Remake du Taiyō no Uta de Norihiro Koizumi de 2006, Midnight Sun ne résiste à aucune sirène de la transposition outre-Pacifique. Il demeure cependant un mélodrame teen tout à fait émouvant, un petit « soleil de nuit ».

Difficile pour cette œuvre de se créer une identité propre, tant les codes du genre romance-maladie-adolescents lui collent à la peau jusqu’à écarter quasiment toute possibilité d’originalité. Dans la continuité logique d’Everything, everything de Stella Meghie l’année dernière, jolie adaptation mais déjà peu singulière, le film de Scott Speer apparaît très vite ersatz à la fois de son modèle oriental et de Nos étoiles contraires -n’est pas John Green qui veut. Il est épigone du premier en cela qu’il en saisit l’essence sans en garder le charme, il y a chez le Japonais une authenticité maladroite que cette version, trop lisse, ne parvient pas à restituer. Quant au second il s’en inspire jusqu’à l’outrance, certaines scènes donnant l’impression de voir le même long-métrage presque au dialogue près : à l’instar d’une conversation entre le père et Charlie interrompue par l’héroïne littéralement au même moment que dans le film de Josh Boone. La frontière de l’hommage est par instants allégrement relativisée…

“Taiyō no Uta” – Norihiro Koizumi (2006)

Les clichés répondent tous à l’appel. Tout y est : la meilleure amie bizarre, la chambre de catalogue, la fête de 200 personnes, le sportif au cœur secrètement tendre, les pulsions philosophiques sorties de nulle part, le père hors du commun…. Cependant tout le casting secondaire tire son épingle du jeu, et notamment Rob Riggle en père cool mais protecteur. Concernant le duo de tête, Katie est une créature de rêve qui même abîmée reste un peu trop parfaite pour vraiment résonner comme une outcast (là où Hazel Grace est davantage crédible puisqu’elle n’est objet de désir que pour l’homme qui l’aime, et pas idéalisée). Des efforts sont malgré tout faits sur le maquillage restreint par exemple, et si Bella Thorne est peu convaincante en ingénue au début, à mesure que l’on avance son jeu comme son personnage gagnent en sincérité. De façon assez surprenante, le véritable atout de l’histoire est bien Patrick Schwarzenegger ! Ses racines ne font pas vraiment écho au romantisme, et pourtant sa justesse est saisissante, d’autant qu’il trouve ici son premier rôle principal.Quant à la réalisation, ce n’est de nouveau pas dans ce teen movie qu’il faut chercher de l’inventivité bien qu’elle reste efficace. La simplicité de la caméra est assez flagrante mais ne dessert jamais le récit ; elle ne s’encombre pas de grands effets et valorise donc bien les quelques moments vraiment poignants. Quelques beaux symboles parsèment de plus la narration, et ce en grande partie grâce à son fond. Les valeurs sont nécessairement inversées, le mal étant diurne chaque éclat de lumière n’est pas espoir sinon danger. Le soleil est tantôt onirique, tantôt éblouissant, et malgré l’obscurité qui régente tout, même les scènes dans l’ombre sont lumineuses par essence. Cette légèreté d’âme est d’ailleurs aussi portée par l’aspect vaguement comédie musicale, les chansons sont revendiquées comme des ballades à la Taylor Swift mais dans le bon sens du terme, celui d’une bouffée d’air frais qui fonctionne bien.En effet malgré toutes les réserves, c’est une belle histoire de couple dont on regrette seulement que les enjeux et le déroulement sortent si peu des sentiers battus. Mais on ne peut lui retirer qu’il tient ses promesses : il est un bonheur pour les cœurs sensibles. L’alchimie entre les deux héros est aussi immédiate qu’intense, et si elle n’est pas toujours creusée, la tournure que prend le scénario dans la seconde partie ne la rend que plus vibrante. Sans en révéler trop, le sous-texte sur le « prix » de l’amour est plutôt bien traité, et sans arracher les larmes aux spectateurs il fait inévitablement se serrer les gorges. Midnight sun est à prendre pour ce qu’il est, un portrait d’un premier amour sûrement utopique qui se nourrit de la tragédie ; une peinture modeste certes, mais qui fait naître des émotions à fleur de peau chez son public. Et pour qui aurait l’esprit baudelairien, ces trois vers en sont la conclusion parfaite :

« Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige … »

Manon

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MIDNIGHT SUN, romance convenue mais étoilée - Critique
Titre original : Midnight sun
Réalisation : Scott Speer
Scénario : Eric Kristen
Acteurs principaux : Bella Thorne, Patrick Schwarzenegger, Rob Riggle
Date de sortie : 13 juin 2018
Durée : 1h33min
2.5Sympa
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