Pour son 32ème long-métrage, le roi du divertissement n’a jamais aussi bien porté son nom. Avec READY PLAYER ONE, Steven Spielberg revient à la science-fiction et réinvente la pop-culture. Annoncé comme le film de la décennie, READY PLAYER ONE, l’est-il vraiment ?

On l’attendait depuis bien trop longtemps. Sur les réseaux sociaux la simple évocation du projet provoquait des raz-de-marée de tweets et de débats sans fin. Avant même sa sortie, le film faisait largement parler de lui et était attendu partout, par tous ou presque. Basé sur le roman éponyme d’Ernest Cline, qualifié de bible pour les geeks, READY PLAYER ONE est déjà nommé film de la décennie assurant encore à Steven Spielberg sa place au sein de cet art au divertissement sans limites. Pour beaucoup le projet s’arrête à une liste sans fin de références à la pop-culture. Libre à chacun de faire ce qu’il désire mais c’est finalement retirer toute la profondeur et la virtuosité du film. C’est en tous cas ce qui est frappant, lorsqu’on prend un peu de recule sur ce que l’on vient de voir, de comprendre à quel point Steven Spielberg s’est approprié cette œuvre littéraire pour en faire un long-métrage marquant, inventif et créatif. C’est simple, le réalisateur de 71 ans semble sans limites. C’est à se demander si il ne détient pas le secret de la jeunesse éternelle tant son regard, sa vision et sa perception du monde en changement constant est d’une fraîcheur remarquable. C’est finalement ça le fil conducteur de sa filmographie, ce qui réunit toutes ses thématiques, toutes ses inventions et toute sa créativité : son acceptation du passé, son excitation pour le futur et sa compréhension du présent. Un mélange qu’il parvient toujours à nuancer, à mettre en relief et à illustrer.Photo du film READY PLAYER ONE READY PLAYER ONE est un film de science-fiction qui, comme tous bons films de science-fiction, n’est pas dénué de réalité mais qui au contraire s’y insère parfaitement. Une seule phrase tirée du film pourrait nous faire plancher sur le sujet pendant quatre heures : « seule la réalité est réelle ». Sortie de son contexte, on pourrait penser que Steven Spielberg fait parti de ces « vieux cons » qui ne cherchent pas trop à comprendre le monde évolutif dans lequel ils vivent et qui ressassent sans cesse le passé ponctuant toutes ses réflexions par une phrase bien connue « c’était mieux avant ». Mais c’est sans compter sur le réalisateur qui depuis plus de 45 ans nous montre son esprit vif et clair. Cette histoire est une aubaine pour Steven Spielberg qui n’a cessé, à travers ses films, de questionner la technologie qui évolue, à la fois grand remède et maux de notre monde. Bien avant Black Mirror, il questionnait le monde et en l’occurrence les spectateurs sur cette thématique, toujours avec une longueur d’avance. Quand en 2001, il mettait en relation les humains et les robots dans A.I : Intelligence Artificielle, ici, en 2018, il met en relation le virtuel et la réalité avec un constat beaucoup moins triste mais toujours aussi profond.

Le jeune Wade Watts, comme la plupart des gens en 2045, se réfugie dans le monde virtuel (comme beaucoup de personnes en 2018). La plupart de ses amis sont là-bas, des amis qu’il n’a jamais rencontrés IRL (comprendre « dans la vraie vie ») pourtant, aucun message négatif n’est apporté par ce biais simplement de la mise en garde « ne dis pas ton vrai nom à n’importe qui ». Un constat qui peut paraître un peu naïf et simplet mais qui est facilement oublié tant les limites entre le virtuel et la réalité sont très fines. Ces très fines limites, Steven Spielberg jonglent avec, mélangeant les scènes réelles et les scènes virtuelles sans jamais devenir illisibles. Une scène peut même contenir les deux sans jamais rendre le spectateur totalement dingue tandis que les personnages, s’y retrouvent parfaitement jouant même avec ces deux mondes pas si éloignés l’un et l’autre.En plus d’un scénario solide, le papa d’E.T., apporte une réalisation fluide et virtuose où la caméra virevolte sans se perdre. Il est certain que visuellement, le long-métrage est un des meilleurs de la décennie car non seulement il a une mise en scène incroyable mais en plus elle sert pleinement le propos. Il est difficile de ne pas penser à cette scène du film, totalement jouissive pour les spectateurs cinéphiles, dans laquelle les héros se retrouvent plongés dans un des films de Stanley Kubrick. Non seulement Spielberg recrée dans les moindres détails l’univers du film culte (avec incertitude, on pense même qu’il passe du format numérique au format pellicule) du cinéaste disparu mais en plus il se l’approprie pour servir son propre film. Dans cette seule scène il réussit à dire aux spectateurs que rien n’est sacré et par extension que la pop-culture n’est pas une religion sacrée, qu’on peut se l’approprier, la changer, l’utiliser avec, évidemment, beaucoup d’amour et de respect. Spielberg ne dénature pas l’oeuvre de Kubrick, il lui rend hommage, il l’utilise de manière intelligente tout comme les multiples références de READY PLAYER ONE qui sont parfois des clins d’œil à son propre cinéma.

En questionnant la réalité et le virtuel, Steven Spielberg offre un constat lucide sur le monde actuel. Toujours doté de sa capacité à explorer, montrer et nuancer le monde dans lequel il vit, le réalisateur offre, une nouvelle fois, un film vertigineux où sa créativité et sa maîtrise dans la réalisation n’a, pour le moment, pas d’égal. Tout est presque trop contrôlé et c’est peut être un des seuls points négatifs du film : le manque d’émotions pures. Si pour tous les amoureux du cinéma, il est assez facile d’être ému par l’image où chaque plan regorge d’une dizaine d’idées, vis-à-vis du scénario et des personnages, il y a une petite barrière qui nous empêche d’être transporté. Si seule l’histoire révélera si READY PLAYER ONE est le film de la décennie, il est certain qu’il marque et marquera les spectateurs d’aujourd’hui et de demain.

Pauline Mallet

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READY PLAYER ONE, Spielberg virtuose du cinéma de demain - Critique
Titre original : Ready Player One
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario :Ernest Cline et Zak Penn
Acteurs principaux : Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelsohn, Lena Waithe, Simon Pegg et Mark Rylance
Date de sortie : 28 mars 2018
Durée : 2h20min
4.0excellent
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