Photo du film THE SLUMBER PARTY MASSACRE
Crédits : Rimini Éditions

THE SLUMBER PARTY MASSACRE, film d’horreur girly raté ? – Analyse



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Écrit à l’origine comme une parodie féministe de slasher, THE SLUMBER PARTY MASSACRE est finalement devenu un film d’horreur racoleur moyen, dans la lignée des productions de son époque. Pourtant, il conserve une grande part de féminité qui le distingue comme à part dans sa catégorie.

Une parodie féministe devenue slasher racoleur

À l’origine, l’auteure féministe et activiste Rita Mae Brown écrit la première mouture du scénario de THE SLUMBER PARTY MASSACRE sous le titre de « Sleepless night ». Elle envisage alors le film comme une parodie du slasher classique, où un tueur psychopathe rôde autour d’un groupe d’adolescentes pendant une soirée pyjama, dans l’optique de les assassiner une à une – à l’aide une perceuse éminemment phallique. Malheureusement, la société de production de Roger Corman intervient et choisit de réadapter le scénario contre l’avis de son auteure, afin d’en faire un slasher sérieux, où le cahier des charges « meurtres sanglants et jolies filles dénudées » se veut dûment rempli. Ceci, afin d’attirer le jeune public masculin, alors friand de ce type de divertissement. Un coup dur pour Mae Brown, qui espérait teinter son scénario d’un sous-texte féministe et lesbien.

Photo du film THE SLUMBER PARTY MASSACRE
Crédits : Rimini Éditions

La réalisatrice Amy Holden Jones s’acquitte donc de la tâche de réécriture. Ancienne assistante de Scorsese sur Taxi Driver, elle est recommandée à Corman par le célèbre réalisateur. Durant plusieurs années passées en salle de montage, elle fait ses preuves au sein des écuries Corman, jusqu’à obtenir la possibilité de réaliser son premier long-métrage – en l’occurrence THE SLUMBER PARTY MASSACRE. Malgré son peu d’attrait pour le slasher et le film d’horreur en général, Holden Jones tient tant à passer derrière la caméra qu’elle refuse un poste de monteuse sur le célèbre E.T. de Steven Spielberg. Or, comme le rappelle la vidéaste Mylène Da Silva dans sa vidéo sur le film, en tant que femme réalisatrice, il lui sera longtemps reproché d’avoir œuvré dans le slasher – un sous-genre considéré comme mineur et sexiste.

Une féminité qui subsiste

À première vue, le film d’Amy Holden Jones semble effectivement avoir été vidé de toute sa substance une fois passé à la moulinette Corman. Il en résulte un slasher banal à la facture peu révolutionnaire mais efficace, malgré des unités de temps et de lieu confuses. De plus, si le tueur a l’originalité d’avancer à visage découvert tout au long du film, ses motivations restent peu explicites. Si bien qu’il peine à s’imposer comme un boogeyman iconique, à l’instar d’un Freddy ou d’un Jason. S’en dégage toutefois une mise en scène assez jolie et des meurtres suffisamment maîtrisés pour offrir un honorable divertissement, dans la moyenne des slashers de l’époque. Sa structure évidente, THE SLUMBER PARTY MASSACRE la doit certainement à son premier scénario, pensé alors comme une parodie – un exercice où les codes du matériau pastiché doivent rester lisibles pour le public. Repensé au premier degré, le film devient dès lors beaucoup trop prévisible, sans grand rebondissement.

Photo du film THE SLUMBER PARTY MASSACRE
Crédits : Rimini Éditions

Malgré ses faiblesses, on ne peut toutefois s’empêcher de trouver à THE SLUMBER PARTY MASSACRE « un petit truc en plus ». Et « ce petit truc en plus » lui provient certainement de son écriture et de sa réalisation, toutes deux confiées à des femmes. En effet, loin de la chair à canon tête-à-claques habituelle du slasher, le groupe de jeunes filles dépeint dans le film se distingue par des sujets de conversation plus plausibles et moins niais qu’à l’accoutumée. De même, aucune ne se voit attribuer le sempiternel rôle de la peste du lycée. Plus notable encore, il est question de leur sexualité naissante, de leurs désirs propres. Là où les Freddy ou les Halloween, par exemple, n’envisagent la sexualité féminine qu’à travers la relation de couple. En résulte une sensation de « film de filles pour les filles », peut-être finalement pas si injustifiée.

Un slasher saphique qui conserve ses ambitions féministes ?

À ceci s’ajoute quelques résurgences du sous-texte lesbien de Rita Mae Brown. Si la dimension saphique du long-métrage a certainement été fortement édulcorée à la réécriture du scénario, plusieurs éléments subsistent bel et bien. Le groupe d’amies répond notamment à un stéréotype lesbien typique, puisqu’elles sont toutes membres d’une équipe féminine de basket, menée par une coach sportive que l’on sait vivre seule. Et si, bien sûr, le sport offre à Roger Corman la joie d’observer des corps féminins sous la douche, dans son essai Female Authorship in the Slumber Party Massacre Trilogy, la doctorante en philosophie Lindsay Broyles souligne que : « Les personnages sont décrites comme fortes physiquement, et stimulées par un sport traditionnellement masculin. S’ensuit une scène (de douche) qui résume toute la dissonance cognitive de la sexploitation mandatée par Corman avec ce sous-texte homosexuel latent. »

Photo du film THE SLUMBER PARTY MASSACRE
Crédits : Rimini Éditions

Par ailleurs, la caméra d’Amy Holden Jones filme les corps d’un point de vue voyeuriste lorsque les femmes sont épiées par les quelques protagonistes masculins. Ces adolescents s’avèrent effectivement réduits à leurs seuls instincts primaires, guidés uniquement par leur crise hormonale, là où les filles témoignent tout de même d’autres préoccupations. Cependant, malgré ces louables intentions, certains plans suggestifs restent bel et bien présents pour donner de la chair à voir au spectateur. Un procédé, certes non condamnable, mais qui ne permet pas à THE SLUMBER MASSACRE d’être unanimement considéré comme « féministe ». Néanmoins, Holden Jones et Mae Brown peuvent chacune se gausser d’être parvenues à donner un tant soit peu de substance féminine à ce slasher. Et ce, au nez et à la barbe de Roger Corman.

Lilyy Nelson

THE SLUMBER PARTY MASSACRE sort intégralement remasterisé en combo Blu-Ray et DVD chez Rimini éditions. Le film est accompagné d’un livret de 24 pages sur la genèse du film, rédigé par Marc Toullec.

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