Voilà un moment qu’Hollywood s’intéresse aux adaptations de jeux vidéo. Déjà en 1993 était livrée une version live de Super Mario Bros, adaptation très libre qui, aujourd’hui, fait surtout office de gentil nanar bien ridicule à regarder avec beaucoup (vraiment beaucoup) d’ironie, au même titre qu’un Mortal Kombat (1995) ou un Street Fighter (1995, avec Van Damme !). Etant un objet déjà visuel, généralement accompagné de cinématiques qui permettent de faire le premier pas vers un cinéma décomplexé, on pourrait penser les jeux vidéo comme une matière des plus favorable à une telle transposition. Pourtant, force est de constater que, trop souvent à ce jour, les productions se sont cassées les dents, et rares sont les œuvres parvenant à lier succès financier, qualité cinématographique et respect de l’œuvre d’origine. On pense à Resident Evil qui, en dépit des millions engrangés à chaque nouveau film ne fait que détruire un peu plus son produit original – ou comment un survivor horror a pu donner naissance à une série de mauvais films d’action bourrins. De même pour Silent Hill qui, malgré la vision personnelle et intéressante de Christopher Gans n’a pas trouvé son public. Ou encore Final Fantasy, véritable précurseur visuel en 2001 – le film est entièrement construit en images de synthèse – mais qui fut un échec commercial. Sans oublier le récent Hitman ou Angry Birds qui trouvaient un intérêt général très limité.

Avec WARCRAFT, on touche là à l’un des plus gros succès du jeu vidéo. Une machine de guerre qui depuis près de 15 ans a réuni plusieurs millions de joueurs à travers le monde. Si Blizzard (société productrice du jeu vidéo) assure par sa présence un respect de son œuvre, la pression restait sur Duncan Jones, gamer affiché et réalisateur jouissant d’une certaine réputation dans l’univers SF depuis Moon et Source Code. Le résultat est alors comme on pouvait s’y attendre : plutôt honnête en comparaison de ce que peuvent souvent donner les adaptations de jeux vidéo, certainement très réussi aux yeux des fans, mais encore bien imparfait d’un point de vue cinématographique.

Photo du film WARCRAFT : LE COMMENCEMENT

© Universal Pictures International France

L’histoire de WARCRAFT tient à peu de chose mais a au moins le mérite de tenir jusqu’au bout. Des guerriers Orcs faisant face à la fin de leur monde traversent un portail jusqu’au royaume d’Azeroth où vivent Humains, Nains, Elfes et autres créatures dans le but de conquérir ce nouveau monde. On retient l’idée d’immigration forcée de tout un peuple pour sa survie permettant d’offrir deux regards distincts et compréhensibles et une empathie partagée : entre l’envahisseur et l’envahi. A la manière du jeu vidéo qui laissait au joueur la possibilité d’incarner le clan de son choix, on s’attendait à voir le film WARCRAFT construit autour de ces deux peuples en leur accordant la même importance. Mais assez vite Duncan Jones semble avoir fait son choix, délaissant les Orcs au profit des Humains. Pas forcément le choix le plus judicieux tant la richesse scénaristique apparaît justement du côté des Orcs, sous l’impulsion de Durotan, seigneur de guerre du clan des Loups De Givre, qui comprend rapidement que son peuple est en train de perdre son âme, sa raison et ses valeurs à cause du Fiel, magie noire utilisée par Gul’Dan, le leader de la Horde. A l’inverse, le film ne tarde pas longtemps avant de se focaliser sur l’Alliance et le guerrier Lothar qui, à l’image de l’ensemble, se perd dans le trop plein ; entre sa fidélité à son roi, ses inquiétudes pour son fils et l’évolution de sa relation avec Garona (élément particulièrement bâclée !), le tout au milieu d’une guerre, on ne sait plus où donner de la tête. Car en effet Duncan Jones, à trop vouloir intégrer toute la richesse de l’univers heroic fantasy de Warcraft, et donc de contenter les fans, semble en perdre le contrôle et oublie son autre public (éventuellement cinéphile). C’est à ce niveau que des problèmes de rythme, et même de montage (coupes approximatives), se font ressentir. Traînant en longueur ce qui ne mérite pas tant d’intérêt, et évoquant à la va vite les questions d’origines, de place dans le monde, de cohabitation avec autrui ou simplement l’évolution des différents protagonistes. WARCRAFT tombe ainsi dans un creux terrible, dès la fin de sa première partie pourtant passionnante, jusqu’à son final efficace.

« À trop vouloir intégrer toute la richesse de l’univers de Warcraft et donc de contenter les fans, Duncan Jones perd le contrôle et oublie son éventuel public cinéphile. »

Malgré cela, il faut admettre que visuellement le travail est plutôt réussi. Les décors, pourtant constitués à 98% d’images de synthèse, mais finalement bien intégrées, offrent une très bonne reconstitution de l’univers riche et fascinant du jeu vidéo. Les combats d’Orcs dégagent une véritable puissance et même si l’utilisation de la 3D rend parfois l’arrière-plan flou, l’ensemble reste lisible. Des combats durant lesquels Duncan Jones reproduit une mise en scène similaire à certaines cinématiques des jeux vidéo (scène d’introduction du film), sans pour autant apparaître totalement à contre-courant d’une œuvre cinématographique. Ce qui ne l’empêche pas de faire des choix contestables, comme avec cette trop longue discussion entre protagonistes au milieu d’un combat qui fait rage autour d’eux, rappelant l’un des passages absurdes du troisième opus du Hobbit, ou dans les couleurs adoptées, parfois proche du mauvais goût. De même que, si l’esthétique des Orcs, en motion capture et images de synthèse, se révèle bien faite, on reste moins convaincu par ce qui se présente à nous du côté Humains. Particulièrement sur le choix des acteurs (à l’exception de Travis Fimmel et éventuellement Paula Patton) qui peinent par leur manque de posture et leur incapacité à incarner de manière crédible leurs personnages. A croire que même Dominic Cooper a du mal à s’imaginer en Roi d’Azeroth, tandis que Ben Foster ne peut qu’en faire des tonnes pour donner quelque chose de mystérieux à son personnage de Medivh. De même, Ben Schnetzer fait petit minot risible en jeune mage Khadgar, et les rares apparitions de mages et elfes des alentours donnent le sentiment d’assister à une réunion de Cosplay. Une impression de cheap étonnante mais symbolique d’un film, capable du meilleur comme du pire.
Au final WARCRAFT, sans être un très bon film, marqué par de nombreux défauts cinématographiques, devraient parvenir à ravir les joueurs et fans grâce à sa fidélité de l’œuvre. Notamment dans les clins d’œil plein d’humour (réussite du film) au jeu vidéo qui offrent une légèreté agréable, que même les néophytes comprendront sans pour autant en ressortir entièrement convaincu.

Pierre Siclier
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