHIEN STUPIDE prend de la profondeur et interroge sur les motivations réelles d’un père à vouloir à tout prix faire partir ses enfants de la maison. On n’en dira pas plus sous peine de trop dévoiler le film, mais quand le décompte se fait, ce n’est pas le soulagement qui pointe son nez, mais bien le vide et le manque. Et c’est peut-être ce qui manquait à l’écrivain pour son inspiration : l’expérimentation d’une nouvelle souffrance. Avec MON CHIEN STUPIDE, Yvan Attal revisite donc avec un certain bonheur le roman de John Fante, et lui offre un ton moderne, grinçant, cynique et non politiquement correct et porteur de réflexions profondes sur le destin que l’on se choisit.

Sylvie-Noëlle 

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MON CHIEN STUPIDE : reprendre le contrôle de sa vie - Critique
Titre original : Mon chien stupide
Réalisation : Yvan Attal
Scénario : Yvan Attal, Yaël Langmann, Dean Graig, d’après l’oeuvre de John Fante
Acteurs principaux : Yvan Attal, Charlotte Gainsbourg, ,
Date de sortie :
Durée : 1h45 min
3.5Grinçant
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